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Publié le 01/07/2007

« La Forêt d’Iscambe » de Christian CHARRIÈRE

[PREMIERE EDITION : LATTÈS, 1980]

REED. POINTS / FANTASY, MARS 2007

Par Erispoe

Réédition particulièrement intéressante au Point Fantasy, avec ce roman de fantasy français de 1980 qui réussit l’alliage insensé de la poésie et du croquignol : dans « La Forêt d’Iscambe », Christian CHARRIÈRE développe un langage superbement convoluté, riche en mots rares, allitérations savoureuses et intentions moqueuses. C’est drôle et c’est beau.


Vous n’aviez jamais entendu parler de CHARRIÈRE ? Né en 1940 [décédé il y a deux ans], il fut journaliste à Combat puis à Radio Phnom-Pehn ou encore au Figaro, il a vécu et voyagé en Asie du sud-est [Viet-Nam, Bali...] et a laissé une douzaine d’ouvrages[1], des chroniques journalistiques à des titres flirtant avec le fantastique. A la sortie de « La Forêt d’Iscambe », certains le comparèrent à un TOLKIEN français quand il me semble plus proche de Julien GRACQ...

Post-apo ou fantasy ?

Le livre n’a en rien usurpé sa réputation élogieuse auprès des rares amateurs éclairés. Il nous invite à suivre ses héros dans la mystérieuse « Forêt d’Iscambe » qui recouvre la majeure partie du nord de la France. Parmi ces étranges « pèlerins », deux mystiques en quête de la cité légendaire de Paris, un groupe de miliciens qui les pourchassent, et It’van, un jeune villageois débrouillard... Quoi ?
Une forêt immense recouvrant les ruines des villes françaises ? Mais c’est du post-apo ! Oui ! Mais il est publié dans une collection de fantasy... Alors, post-apo avec un zeste de fantasy ou fantasy teintée de post-apo, peu importe à vrai dire. Si vous souhaitez mettre « La Forêt d’Iscambe » dans une « case », rangez le avec les autres excellents bouquins de votre bibliothèque.

Exercice[s] de style

« La fleur lâchait son pollen dont s’emparait une brise tourbillonnante. La poudre montait en spirales qui, arrivées au niveau du sol, se dénouaient et s’engouffraient dans la forêt en javelots de lumière. »

Reprenons donc notre petite présentation de ce livre atypique. La forêt est plus qu’un simple décor post-apocalyptique. Comme dans certains films de MIYAZAKI, la nature est un personnage du récit à part entière. D’ailleurs, les descriptions de la forêt tropicale sonnent vraies, rappelant l’attachement de CHARRIÈRE à l’Asie du sud-est. On n’entre pas simplement dans un massif forestier. On écoute sa lente respiration, on perçoit ses odeurs, on entend le bruissement du vent dans ses feuillages. Le style de l’auteur est empreint d’une rare richesse, d’une fluidité qui pousse le lecteur à tourner les presque 500 pages du roman avec avidité.

« Si délicieuses et si puissantes furent désormais les secousses imprimées à la reine par un Grodaggard régénéré qu’elle fut incapable de feindre davantage. Exhalant d’embrasés soupirs à la barbe de ses ministres, les fustigeant de son clapouton, leur bavant sur la collerette, elle suscita chez eux un tel effroi qu’ils s’éparpillèrent. »

Les personnages sont attachants, qu’il s’agisse des héros humains ou des autres. En lieu et place des céphalopodes attendus par certains, on trouve en effet une ménagerie plutôt étoffée dans l’immense Forêt d’Iscambe. La forêt est peuplée de plantes carnivores, de limaces aux proportions gigantesques, de créatures plaintives ou menaçantes, et surtout de nombreux insectes géants. It’van se retrouve ainsi au beau milieu d’une guerre sans merci opposant fourmis et termites.
Ca vous paraît ridicule ? Cela pourrait l’être, mais l’humour de CHARRIÈRE fait passer la pilule : car on est souvent ici au bord du troisième degré, à quelques centimètres du grotesque. Terry PRATCHETT n’aurait pas renié certaines trouvailles comme le roi termite victime d’un complexe d’Œdipe non résolu, les noms de certains personnages [Sa Crâpoteuse Majesté Blancheboudine...] ou le culte des stations essence ...

« Essence du Dieu Total, oui, essence du Dieu Total : c’est ainsi que tu te nommes et c’est ainsi qu’à l’avenir je t’invoquerai. »

[Il semblerait que CHARRIÈRE soit l’auteur d’une nouvelle titrée La Main verte, publiée dans l’anthologie Terra incognita, co-éditée par Nestiveqnen en 2002. Je ne l’ai pas lue. Un cafard saura-t-il préciser si elle se déroule dans le monde de « La Forêt d’Iscambe » ? ]


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Une langue magnifique et un sens de l’humour décapant font de ce livre un excellent moment. Alors certes, quelques passages sont un peu longuets. La « magie » des deux mystiques est parfois des plus nébuleuses... Peu importe. Ces petits défauts ne sont rien comparés au bonheur de lecture que procure « La Forêt d’Iscambe ».
Que vous soyez amateurs de post-apo ou de fantasy -ou mieux, des deux- précipitez-vous à la rencontre d’un auteur méconnu et d’un roman injustement « oublié ».