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Publié le 20/04/2002

Lanark de Alasdair Gray

[Lanark, 1981]

ED. METAILIÉ, 2000 - REED. J’AI LU / SF

Par PAT

Publié en Angleterre fin 1981, "sommet et fondement" de la littérature écossaise [dixit une journaliste de Libération], disponible chez Métailier en 2000 mais rapidement épuisé, Lanark est de nouveau présent dans les rayons.


Le lecteur pourra enfin se plonger avec délectation dans ce livre hallucinant, dont l’histoire n’est pas sans point commun avec ENtreFER [publié en 1984], ouvrage étrange d’un certain Iain M. Banks, écossais lui aussi. Tiens tiens !
La comparaison n’est pas fortuite, tant les histoires se ressemblent par certains aspects [même si elles sont différentes dans leurs fonds et leurs propos].
En amont, on retrouve évidemment Kafka et ses univers absurdes, Jorge Luis Borges et son fantastique quotidien, mais également James Joyce dont l’incroyable Ulysse hante les pages du récit.

Décalé, onirique, fou, très sérieux et drôle, « Lanark » n’est pas un roman de science-fiction, mais rentre de plein pied dans ce qu’on nomme "Les littératures de l’imaginaire". Il a donc sa place dans les pages du Cafard Cosmique et a le mérite de s’éloigner des sentiers battus du fantastique. Les amateurs apprécieront d’ailleurs le passage où l’auteur clame haut et fort "Je n’écris pas de la science-fiction ! La science-fiction décrit des mondes qui n’existent pas. Mes mondes à moi existent ! " !

Qui est Lanark ?
Un homme mystérieux et amnésique qui débarque dans une ville sombre et froide. Une ville industrielle et triste qui rappelle évidemment Glasgow. Une ville absurde dont personne ne semble connaître le nom. Une ville où il suffit d’aller aux allocs pour trouver de l’argent.
Lanark ne se souvient de rien et passe ses journées sur le balcon d’un café à chercher le soleil. Remarqué par une bande d’habitués, il entame une histoire d’amour improbable avec Rima, une des filles du groupe. Pendant que le temps paraît se figer en un éternel présent, son bras se recouvre peu à peu de " peau de dragon ", une maladie terrible qui finit tôt ou tard par faire disparaître les personnes qui en souffrent.

Incapable d’aimer, incapable de vivre normalement dans un monde anormal, Lanark pénètre une bouche gigantesque qui semble sortir de terre. Après un transit éprouvant, il émerge dans un univers absurde, l’institut. Là, il tient d’abord le rôle de patient avant de guérir et d’y travailler comme docteur. Thérapeute de dragon, il se heurte au système bureaucratique très kafkaïen qui domine ce monde. Très vite, il s’aperçoit que l’institut ne guérit rien ni personne.

Fatigué, épuisé, vaincu par une incompréhension totale, il rencontre un oracle qui lui raconte sa vie. Jeune peintre dans le Glasgow des années 50 et 60, Lanark est Duncan Thaw. Un artiste maudit, à la sexualité misérable et qui souffre d’hallucinations créatrices de plus en plus invivables. Est-ce lui ? Est-ce son double ? N’est-ce pas simplement l’autobiographie de l’auteur ? Un auteur tout puissant qui s’autoproclame roi du monde parce qu’il l’a tout simplement crée ?

Création, absurdité de l’existence, folie, voyage, révolte, humour et récit réaliste, « Lanark » est un gigantesque vase clôt.
On y trouve de tout sans ordre ni logique, avant de comprendre peu à peu que l’humanité s’y résume. Alasdair Gray excelle à passer d’un univers à l’autre et s’offre même le luxe [lors d’un chapitre mémorable] de se moquer de lui-même en donnant aux lecteurs toutes les clés de l’oeuvre. Tel passage est inspiré de tel écrivain. Tel paragraphe n’est qu’un plagiat de tel livre. Le tout pour épargner aux universitaires de longues heures de travail.


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Si Gray s’amuse de tout et de lui, il n’en réussit pas moins un livre d’un grand sérieux, magnifique et stupéfiant, inventif et superbe.

Une sorte d’OVNI littéraire qui prouve que la littérature de l’imaginaire est l’une des plus riches qui soit.