EN BREF

 
VOS LIVRES DANS LA BOITE AU LETTRES !




En commandant vos livres sur Amazon.fr vous faites des économies [-5%] et vous participez au financement du site car le Cafard cosmique reçoit une petite commission sur les ventes.

Le livre le plus acheté
en mai 2010 :
Janua Vera +
de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

A VOIR AUSSI

 
 
Publié le 05/07/2009

La Brigade de l’Œil de Guillaume Guéraud

REED. FOLIO SF, AVRIL 2009

Par Ubik

La Brigade de l’Œil est l’histoire d’un affrontement : celui de deux personnages hantés par un passé qui les écrase et détermine leur conduite. Dans l’univers clos et codifié de Rush Island, Kao l’adolescent et Falk, le fonctionnaire efficace de la Brigade de l’Œil, se fuient et en même temps se cherchent. De l’ombre vers la lumière, ils finiront par se trouver au terme d’un jeu de cache-cache débouchant sur un final apocalyptique qui fera tomber les derniers masques.

Ce court roman en forme d’hommage à Fahrenheit 451, le livre de Ray Bradbury et son adaptation par François Truffaut, offre à Guillaume Guérault l’opportunité de s’aventurer dans une des expressions de la science-fiction : la dystopie.


Ouverture [long plan séquence avec panoramique]

La nuit est tombée sur la ville. Les habituels noctambules errent dans les rues recherchant le havre lumineux d’un bar, d’un foyer de lecture, d’un théâtre, d’une cave à concert ou d’une salle de jeux. Dans leur van, Falk et ses deux coéquipiers, Kaneshiro et Strummer, patrouillent les galiscopes vissés aux pupilles au cœur du quartier agité de Badwords. Ils sont les yeux armés de la Cité, à l’affût de la moindre infraction à la loi Bradbury qui prohibe les images. Leur attention focalisée sur le moindre indice révélant un trafic, ils attendent un éventuel signalement, une alerte, prêts à surgir brutalement pour brûler l’image, sous toutes ses formes, et pour aveugler les terroristes. Les najas, ainsi les surnomme-t-on, sont craints et haïs car ils sont l’élite de choc du régime, entièrement dévoués à l’impératrice Harmony. Et parmi eux, Falk n’est pas le moins déterminé.

[Gros plan] A son signal, le trio s’éjecte du van et défouraille son attirail : lance-flamme, chalumeaux et pyroculis. Puis, il se dirige vers une salle de jeux. Leurs combinaisons ignifugées semblent attirer l’obscurité et seules les étincelles projetées par le fer des bottes de Strummer éclairent leurs pas.

[Contrechamp, panoramique]. La porte s’ouvre sur les najas menés par Falk qui entrent avec fracas. Les clients se figent aussitôt, les entrailles nouées. Dans un coin, Kao vaque à ses occupations. Le jour, l’adolescent suit les cours au lycée Pouchkine. La nuit, il deale des images sous le manteau pour les quelques malades qui osent braver l’interdit.

[Gros plan] Il a quinze ans et il n’a pas peur des descentes inopinées de la Brigade. Il a l’habitude. Pendant que les najas inspectent les clients, il mâchonne consciencieusement la photo qu’il a avalé. Surtout, ne pas se faire remarquer comme ce type qui vient de se faire serrer. Son regard papillonne d’un visage à l’autre pendant que le type se fait tabasser et aveugler. Il se focalise sur un visage féminin ; une fille-coccinelle qui se prénomme Emma.

[Voix off] « Chacun de nous possède sa propre mémoire. Et là où les images voudraient nous faire croire à une mémoire collective, il y a en fait mille mémoires d’hommes qui promènent leur déchirure personnelle dans la grande déchirure de l’Histoire. »

[Contrechamp, vue subjective] Skrrr ! skrrr ! - les fusibles de Falk ! Avant la Révolution, Falk menait une autre existence. Celle d’un flic de la Criminelle. Interpeller les truands et survivre aux fusillades ; la routine, quoi ! Il avait une femme, belle et désirable, conforme au cliché. Elle l’a quitté, lasse d’attendre dans l’angoisse sans doute. L’enterrement de la vie d’un couple, avant un enterrement de nature plus définitive. Sur une plage, l’épouse a rencontré la mort ; victime d’un massacre perpétré par un fou fasciné par les films et les photos sanglantes. Depuis, Falk idéalise son épouse et traque froidement les images et leurs pourvoyeurs. La loi Badbury n’a fait que rendre son obsession légitime. Malheur à celui qui se dresse sur son chemin !

[Voix off] « Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s’accorde à nos désir... »

[Contrechamp, Gros plan] Dans le tumulte qui suit le départ des najas, Kao perd de vue la fille-coccinelle.

[Travelling arrière] Il se juche sur une table de billard pour l’apercevoir, puis se fraye un chemin vers la sortie. Dans la rue, il la rattrape enfin. La belle est aisément reconnaissable dans son accoutrement de coccinelle. Ils se parlent, échangent quelques mots et se séparent. Elle sait qu’il deale des images et il sait qu’ils se reverront prochainement. Son intuition ne l’a jamais trompé.

[Ellipse] Sur le chemin du retour, Kao songe à son père et à son grand-père, tous deux tués pendant les purges. C’est en leur mémoire qu’il agit, en risquant les représailles des chiens de garde de l’impératrice Harmony. Le jeu du chat et de la souris peut continuer avec les najas. Pour combien de temps ? Seul le générique de fin les départagera.

[Coupez !]


COMMANDER

La Brigade de l’Œil est scénarisé comme un film mixant les ingrédients du roman noir et ceux de la S-F dans son acception dystopique. Toutefois, Guillaume Guéraud joue davantage avec les ressorts de la métaphore et de l’hommage. Dans son roman, le cadre et l’atmosphère, sonore et visuelle, prévalent et la réflexion se cantonne à la valeur accordée à l’image en général, et au cinéma en particulier.

Pour terminer, remercions le distributeur [les éditions Folio SF] pour avoir programmé ce court texte, initialement paru aux éditions du Rouergue. Il méritait bien ce coup de projecteur.