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Après Sherlock Holmes et Arsène Lupin, ce sont Hercule Poirot et Fantômas qui, pour les fêtes 2006, ont eu les honneurs de La Bibliothèque rouge, la collection consacrée aux grands héros populaires lancée en 2005 par Les Moutons électriques. Chaque volume consacré à ses personnages mythiques de la littérature est un beau livre de référence mêlant biographie fouillée, analyse des oeuvres, de nombreux essais et des nouvelles en forme d’hommage. Le tout est accompagné d’une iconographie particulièrement soignée.

Interview d’André-François RUAUD, directeur littéraire des Moutons électriques, à l’origine du projet.


CC : Pourquoi le choix de Hercule Poirot pour le volume 3 ? Est-ce vraiment encore, en 2006, un archétype populaire au sens commercial du terme ?

André-François RUAUD : Oh que oui, sans l’ombre d’un doute ! D’ailleurs, au moment où je rédige ces lignes, nous venons d’avoir une jolie pub de la part de France 2, qui dans un dépêche annonçant la poursuite de ses téléfilms adaptés d’Agatha CHRISTIE, parle aussi de notre volume. Visiblement, Hercule Poirot parle toujours à un nombre considérable de personnes. En témoigne aussi le succès de la diffusion de la série, toujours à la télé, et des DVD. Agatha CHRISTIE n’est pas un auteur prêt de s’effacer, son œuvre prend même une patine réjouissante, on la lit aujourd’hui avec un léger recul qui ne peut que mettre en lumière son intelligence, sa pétillante vivacité.

CC : Quant à Fantômas, il y a-t-il réellement aujourd’hui un lectorat pour ce personnage créé... en 1910 ?

A.-F. RUAUD : Chaque fois que l’équipe de la collection conçoit un volume, nous nous interrogeons sur le potentiel commercial - c’est terrible à dire, hein, mais les Moutons sont encore tout petits et doivent prendre garde aux échecs, d’autant qu’un BR coûte fort cher à produire. Alors, Fantômas : franchement, oui, toujours un lectorat ! D’ailleurs un éditeur avait publié l’année dernière un gros tome sur le personnage, tandis que le feuilleton sortait en DVD. Il existe une véritable fascination pour la littérature populaire, le kitsch début de siècle, tout cela. La Bibliothèque rouge essaye de n’étudier que de véritables archétypes : des personnes immenses, profondément marquant. La figure de l’archi-criminel incarnée par Fantômas n’a pas l’épaisseur d’un Holmes ou, plus encore, l’humanité d’un Poirot, mais elle possède malgré tout une puissance incroyable, presque primale.

CC : "La Bibliothèque rouge" est-elle un virage vers la "littérature policière" pour Les Moutons électriques, jusqu’ici focalisée sur l’imaginaire ?

A.-F. RUAUD : Les Moutons électriques restent fermement ancrés dans les littératures de l’imaginaire, mais l’hybridation avec le polar est un classique des genres. Sherlock Holmes, en particulier, a très souvent fait l’objet de réutilisations par des auteurs de SF et son ambiance est fréquemment au bord du fantastique. Concernant le volume sur Lupin, nous avons aussi abordé les cycles d’Anthony Villiers [de la pure SF] et du Saint [donnant à l’occasion dans le genre]. Et puis regardez le Poirot : la nouvelle de Ian WATSON est du space opera, tandis que dans le Fantômas celles de Laurent QUEYSSI et Johan HELIOT sont pour le moins teintées de SF. Les littératures de l’imaginaire sont perméables aux autres genres et la littérature populaire est un vaste brassage. De plus, la "Bibliothèque rouge" rejoint pour nous la pratique de la "fusion", des fictions transgressives.

CC : Comment s’est fait le rapprochement avec X. MAUMEJEAN sur le "Hercule Poirot" ?

A.-F. RUAUD : La toute première fois que j’ai rencontré Xavier, dans un festival, il s’est soudain retourné vers moi, lors d’un repas, et m’a demandé, timide mais décidé, si je ne voudrais pas rédiger le Sherlock Holmes avec lui ? Eh, bien entendu ! J’ai accepté d’enthousiasme. Et puis, le lendemain, Xavier est revenu à la charge en m’expliquant qu’il avait déjà commencé à travailler sur Hercule Poirot, alors si je voulais aussi de lui... C’est ainsi qu’a débutée une complicité vraiment géniale, une complémentarité exemplaire : avec Xavier MAUMEJEAN, le travail de rédaction est d’une aisance incroyable.
CC : Les volumes de la Bibliothèque rouge comporte une biographie du héros écrite "comme si il avait existé", qui parfois ne permet plus de distinguer le vrai du faux, le mythe de l’Histoire, pourquoi ?

