Publié le 16/12/2003

La Foire aux Atrocités de J.G. BALLARD

[The Atrocity Exhibition, 1970]

ED. TRISTAM - aussi traduit sous le titre La foire aux atrocités ED. CHAMPS LIBRE

Par Daylon

Le mieux est de commencer par cette paraphrase de la quatrième de couverture : "Commencé à la fin des années 60, complété et achevé dans les années 90, ce roman-laboratoire traverse tous les livres de l’auteur de "Crash !", "Empire du Soleil", "La Bonté des Femmes" et "Super-Cannes" - et les contient tous."

Roman-laboratoire ? Sans en douter une seule seconde.


Le recueil contient les textes suivants :

  • "L’université de la mort"
  • "L’arme de l’assassinat"
  • "Vous : coma : Marilyn Monroe"
  • "Notes servant d’introduction à une dépression nerveuse"
  • "Le grand nu américain"
  • "Les cannibales de l’été"
  • "Tolérances du visage humain"
  • "Vous, moi et le continuum"
  • "Plan pour l’assassinat de Jacqueline Kennedy"
  • "Amour et napalm : export USA"
  • "Crash !"
  • "Les générations de l’Amérique"
  • "Pourquoi j’ai envie d’enculer Ronald Reagan"
  • "L’assassinat de John Fitzgerald Kennedy"

Voici une chronique qui arrive un peu en retard [la re-parution date de juillet dernier, quand même] mais après une diffusion presque confidentielle, la nouvelle se répand : "La Foire Aux Atrocités" aurait été localisée en France. Alors, quid de ce BALLARD ?

Autant vous prévenir tout de suite : C’est une écriture carrément expérimentale qui marque "La Foire Aux Atrocités", une succession de paragraphes aux liens ténus placés sous le signe d’une icône ou d’une métaphore. De personnages en personnages, de malades en malades, tout semble normal et on sent pourtant la névrose ramper dans l’esprit des narrateurs.

Parfois même nous passons du coté des médecins. On pourrait même rapprocher le personnage du docteur Nathan du fameux personnage de Benway du "Festin Nu" de W. BURROUGHS [les points communs entre ces deux oeuvres pullulent]. Mais, paradoxalement, ce n’est qu’une fois le livre refermé [quand bien même vous ne l’auriez achevé] qu’une trame se dessine. Vague, lointaine, mais bel et bien présente. Des pièces de ces improbables puzzles s’assemblent en un nouvel ensemble. On ne peux jurer savoir, et pourtant...

Sur ce point [attention, c’est très subjectif], "La Foire Aux Atrocités" est beaucoup plus abordable qu’un roman comme "Le Festin Nu", qui déstabilisera le lecteur [préparé ou non] jusqu’au dégoût [pour certains]. Ici, point de LSD. La drogue EST la culture.

Une installation hallucinante d’icônes pop et trash des sixties. Accidents de voitures, image de stars, films de guerre, vidéos de meurtre présidentiel... Tout s’assemble, forme les parcelles d’un univers parcouru par des psychotiques, nos propres reflets. Bref, un livre dont il faut laisser littéralement couler la lecture, ne pas s’arrêter sur les détails qui ne collent pas, ne pas chercher à s’offusquer des changements à la fois spatiaux et temporels. Ce serait nager à contre courant d’un torrent déchaîné.

On glisse sur une oeuvre expérimentale, compilation obscène de ce qui forme le tissu de notre époque, succession de flashs improbables. Violent, paroxysme d’une pornographie conceptuelle et mécanique, "La Foire Aux Atrocités" ne laisse pas indemne.

Mention spéciale à l’éditeur, qui nous propose un produit de très grande qualité et d’une finesse remarquable. Préfacé par BURROUGHS [tiens donc ?], augmenté d’une postface ainsi que d’appendices, cette édition se révèle riche et forme un tout cohérent, justifié.


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Chaque fin chapitre est annotée par l’auteur, paragraphe par paragraphe [en général]. On retrouve donc pêle-mêle anecdotes, références, clins d’oeil, explications... Peut-être ce qui manquait au Festin Nu pour être pleinement apprécié. Loin d’être rébarbatives, ces parties rendent le livre passionnant. Rien ne trahit l’oeuvre. Tristram est donc un éditeur qui gagnerait à être [re]connu.

Anticipation acide et traumatisante du futur Crash ! du même auteur, La Foire Aux Atrocités est un classique à découvrir, une démonstration de style d’une puissance peu commune.