Si le mot "pulp" n’évoque rien dans notre pays [sinon le film de Quentin TARANTINO], il n’en est pas de même parmi les amateurs avertis de science-fiction. D’ailleurs le terme est parfois utilisé de façon abusive tant il paraît indissociable de l’histoire de la science-fiction moderne.

Nés aux Etats-Unis au début de XXème siècle, les pulps, magazines populaires désignés ainsi en raison de la qualité médiocre de leur papier [à base de pulpe de bois], correspondent à une période précise de l’histoire éditoriale américaine s’étalant de 1910 au début des années 1940. Ils furent remplacés par les digests, magazines au format proche d’un livre de poche et imprimés sur du papier de meilleure qualité.

Pour autant, l’histoire des pulps qui nous intéresse intégre celle des magazines de SF qui leur succédèrent et qui contribuèrent, à leur suite, à l’essor de cette littérature aux Etats-Unis puis dans le reste du monde.


PREMIERE PARTIE : EMERGENCE

Amazing Stories et Science Wonder Stories


Contrairement à beaucoup d’idées reçues, les pulps ne furent pas à l’origine de la science-fiction moderne, mais il est vrai en revanche que le succès de ces revues bon marché, consacrées à toutes les formes de littérature [western, policier, aventure, ...], fut en partie responsable de l’essor de la SF.

Contrairement à ce qui se passait sur le marché européen, aux Etats-Unis, le secteur de l’édition était très spécialisé par genres littéraires et ce dès le milieu du XIXème siècle. Ceci explique l’apparition de publications très spécialisées dans les colonnes desquelles étaient publiées des histoires destinées au grand public, souvent sous la forme de nouvelles ou de romans à épisodes.

Le premier de ces magazines populaires fut fondé en 1896 par Franck MUNSEY. The Argosy rencontra presque immédiatement un succès foudroyant et dix ans après sa création il tirait à 500 000 exemplaires par mois.

Vers les années 1910, le secteur explosa et en 1920 plus de cent vingt titres se partageaient le marché, attirant près de dix millions de lecteurs américains. Parmi ces nombreux pulps, trois publiaient régulièrement des romans scientifiques : Argosy, The Cavalier et All Story Magazines, sans pour autant négliger d’autres genres ou tenter une spécialisation dans ce domaine.

De façon formelle les pulps se présentaient sous l’aspect d’épais volumes [20*30 cm] d’environ deux cents pages de mauvais papier, aux couvertures criardes et racoleuses. Des mangas américains en quelque sorte. Les auteurs étaient rémunérés entre un quarter et un cent le mot et certains arrivaient à vivre de leur plume, à condition de produire en quantité afin de satisfaire l’énorme demande. Les pseudonymes et les identités littéraires multiples étaient d’ailleurs très courants.


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Hugo GERNSBACK

Ce fut un jeune expatrié d’origine luxembourgeoise, Hugo GERNSBACK, qui eut l’idée de créer un magazine spécialisé dans les récits de nature scientifique, qu’on appelait alors scientific romance.

En grand admirateur de Jules VERNE, il avait déjà publié en 1911 dans les pages de Modern Electrics [une revue technique consacrée à la radio dont il était le rédacteur en chef], un roman à épisodes de sa propre plume, nommé "Ralph 124 C 41+", un récit brouillon et mal écrit dont la trame narrative n’était que prétexte à la description de nombreuses technologies futuristes [vol spatial, cultures hydroponiques, enregistrement magnétique, matières plastiques et immeubles en fibre de verre, microfilms, radar....].

La tentative se révéla concluante et en 1926 il fonda Amazing Stories, sous-titré “The magazine of scientifiction, premier pulp entièrement consacré au genre. La SF des pionniers paraîtrait illisible et puérile aux lecteurs d’aujourd’hui, et il faut reconnaitre que peu de textes de l’époque conserve un intérêt. Mais Amazing Stories permet à plusieurs auteurs de faire leurs griffes et de créer les bases du genre. Certains noms nous parlent encore et influencèrent les auteurs de la générations précédentes. Citons notamment Edward S. ELLIS, Abraham MERRIT, Ray CUMMINGS, Edwar Elder SMITH [dit E.E. Doc Smith, grand maître du space opera] ou Edgar Rice BURROUGHS, le père de Tarzan.

