Publié le 05/04/2009

La Guerre Spéciale de Xavier Mauméjean

ED. MANGO JEUNESSE, MARS 2009

Par Goldeneyes

Fort d’une bonne dizaine de romans, Xavier Mauméjean nous livre avec cette présente Guerre Spéciale une nouvelle incursion dans la littérature jeunesse au sein de la collection Autres Mondes chez Mango.

Guerre ? Vous avez dit Guerre ?


Dans un futur pas si lointain, les planètes colonisées par la Terre se sont rebellées. Au prix d’une guerre sanglante, les colonies ont acquis leur indépendance.
Un siècle a passé sous l’égide d’une paix qui semble désormais durable. Néanmoins, un incident inexplicable frappe un transport de troupes de la flotte coloniale, scène d’ouverture pour le moins prometteuse qui ouvre sur pas mal de questions. Cela pousse les militaires qui dirigent la Confédération des Planètes Colonisées à déclencher le plan « Guerre Spéciale » afin de parer à toute menace. L’enjeu : dénicher au sein des jeunes générations les ados dotés d’un potentiel secret susceptible d’être porté à son plus haut niveau, via un entraînement au sein de l’académie militaire.
Le lecteur voit ainsi servir son trio d’adolescents à la fois bigarré et complémentaire : Meï, mystérieuse et indocile, au physique et à la souplesse asiatique ; Bob, joueur aguerri de speedball tout-en-muscles ; et le meneur intello charismatique de l’équipe, fils de paysans et personnage principal de l’histoire : Paul.

Le roman est dédié à deux figures emblématiques de la science-fiction américaine : Robert Heinlein et Joe Haldeman. La filiation est claire : tous deux ont composé une partie de leur œuvre sur la thématique de la guerre [on conseille vivement deux lectures indispensables de Joe Haldeman : La guerre éternelle, évidemment, mais aussi, moins connu, et pourtant tout autant jubilatoire : Le vieil homme et son double. Pour Heinlein, on pourra rappeler que le cinéaste Paul Verhoeven a porté à l’écran son roman Starship Troopers], thématique que Xavier Mauméjean reprend ici à son compte, en l’adaptant aux canons de la littérature jeunesse.

Haldeman, dans La Guerre Eternelle], nous faisait voyager de planète en planète. Mauméjean, lui, fixe à son récit un cadre fixe : la majorité de son roman se déroule au sein de l’académie militaire (décidément, les ados confinés en pension...) où nos chers adolescents, trillés sur le volet, ont tout le loisir, à force d’entraînement spécial, de déployer leur potentiel tout aussi spécial (l’ombre de Van Vogt n’est pas bien loin non plus. Lisez et vous comprendrez). Finalement, le roman s’articule, dans sa majeure partie, à une sorte d’enquête : qui en veut à la paix des colonies ?

Les ingrédients jeunesse sont bien présents : l’écrivain profite ainsi du cadre de l’académie militaire pour dresser le tableau du microcosme scolaire. L’occasion pour les lecteurs âgés de se remémorer quelques bons souvenirs, lorsqu’en des temps désormais révolus, nous usions nos fonds de culotte sur les chaises trop basses de l’éducation nationale : un zeste de bizutage pour les petits nouveaux (Kurt, le cadet aux desseins ambigus), les interrogations écrites - ici un test d’aptitudes de l’armée - les élans de sympathie spontanée nous incitant à voler au secours d’un de nos camarades en difficulté face au despotisme de l’autocratie professorale (Paul soutenant Bob devant Clark)...
Xavier Mauméjean se dépeind les relations entre élèves, mais aussi entre élèves et enseignants. L’occasion là encore de donner corps à quelques figures archétypales de la sphère scolaire : le gentil prof compatissant qui se révèle un confident sur lequel on peut compter (Hansen), le méchant prof à la réplique cinglante qui suscite chez son auditoire nerveusement attentif autant de crainte que de respect (Clark)... Alors certes, on est bien loin d’un Chagrin d’Ecole de Pennac, ou d’un Teacher Man de Frank McCourt. Mais tout cela sonne agréablement juste. Le vieux lecteur sourira sans doute de nostalgie et il ne fait aucun doute que le jeune public évoluera en territoire connu. C’est-à-dire conquis...

Un entraînement militaire drastique. Des gamins enrôlés et contrôlés par l’armée. Le tout mettant en jeu la survie d’une espèce...

Impossible, évidemment, de ne pas penser à La Stratégie Ender de Orson Scott Card. Mais, si la thématique est très proche, La Guerre Spéciale est bien loin d’atteindre la force de ce grand classique. Mauméjean maintient son texte sous un voile de retenue, voire de pudibonderie, qui l’empêche définitivement de titiller la corde sensible d’un vieux routard de la SF. Malgré quelques scènes d’action, le récit demeure confiné et on regrette amèrement son manque d’ampleur. Une ampleur que le calembour du titre laissait pourtant supposer galactique, et qui s’avère, au final purement académique. Car c’est au sein de l’académie militaire que tout se joue, et tout se noue, pour nos jeunes héros. Et la conclusion déçoit par son manque d’envergure.
On entrevoit que l’auteur a voulu traiter différemment cette thématique, essayant, par son caractère policé, de prendre à contre-pied le traitement radical de ses pères : ici, peu de combats sanglants, mais plutôt une tonalité générale qui laisse une franche place au dialogue, à la conciliation, à la pondération... Seul souci : du pamphlet anti-guerre que pouvaient constituer Etoiles Garde à vous ! ou La Guerre Eternelle, La Guerre Spéciale aboutit à un résultat un poil ambigü.


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Alors bien entendu, ça se lit vite et bien. On s’attache à ces gamins spéciaux qui se construisent un peu au contact de la rigueur militaire. Simplement, la retenue générale peut décevoir, voire agacer, au même titre, d’ailleurs, que la conclusion faussement moralisatrice...

Il ne fait aucun doute, cependant, que le jeune public trouvera dans la Guerre Spéciale la source d’un bon divertissement. De quoi, on l’espère, l’amener à se tourner vers l’œuvre des pères auxquels l’écrivain a voulu rendre hommage.