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Publié le 01/12/2008

« La Fiancée du dieu Rat » de Barbara HAMBLY

[« Bride Of The Rat God », 1994]

REED. LGF / LE LIVRE DE POCHE FANTASY, SEPTEMBRE 2008

Par Nébal

Si Barbara HAMBLY est bien un auteur « prolifique », le fait est qu’on en retiendra essentiellement ici ses fameuses novellisations de Sta... non, disons plutôt ses romans de fantasy, dont plusieurs ont d’ores et déjà été chroniqués sur le Cafard cosmique : on rappellera donc Fendragon, « Le Cycle de Darwath » et enfin L’Invité malvenu, en son temps publié par Les Moutons électriques, à l’instar de cette Fiancée du dieu Rat reprise aujourd’hui dans la collection « Fantasy » du Livre de poche.


Fantasy ? Sans doute, si l’on s’en tient à l’usage qui y est fait des mythes [chinois et mandchous, en l’espèce, ce qui est relativement original] et de la magie... Mais une fantasy urbaine, bien loin des grandes sagas héroïques, et diffuse, discrète, à la limite de l’ambiguïté : sous cet angle, on pourrait tout autant parler de fantastique, d’autant que l’auteur n’hésite pas à jouer de la carte horrifique, à sa façon très particulière.

Mais La Fiancée du dieu Rat, c’est avant tout un cadre fascinant, très documenté et brillamment mis en scène : celui d’un Hollywood en gestation, dans les années 1920, à la grande époque du cinéma muet. Les stars abondent en ce temps-là, celui de Mary PICKFORD, de Douglas FAIRBANKS et de Rudolph VALENTINO, de D.W. GRIFFITH, de Charlie CHAPLIN et d’Erich VON STROHEIM... autant de noms fameux que l’on croisera régulièrement dans ces pages, personnalités fortes, à l’excentricité affichée, dont les amours et caprices font les délices d’une presse avide de scandales. Peu lui importe le talent à vrai dire : Chrysandra Flamande, autour de laquelle se focalise l’intrigue, est une actrice lamentable ; mais c’est une vamp, dont la beauté évanescente imprime la toile, et que les studios ont rendue plus séduisante encore en lui élaborant une biographie farfelue, bien digne d’une star - qui ne peut décidément se permettre de n’être qu’une petite Juive de Pittsburgh... Mais, sous les flashs des reporters et les paillettes des premières et des soirées au Cocoanut Grove, se dessine une réalité plus sordide : celle d’une jungle, déjà, où les studios s’entredévorent, où les producteurs l’emportent sur les artistes, et où tout un chacun, pour survivre et se faire un nom dans ce pays d’Oz tape-à-l’œil, se doit de suivre le rythme effréné des tournages en multipliant les compromissions. Pour tenir, il n’y a guère que la cocaïne et l’alcool - qui n’a jamais autant coulé à flots qu’en cette époque de Prohibition... Et cela ne suffit pas toujours.

C’est le monde que découvre éberluée Norah Blackstone, jeune veuve de guerre, la belle-sœur de Chrysandra Flamande - Christine pour les intimes... La petite Anglaise, qui ne se remet pas de la mort de son Jim dans les tranchées, tourne à la vieille fille à moins de 30 ans, presque à la Miss Marple... car elle ne manque pas de lucidité et d’astuce, à la différence de la star quelque peu greluche. Et c’est essentiellement elle que nous suivrons tout au long du roman, et qui, avec l’aide du séduisant caméraman Alec, fera tout son possible pour sauver la vie de la vamp, menacée par une cruelle divinité mandchoue. C’est du moins ce que prétend le mystérieux magicien chinois Shang Ko ; difficile d’y croire, dans un premier temps : le vieillard ne paraît guère différent de ces admirateurs fanatiques qui assaillent en permanence les folies architecturales des hauteurs de Los Angeles dans lesquelles se cloîtrent les stars, et de ces occultistes grotesques, ces spirites innombrables, toutes persuadées d’être la réincarnation d’une prêtresse antique ou d’une princesse orientale... Mais un jeune cascadeur périt bientôt dans des circonstances atroces, tandis que son amant - suspect idéal, bien qu’il s’agisse d’un vieil acteur bedonnant et alcoolique, et par ailleurs fort sympathique - disparaît dans la nature, mettant en péril la production biblique à laquelle participe alors Chrysandra Flamande ; et ce n’est que le premier d’une longue série d’incidents tragiques, conférant de plus en plus de poids aux avertissements alarmistes du magicien chinois...

Un cadre excellent, donc, parcouru de références savoureuses, et judicieusement saupoudré de folklore extrême-oriental [jusque dans les titres des chapitres, tirés du Yi-King ; Chrysandra raffolant par ailleurs de « chinoiseries », accompagnée en permanence d’un infernal trio de pékinois et multipliant parties de mah-jong et virées dans Chinatown, le mélange a priori incongru fonctionne en définitive remarquablement bien] ; des personnages étonnamment attachants quand bien même caricaturaux [ce qui vaut tout autant pour les chiens sus-mentionnés, belle performance !] ; et, cerise sur le gâteau, beaucoup d’humour... Tout cela devrait logiquement nous donner au final un roman particulièrement réjouissant, non ?

Eh bien non. Étrangement, malgré tous ces atouts, La Fiancée du dieu Rat se révèle avant tout terriblement ennuyeux... Le problème, ici, n’est pas tant l’histoire de fond, finalement banale, et ses aspects manichéens, unilatéraux : Barbara HAMBLY, on le sait, aime jouer des codes, et quoi de plus normal, dans ce cadre, que de livrer une trame en noir et blanc, saturée de clichés, baiser final inclus ? Le lecteur peut bien ici se montrer complice de l’auteur, quand bien même certains « passages obligés » - je pense notamment aux pénibles réminiscences de Norah, et à sa timide amourette avec Alec - peuvent à bon droit le faire soupirer.

Non, si le roman ennuie, la faute en incombe probablement surtout à la plume de l’auteur, à la forme plus qu’au fond : le style se révèle souvent confus, accumulant les digressions et les conversations hermétiques, les interlocuteurs - nombreux - n’étant pas toujours aisés à identifier. La construction, quant à elle, est laborieuse : Barbara HAMBLY a-t-elle usé du Yi-King comme DICK dans Le Maître du Haut-Château ? Si c’est le cas, c’est avec bien moins de réussite... Le rythme, enfin, est terriblement mollasson : le roman est bien trop long à mon sens, l’intrigue ne se mettant que très lentement en place... On s’endort... comme devant un film muet interminable, sans doute [concept !], à l’instar de ceux que souhaiterait tourner Hraldy dans le roman, avant de se tourner vers La Métamorphose de KAFKA ; un mauvais film, hélas... Et c’est bien dommage. Car les incontestables qualités du roman, nombreuses, se retrouvent ainsi presque totalement annulées...


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Un regrettable gâchis : ce roman avait tout pour susciter l’émerveillement et le rire, mais n’obtient du lecteur que somnolence et bâillements... Que La Fiancée du dieu Rat, avec autant d’atouts, ne parvienne qu’à ennuyer, voilà bien le plus grand mystère de toute cette histoire. Et ce qu’elle a de plus triste.