Malin, GERNSBACK fut aussi le premier à publier un courrier des lecteurs dans ses magazines, ce qui permettait d’établir le dialogue entre les fans, mais également avec les auteurs dans une sorte d’émulation qui assurait le succès de ses publications. Les fans finirent par nouer des contacts et à constituer le noyau dur de ce qu’on appellera plus tard le fandom.

En dehors de ce courrier des lecteurs et d’un éditorial, les magazines ne contenaient que des nouvelles ou des romans à épisodes, aucune partie critique ne venait agrémenter le contenu ni même aucune autre rubrique. Côté ventes, Amazing stories tirait à la fin des années vingt à près de 150 000 exemplaires, bien que les ventes ne dépassaient pas en réalité les 125 000.

Au cours des années vingt, les publications consacrées à la science-fiction et au fantastique se multiplièrent avec l’apparition notamment de Weird Tales en 1923, revue dirigée par Edwin BLAIR et plutôt orientée vers les récits étranges et horrifiques. Un revue aujourd’hui mythique et dont le principal mérite fut de permettre à Howard Phillips LOVECRAFT de faire son entrée sur le marché des pulps [LOVECRAFT fut d’ailleurs extrêmement fidèle à Weird Tales au cours de sa carrière d’écrivain].

La compétition commençaient à devenri difficile, et les ventes de Amazing Stories finirent par stagner. La crise économique de 1929 lui asséna le coup de grâce : au début des années 30, Amazing ne tirait plus qu’à 25 000 exemplaires, signe que le leadership commençait à changer de camp.


Evincé de la tête de la revue, en raison de la faillite de sa maison d’édition, Hugo GERNSBACK créa un autre pulp en 1929, Science Wonder Stories.

C’est dans l’éditorial du 1er numéro qu’il utilisa pour la première fois le terme de science-fiction [il en profita également pour revendiquer la paternité du genre]. Les rédacteurs en chef des autres revues n’adoptèrent pas immédiatement cette nouvelle appellation, mais rapidement cette dernière fit l’unanimité auprès des fans et des écrivains et finit par remplacer le terme de scientifiction.

Hugo GERNSBACK s’assura également les services de Franck R. PAUL, illustrateur qui s’était déjà distingué à travers les couvertures d’Amazing et qui fut sans doute le principal artisan du style graphique très particulier des pulps.

Dans Science Wonder Stories, GERNSBACK reprenait les principes qui avaient fait le succès de Amazing. Plus tard le magazine écourta son titre pour devenir tout simplement Wonder Stories, tandis que GERNSBACK multipliait les publications avec Air Wonder Stories, Science Wonder Quarterly ou encore Scientific detective monthly.

Quant à Amazing stories, le magazine végétait sous la direction peu enthousiasmante de Thomas O’CONNOR SLOANE, ancien assistant de GERNSBACK dont l’âge avancé expliquait sans doute l’absence d’enthousiasme pour un genre qu’il trouvait certes distrayant, mais auquel il ne croyait pas vraiment. Autant dire que le magazine ne survivait que sur sa gloire passée et grâce à la bienveillance de fans irréductibles.

Amazing eut encore ses heures de gloire et poursuivit sa carrière jusqu’en 1976... mais la plupart des écrivains maison [Edmond HAMILTON, E.E. Doc SMITH, Nat SCHACHNER] avaient rapidement fini par aller voir la concurrence et en particulier un certain Astounding stories...


DEUXIEME PARTIE : EXPANSION

Astounding Stories


Contrairement à ce que l’on aurait pu penser, la crise économique consécutive au krach boursier de 1929 ne sonne pas le glas des pulps. Plus surprenant encore, c’est par une hausse de la qualité que les magazines de SF réussissent alors à surmonter la crise et à façonner ainsi le paysage science-fictionnesque américain de plusieurs décennies. Les pulps entrent de plein pied dans ce que l’on appellera plus tard "l’âge d’or" de la science-fiction.

Une période faste, qui a donné naissance aux plus grands maîtres du genre, d’Isaac ASIMOV à Robert HEINLEIN, en passant par Clifford SIMAK, Arthur C. CLARKE, Alfred VAN VOGT ou encore Alfred BESTER.

