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Publié le 01/06/2009

La Grande course de chars à voiles de Michael Coney

[Cat Karina, 1982]

ED. ROBERT LAFFONT / AILLEURS & DEMAIN, AVRIL 2009 (REED.)

Par Erispoe

La Terre dans plusieurs dizaines de milliers d’années. Frappées d’interdit religieux, les technologies ont été peu-à-peu oubliées. Les transports longue-distance s’effectuent désormais à bord de grands chars à voiles qui circulent sur une immense voie de bois. Comme les métaux, le feu et la consommation de viande sont devenus tabous.


Je ne tuerai aucune créature mortelle
Je ne toucherai à aucun matériau forgeable
Je n’attiserai pas le Courroux d’Agni.


Unie par une religion d’origine extra-terrestre, l’humanité est divisée par des clivages racistes opposants les "vrais humains" aux Spécialistes, ces chimères mi-hommes mi-animaux, races vieilles de plusieurs millénaires, nées d’antiques manipulations génétiques. En fonction de leurs capacités animales, ces derniers sont relégués à des tâches subalternes auxquelles ils sont censés être plus aptes. L’héroïne du roman, Karina, est une félina (mi-femme mi-jaguar) d’une grande beauté. Elle est la fille d’El Tigre, un "révolutionnaire" qui veut donner aux Spécialistes les mêmes droits qu’aux vrais humains. Mais Karina est bien plus forte qu’elle en a l’air. Choisie par la Didon [1], une femme aux étranges pouvoirs de prédiction, elle devient au fil des pages le pion d’une tragédie aux échos mythologiques...

Pas mal d’épopées ne vaudraient pas tripette sans licence poétique.


Censé être chanté par l’un des rares aèdes capables d’interpréter les données de l’Arc-en-Ciel, un immense ordinateur contenant l’ensemble des connaissances humaines, la Grande course de chars à voiles se présente comme l’ouverture du cycle du Chant de la Terre. Il s’agit d’un fragment d’une histoire du futur dont l’amplitude donne le vertige ; ou plutôt d’une histoire des futurs car l’auteur se permet parfois d’explorer d’autres pistes temporelles sur quelques paragraphes. Mais là où d’autres préféreraient nous présenter de vastes fresques brossant des millénaires et mettant en scène de très nombreux personnages, Michael Coney adopte une approche pointilliste. Dès les premières pages, il accumule les détails qui renforcent l’altérité profonde du monde qu’il dépeint. Par petites touches pleines d’humanité, il nous confronte aux interrogations et aux doutes de ses personnages.

Le roman peut paraître déroutant. Il peut étonner l’amateur de science-fiction qui aurait lu d’autres histoires du futur et qui voudrait comprendre tout ce que l’auteur se contente d’esquisser (en particulier ses explications chronologiques, volontairement fragmentaires). Centré sur les personnages, manipulés par des puissances qui les dépassent, et sur la description de cette Terre si lointaine de la nôtre, la Grande course de chars à voiles adopte un ton subtil et volontiers poétique. Avec un souffle qui en fait une véritable mythologie des temps futurs, Coney nous plonge au sein d’un tourbillon de destins manipulés comme autant de fils tissés par des Parques d’un très lointain avenir.

Depuis quelques mois, Michael Coney semble être revenu à la mode. Gérard Klein réédite aujourd’hui les cinq volumes du Chant de la Terre. Initialement édité en français après les tomes deux (la Locomotive à vapeur céleste) et trois (les Dieux du grand loin), cette réédition est la première qui suive l’ordre original de parution. Après Péninsule (Les Moutons électriques) et le Crépuscule des mondes (éd. Bragelonne), le cycle du Chant de la Terre devrait sortir l’oeuvre de Coney de l’oubli dans lequel elle avait sombré ces dernières années.


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Les lecteurs qui ont apprécié les récentes rééditions de Michael Coney peuvent se laisser tenter par la Grande course de chars à voiles, ouverture d’un cycle ambitieux enfin disponible dans son ordre original de parution.
Pour ceux qui ne connaissent pas encore l’œuvre de l’auteur, il est sans doute préférable de commencer par le Crépuscule des Mondes aux éditions Bragelonne...



NOTES

[1] Comment ne pas penser à la reine de Carthage au destin tragique dans l’Enéïde de Virgile... ?