A.-F. RUAUD : C’est bien là tout le sel de l’exercice, et un des points où l’on se situe dans la fiction transgressive : de même que les genres sont un peu gommés, avec de tels héros l’imaginaire interpénètre intimement la réalité. Si exister veut dire avoir de l’influence sur le réel, nul doute que les deux locataires de Baker Street existent, par exemple, car ils ont façonné l’imaginaire de millions d’individus et continuent de le faire [en témoignent les lettres qui leur sont encore adressées].

CC : Les volumes de la Bibliothèque rouge sont hybrides : ce sont des essais, mais ils contiennent aussi des nouvelles... pourquoi ce mélange des genres ? Les nouvelles seront-elles chaque fois inédites ?

A.-F. RUAUD : Avant tout, la Bibliothèque rouge est un travail d’hommage : nous désirons entrer au services des personnages que nous abordons. Par conséquent, il nous semblait naturel que de telles célébrations passent aussi bien par la mise en abyme [biographie fictive] que par le travail documentaire et par l’hommage littéraire. Les nouvelles ne sont pas forcément inédites : en fait, dans le Lupin celles de Johan HELIOT et d’Anthony BOUCHER sont des rééditions. Il existe si peu de pastiches de Lupin que reprendre ceux-là me semblaient s’imposer : le texte de Johan HELIOT est une novella de SF absolument magistrale, celui de BOUCHER s’insère de manière fort utile dans la bio du personnage. A l’inverse, il existe tant de pastiches de Holmes que des inédits s’imposaient aisément. Pour les volumes suivants, nous avons panaché à plaisir. Nous bossons aussi en partenariat avec le petit éditeur américain Balck Coat Press, dont les anthologies « Tales of the Shadowmen » sont absolument dans le même esprit que la BR. Par conséquent, nous nous sommes échangés des nouvelles, et ils viennent de reprendre nos couvertures. Il y a maintenant toute une équipe autour de la collection, une émulation incroyable.

CC : L’iconographie est particulièrement riche, pourquoi ce choix ? Cela ne complique-t-il pas beaucoup la tâche ?

A.-F. RUAUD : Ce qui constitue l’essence d’un mythe populaire, c’est aussi son esthétique. Le profil et la pipe de Holmes, le smoking et le monocle de Lupin, la moustache de Poirot ou l’image de Fantômas en dandy songeur font partie intégrante de chacun de ses personnages et, au-delà, de notre culture générale. L’iconographie est donc une part importante du projet de la Bibliothèque rouge. Et puis, les Moutons électriques aiment les livres illustrés, le travail sur les images - ce n’est pas se compliquer la tâche : c’est se faire plaisir !

CC : Une idée nouvelle a fait son apparition dans ses volumes 3 et 4 : des plans du « champ d’action » des personnages dans les rabats cartonnés. Excellente idée, pourquoi n’y avoir pas pensé plus tôt ?!

A.-F. RUAUD : Hé hé, les bonnes idées ne se trouvent pas toutes d’un coup ! Mais je dois dire que je suis très fier de ces cartes. C’est Xavier MAUMEJEAN qui en a suggéré le principe : beau, érudit et amusant tout à la fois, c’est typique de la collection.

CC : Au-delà de ses quatre premières figures mythiques, ne sera-t-il pas difficile de trouver des héros littéraires au même niveau de popularité pour poursuivre la collection ?

A.-F. RUAUD : Ce ne sera pas réellement difficile, mais il est certain que la collection ne pourra pas s’étendre durant de longues années : je pense que notre programme est déjà quasiment bouclé, en fait. Ceci dit, à raison de deux volumes par an, nous mettrons tout de même un certain temps à le réaliser. Fin 2007 sortiront les tomes sur James Bond [QUEYSSI] et Maigret [BAUDOU], fin 2008 ce sera le tour de Conan [SANAHUJAS] et du Juge Ti [LECONTE], puis ensuite nous bossons déjà sur Nero Wolfe [RUAUD & MAUMEJEAN], Jeeves [idem], Bob Morane [VALERY], Nestor Burma [BAUDOU], les vengeurs masqués [BARILLIER & MAUMEJEAN], le Club des Cinq [RUAUD], Tarzan...On va encore s’amuser quelques années !

CC : A qui s’adressent ces livres ? Il y a-t-il une volonté de s’ouvrir, avec cette collection, à un public plus large que celui de la fantasy ou de la SF ?

A.-F. RUAUD : Le lectorat de grands personnages comme Poirot ou Holmes déborde largement du public-cible d’un seul rayon de librairie. Pour les Moutons électriques, cette collection est une occasion de s’affranchir de certaines restrictions de genre, d’abolir des frontières - et peut-être de vendre un peu plus, sait-on jamais ? La collection semble commencer à s’installer, il en est question dans de grands médias, la BR suscite des enthousiasmes aussi incroyables qu’inattendus chez certains journalistes, et bien sûr chez certains libraires, alors : nous y croyons.


Mr.C