Malgré la crise du début des années trente, les lecteurs ne désertèrent pas totalement la lecture de leur magazine. Sans doute y trouvaient-ils un forme d’évasion qui leur permettait d’oublier l’espace de quelques instants les difficultés de la vie quotidienne. Mais cela n’empêcha pas tout de même les ventes de certaines publications, notamment le leader Amazing Stories, de chuter de façon assez conséquente.

De façon générale le lectorat des pulps passe d’environ 100.000 lecteurs à 45.000. Cette morosité économique ne découragea pas un certain Harry BATES, de fonder en janvier 1930 une nouvelle revue, baptisée Astounding Stories of Super Science, qui venait ainsi concurrencer directement Amazing Stories ainsi que les publications d’Hugo GERNSBACK, dont le prosélytisme scientifique ne cessait d’agacer BATES.

BATES céda rapidement la place en 1934 à F.O. TREMAINE, qui eut une idée de génie : tout simplement de doubler la rémunération des auteurs, de un à deux cents le mot. Ce calcul judicieux qui permit à Astounding Stories de recevoir en priorité les manuscrits et ainsi de s’approprier les meilleurs textes !

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John W. CAMPBELL

En 1937, un écrivain déjà confirmé fut nommé à la tête d’Astounding Stories, John CAMPBELL. Il devint rédacteur en chef de la revue et en assura en grande partie le succès et la domination pendant plus de vingt ans. En 1938, la revue était renommée Astounding Science Fiction, CAMPBELL souhaitant insister davantage sur le mot "science-fiction" .

En fait, il souhaitait même faire disparaître à plus ou moins longue échéance le terme "astounding" ["stupéfiant" en anglais], qu’il trouvait déshonorant pour un magazine haut de gamme, mais, manque de chance, un magazine baptisé Science Fiction, lancé par Charles HORNIG, l’empêcha de mener son projet à bien...

CAMPBELL était un rédacteur en chef exigeant, très attaché à la qualité des textes et à la rigueur scientifique de ce qu’il publiait. Pour lui la science-fiction n’avait pas seulement valeur littéraire, mais proposait un outil de réflexion sur l’évolution scientifique de l’humanité. Ce travail d’exigence fit en grande partie le succès de la revue.

Mais il aurait eu moins de portée si CAMPBELL n’avait su repérer le talent d’une poignée de jeunes auteurs, qu’il prit rapidement sous son aile et dont il sut exploiter toutes les capacités : Robert HEINLEIN, Isaac ASIMOV, Theodore STURGEON, A.E. VAN VOGT, sans oublier Clifford SIMAK, autant d’écrivains considérés aujourd’hui comme des maîtres de la science-fiction américaine [sans compter les anciens grands noms comme SCHACHNER ou WILLIAMSON].

Face à une telle pépinière de talents, la concurrence n’avait plus qu’à s’incliner : Hugo GERNSBACK était englué dans des problèmes financiers importants, il du se résoudre à l’arrêt de la publication de Wonder Stories en 1936. Le magazine, racheté par le groupe Thrilling, alors spécialisé dans le polar et le western, fut rebaptisé Thrilling Wonder Stories, mais sans Hugo GERNSBACK. De son côté, Amazing Stories sortait à peine la tête de l’eau grâce à la poigne énergique de Ray PALMER, membre actif du fandom nommé en 1938 à la tête du magazine. De son côté, Argosy abandonnait peu à peu la science-fiction.

Durant les années quarante, Astounding régne quasiment sans partage sur le petit monde des magazines de science-fiction et concentre l’essentiel des textes majeurs consacrés au genre.

Le cœur originel de ce qui constitue aujourd’hui le cycle de « Fondation », d’Isaac ASIMOV, est publié à partir de 1942 dans les pages de Astounding, de même que les nouvelles constituant le cycle des "Robots". De nombreux romans considérés aujourd’hui comme des classiques de la science-fiction naissent ainsi dans ces pages : « A la poursuite des Slans », « La faune de l’espace » ou « Le monde du non-A » d’Alfred Van VOGT, « Demain les chiens » de Clifford SIMAK. Dans le numéro de juillet 1941, Robert HEINLEIN commençe son « Histoire du futur ».

