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Publié le 01/02/2009

La Fin du Monde de Fabrice Colin

ED. MANGO, FEV. 2009

Par Goldeneyes

Ecrivain aux multiples facettes, aussi à l’aise dans le registre de la fantasy loufoque [A Vos Souhaits] que dans celui de la littérature générale [La Mémoire du Vautour, Kathleen] ou de la SF [Atomic Bomb], Fabrice Colin tient au sein du paysage des littératures de l’imaginaire francophones une place de marque. Poursuivant son heureux parcours chez les éditions Mango jeunesse [une collaboration fructueuse : cinq romans, la plupart couronné de nombreux prix], l’écrivain nous livre pour ce mois de février un roman au titre on ne peut plus explicite : La fin du monde.
Mesdames, Messieurs, suivez les bombes...


Il y a Jim. Jeune américain issu d’une famille aisée qui envisage de faire carrière dans le football. Il y a François, jeune français vivant à Paris, éperdument amoureux d’Elodie. Il y a Xian, jeune chinois au QI frisant les sommets, petit génie des échecs. Et il y a Hafsa, jeune palestinienne partageant avec sa famille une petite maison dans le cimetière de Quarafa, qui, du haut de ses seize ans, porte déjà sur son corps les scarifications de l’action terroriste...
Quatre prénoms pour quatre lieux différents. Autant de trajectoires individuelles pourtant liées par quelques secrets fils du destin. Car lorsque la Chine décide d’envoyer sur les Etats-Unis une salve d’ogives nucléaires et que la riposte américaine est immédiate, nos quatre adolescents assistent tous à la même scène : le feu coulant du ciel. L’extinction spontanée de millions d’existences dans un soupir cosmique... Face à cet écroulement subit du monde, une seule réaction : fuir... Mais pour aller où ? Peut-être la promesse du nord, avec la perspective de gagner une base secrète capable d’accueillir un petit nombre de réfugiés... Mais la route sera longue pour les survivants... Et il faudra avancer à travers des champs de ruines étalant au regard ce que la réalité peut enfanter de pire : la violence et la folie d’une humanité en voie d’extinction.

On passera sur certaines grosses ficelles du récit [la carte facile du conflit nucléaire Chine / Etats-Unis] sans non plus nous attarder sur l’amaigrissement stylistique du texte [un élagage prosodique parfois énervant : des phrases minimales, enchaînées comme des rayonnages d’étagères, pour une plume épurée qu’on sent spécifiquement calibrée jeunesse] afin de ne retenir que le meilleur de ce court roman apocalyptique, à savoir : l’âpreté de son ambiance et la justesse de ses personnages.
Toujours avec cette espèce de froideur détachée dont il a le secret, Fabrice COLIN assène en effet à son lecteur quelques scènes coup de poing dont celle de la première explosion nucléaire sur San Francisco... Si le traitement se veut facile [et déjà exploité par l’écrivain dans le passé : multiplication des points de vue internes pour un éclairage pluriel de l’action, sous différentes perspectives : cf. La Mémoire du Vautour], le contenu l’est beaucoup moins... Ne cherchez pas de manichéisme, il n’y en a pas. Aucune case où ranger les méchants ou les gentils. Pris dans l’absolu, le roman se révèle même d’une ironie cruelle envers nos protagonistes : car face à l’imminence de la fin du monde, les nantis ne sont pas forcément les mieux lotis... On pourra presque se montrer surpris devant la dureté de certains passages [le trajet de Xian à travers la Chine, qui rencontrera son lot d’expériences éprouvantes] et au final, le climat général apocalyptique, oppressant, est plutôt bien rendu. Les liens qui unissent nos quatre héros sont habilement découverts, et ce dévoilement progressif participe du moteur de lecture...

Alors quoi ? Qu’est-ce qui me retient de laisser libre cours au dithyrambe ?

La faille tient peut-être à un déséquilibre entre ce fond [où suinte une étonnante touche de noirceur et de désespoir] et la forme lisse induite par le format jeunesse. Du coup, le récit ne parvient pas à prendre sa pleine mesure, à atteindre l’ampleur qu’il aurait méritée dans un autre contexte, et le lecteur adulte s’en voit profondément frustré... Mais Fabrice Colin fait néanmoins montre d’assez de savoir-faire pour qu’en refermant le roman la curiosité titillée nous incite à lire la suite. Ce qui n’est déjà pas si mal...


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Le public ciblé adorera. Les plus âgés, un peu frustrés, attendront que l’écrivain revienne à une littérature adulte pour profiter du plein potentiel de son talent.