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Publié le 21/03/2010

La Grande Alliance de Christian Vilà

ÉD. MANGO, COLL. ROYAUMES PERDUS, JANVIER 2010

Par Ubik

Afrique, 1700 avant notre ère. Entre Sénégal et Niger, une multitude d’ethnies – Sénoufo, Bambara, Malinké, Soninké – vivent paisiblement sous l’autorité de leurs roitelets. Une tranquillité un tantinet remise en cause depuis que la grande sécheresse les a contraints à se replier au plus près des fleuves et points d’eau dans la savane. Et comme si un malheur ne suffisait pas, les esclavagistes multiplient leurs raids, avec la complicité de quelques renégats et autres nuisibles.
Répondant à une demande d’aide, Toumani, jeune initié de la donso t­­òn, la confrérie des chasseurs du Mandé, se lance à la recherche d’une bande de trafiquants. Une course-poursuite en forme de préambule avant un affrontement d’une ampleur plus considérable faisant office d’initiation pour le jeune homme.


Pendant que des éminences, dont on nous pardonnera de ne pas citer le nom, glosent sur l’homme africain, son histoire, son avenir, nourrissant au passage les pires clichés néo-colonialistes, la collection « Royaumes perdus » poursuit son tour du monde des mythologies sous la férule de Xavier Mauméjean. La Grande Alliance, court roman du discret Christian Vilà, se penche sur les mythes et les légendes du continent noir. Et même si l’ouvrage reste sans surprise dans son déroulement, son grand mérite repose sur la mise en scène très convaincante des Africains et de leur culture.

D’entrée, on est en effet frappé par le caractère immersif du portrait brossé par l’auteur français. Couleurs, sons, odeurs, il ne manque pas grand chose pour se convaincre de l’authenticité du cadre. Vilà pose son récit, installe ses personnages et noue les fils de l’intrigue sans surcharger l’ensemble sous un déluge explicatif. Tout au plus relève-t-on un léger lexique en fin de roman – après tout cette lecture s’adresse en priorité à de jeunes lecteurs. L’ensemble coule naturellement, sans heurts ou incompréhension, et l’on découvre, émerveillé, un autre monde où les hyènes côtoient le nyama, sorte de fluide vital englobant l’ensemble de l’empire du vivant.
D’une manière plus générale, le roman de Christian Vilà rend honneur à la terre d’Afrique, à ses habitants et à leurs coutumes. Nulle trace de condescendance, ni d’angélisme malvenu, dans les descriptions de l’auteur. Juste le constat d’une civilisation différente, en équilibre avec son milieu, et comptant son lot de machinations inavouables, la nature humaine restant identique à elle-même quelle que soit la couleur de peau.

Du côté de l’intrigue, l’originalité n’apparaît pas comme étant le caractère marquant. En vrac : destinée prophétique, duo héroïque, initiation, race monstrueuse malfaisante en guise de repoussoir, arme redoutable, cité perdue, affrontement final, on se trouve en territoire connu : celui de la plupart des romans de fantasy. Toutefois, l’effet de déjà-vu n’apparaît pas forcément comme un écueil insurmontable. Les mythes du monde respectent souvent des schémas similaires, ou du moins assez proches. Non, le principal reproche que l’on peut faire ici est sans conteste le manque de souffle, l’absence de tension dramatique dans le récit. Celui-ci apparaît comme une série d’épisodes se succédant un peu mécaniquement, dont les péripéties restent sagement balisées en l’absence de héros véritablement charismatique. Dommage…


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Bref, on se réjouira de lire un roman s’inspirant des mythes et légendes de l’Afrique, continent souvent laissé à l’écart, à l’exception notable de quelques titres [1].
Un enthousiasme pourtant quelque peu tempéré par une histoire manquant un soupçon d’inattendu.



NOTES

[1] De mémoire, citons au moins Le Trône d’ébène de Thomas Day et AquaTM de Jean-Marc Ligny.