Seule erreur de CAMPBELL : il a refusé de publier pendant très longtemps les textes d’un jeune auteur nommé Ray BRADBURY, estimant que les textes de ce dernier n’étaient pas assez scientifiques. BRADBURY dut se rabattre sur les magazines moins prestigieux comme Weird Tales ou Planet [dans lequel il publia ses « Chroniques martiennes »], mais également dans des publications destinées au grand public.

En 1939, John CAMPBELL créa un autre pulp, le magazine Unknown, destiné à accueillir les récits au contenu scientifique allégé ; il n’est pas étonnant que la fantasy s’y épanouit pleinement. La publication eut une durée de vie assez courte puisqu’elle cessa en 1943, mais l’influence d’Unknown fut très importante au cours des années cinquante et soixante, et de nombreux écrivains vinrent y puiser leur source d’inspiration.

Au début des années quarante, John CAMPBELL décida de réduire le format du magazine et d’adopter le format digest [à peine plus grand qu’un livre de poche], essentiellement pour des raisons de positionnement commercial.

Il souhaitait ainsi démarquer son magazine du reste de la production ce qui ne manqua pas de faire hurler les fans les plus conservateurs. Mais ses modernisations n’allait pas suffir à maintenir au rang de leader un pulp qui sur le fond n’avait pas vu venir, avec les années 50 et la Deuxième Guerre Mondiale, la fin d’un certain optimiste scientifique rayonnant...


TROISIEME PARTIE : EVOLUTION

F&SF, Galaxy et la fin des pulps


"F&SF"

C’est en 1949 que fut lancé The magazine of Fantasy, rebaptisé dès le second numéro, The magazine of Fantasy and Science Fiction [F&SF], preuve s’il en est qu’Anthony BOUCHER, son rédacteur en chef, souhaitait avoir le maximum de champ libre dans ses choix éditoriaux.

D’une exigence littéraire élevée, la revue ne commença à publier des textes intéressants [concernant la SF s’entend] qu’à partir du milieu des années cinquante, les numéros antérieurs, en dépit de leurs immenses qualités, étant pour l’essentiel consacrés à des textes d’inspiration fantastique. Ce qui ne veut pas dire que nous ne pouvons rien retenir de cette période !

Quelques nouvelles mineures de Ray BRADBURY, Theodore STURGEON ou encore Arthur C. CLARKE furent publiés dans F&SF. Nettement plus intéressante fut sans doute la nouvelle proposée par Charles HARNESS dans le numéro de juin 1953, "L’enfant en proie au temps", illustrant l’un des thèmes favoris de cet auteur, celui du paradoxe temporel.

Le plus grand mérite d’Anthony BOUCHER, outre sa capacité à sélectionner d’excellents textes, fut d’avoir découvert le talent de Philip K. DICK. Bien qu’à proprement parler il ne débuta pas tout à fait dans F&SF, mais dans Planet Stories, ce dernier publia son premier texte important ["Le père truqué" - "The Father Thing"] dans le numéro de décembre 1954 de la revue d’Anthony BOUCHER.

Autres coups de maître avec la parution en 1955 du roman de Walter M. MILLER, "Un cantique pour Leibowitz", ainsi que de "La patrouille du temps" de Poul ANDERSON, deux romans aujourd’hui considérés comme de grands classiques de la science-fiction américaine. En 1956, ce fut Robert HEINLEIN qui s’illustra avec la publication de "Une porte sur l’été", un roman qui reçut un excellent accueil de la part des lecteurs de la revue, ce qui n’est guère étonnant, HEINLEIN étant à cette époque l’écrivain de SF le plus populaire des Etats-Unis.

"Galaxy"

En dépit d’un certain niveau d’excellence, ce ne fut pas F&SF qui tint le haut du pavé au cours de cette décennie, mais un nouveau concurrent du nom de Galaxy.

Créée en 1950 et dirigée par Horace C. GOLD, Galaxy ravit en l’espace de quelques mois la place de numéro un à l’illustre Astounding SF de John CAMPBELL. Ce changement n’est pas anecdotique, mais symptomatique d’un certain malaise qui régnait alors au sortir de la seconde guerre mondiale. L’explosion des deux bombes atomiques sur le Japon bouleversa profondément les mentalités et la confiance aveugle que les gens accordaient à la science et au progrès technologique. Ce changement de perspective, que John CAMPBELL n’avait pas compris, lui qui croyait encore dur comme fer en une société scientiste, Horace GOLD l’avait parfaitement intégré et l’offrait à ses lecteurs à travers la revue Galaxy.

Pour le premier numéro [octobre 1950], GOLD frappait déjà très fort avec au sommaire Clifford SIMAK, Theodore STURGEON, Richard MATHESON, Fredric BROWN, Fritz LEIBER, Isaac ASIMOV.

Les numéros suivants furent tout aussi impressionnants, avec Ray BRADBURY et son "Fahrenheit 451", Robert HEINLEIN, qui fit son entrée dans la revue en 1951 avec "Les marionnettes humaines", Alfred BESTER, dont "L’homme démoli" [publié en 1952] reçut le premier prix Hugo, Frederik POHL et Cyril KORNBLUTH qui publièrent "Planète à Gogo" en 1952, .....

C’est aussi dans les pages de Galaxy que Théodore STURGEON publia à partir de 1952 les textes qui, réunis plus tard, formèrent "Les plus qu’humains", une vision extrêmement humaniste du phénomène de mutation génétique [roman composé de trois textes : "Baby is three", "The fabulous idiot" et "Morality"]. Que dire encore des fabuleuses "Cavernes d’acier" d’ASIMOV, l’une des premières tentatives [avec "L’homme démoli"] d’allier SF et roman policier.

Autre talent révélé par Galaxy, celui de Robert SHECKLEY, dont les nouvelles se retrouvaient régulièrement au sommaire de la revue et n’hésitaient pas à allier réflexion et humour.


LA FIN DU TEMPS DES PULPS

En l’espace de quelques années Galaxy s’imposait tout simplement comme la revue de science-fiction de référence et mis à part F & SF et Astounding, qui arrivaient à sortir encore leur épingle du jeu, la concurrence n’avait pas grand chose à proposer. Seul fait notable, ASIMOV choisit Astounding pour publier en 1956 la suite des "Cavernes d’acier", intitulée "Face aux feux du soleil"... ce nouveau roman se révèle en tout point excellent ; pour le reste la revue vivait sur son ancienne gloire passée, proposant essentiellement les textes de ses écrivains maison comme Hal CLEMENT ou A.E. VAN VOGT.

La période qui s’étale du début des années trente à la fin des années cinquante est sans doute l’une des plus intéressantes sur le plan littéraire, de part la profusion et surtout l’excellence de sa production. Mais aussi brillant fut-il, cet âge d’or dut faire face à deux réalités bien tangibles, l’une idéologique l’autre économique. Les succès remportés sur le front de la conquête spatiale créèrent un certain désenchantement du public, pour lequel une part de rêve disparaissait, tant la réalité se montrait différente de ce que les écrivains avaient imaginé à travers cinquante ans de science-fiction.

D’autre part, les magazines durent faire face à partir des années soixante, à l’offensive des grandes maisons d’édition, convaincues par le potentiel de la SF et qui n’hésitaient pas à lancer leurs propres collections.

Le succès du livre de poche [le paperback] concrétisa la mainmise des grandes maisons d’éditions sur ce secteur, nombre d’éditeurs américains créèrent leur collection SF, que ce soit chez Ace book, Ballantine, Bantam ou dans une moindre mesure Pocket Books. La politique éditoriale des maisons d’édition consista dans un premier temps à rééditer certains classiques publiés dans les magazines puis ensuite à éditer des inédits ["Limbo", de Bernard WOLFE en 1952 ; "Les enfants d’Icare", d’Arthur C. CLARKE en 1953 ou encore la même année "The Rose", de Charles HARNESS].

Le résultat de cette concurrence ne se fit pas attendre : sur quarante revues spécialisées au milieu des années trente, il n’en restait plus que sept à la fin des années soixante ! Pour autant cela ne signifia pas la fin des magazines de science-fiction, ASF fut rebaptisé Analog en 1960 et ce n’est qu’en 1973 que John CAMPBELL prit sa retraite. Quant à Galaxy et F&SF, ils se permirent même de donner naissance à des éditions françaises de leurs publications [Galaxie et Fiction] en 1953.

L’aventure Galaxy prit fin au milieu des années quatre-vingt-dix. Quant à Analog et F&SF, ils sont publiés encore aujourd’hui, aux Etats-Unis.


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