EN BREF

 
VOS LIVRES DANS LA BOITE AU LETTRES !




En commandant vos livres sur Amazon.fr vous faites des économies [-5%] et vous participez au financement du site car le Cafard cosmique reçoit une petite commission sur les ventes.

Le livre le plus acheté
en mai 2010 :
Janua Vera +
de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

A VOIR AUSSI

Première publication le 01/10/2007
Publié le 05/09/2009

La Guerre des fleurs de Tad Williams

[The War Of Flowers, 2003]

ED. FLEUVE NOIR / RVA, SEPT. 2007

Par Mr.C

Théo Vilmos traverse la période la plus sombre de sa vie : sa compagne vient de subir une fausse couche, et dans la foulée elle l’a plaqué parce qu’il est un looser. Puis sa mère lui a annoncé qu’elle était atteinte d’un cancer et elle est morte.
Alors qu’il commence à déprimer [forcément...], une fée de quelques centimètres de haut apparaît dans sa cuisine juste à temps pour le tirer des pattes moisies d’un puzzle de cadavre sorti de nulle part. Théo bascule dans un portail lumineux... et déboule aux pays des feys.


Tad Williams s’est taillé une place conséquente sur les rayons Fantasy des librairies grâce à son cycle épique, L’Arcane des Épées.
Avec deux autres sagas, Autremonde et Le Royaume des Marches, dont le premier volume est paru en France cette année, il s’est définitivement bâti une réputation de faiseur d’histoires talentueux, [quoiqu’assez peu audacieux, faut bien le dire].

Il y a cependant un point commun à toutes ses œuvres qui nous chagrine : leur poids. Tad Williams n’écrit rien qui ne pèse moins d’un kilo de papier.
C’est ainsi, il ne sait pas faire court. Tous ses cycles s’étalent sur plusieurs milliers de pages.

Alors quand La Guerre des fleurs paraît chez Rendez-vous Ailleurs, un roman de fantasy en un seul volume, on est d’abord surpris. Un seul volume, vous en êtes certain ? N’y-a-t-il pas erreur ? Tad Williams aurait donc réussi à brider sa plume ?
A y regarder de plus près le volume en question pèse tout de même ses 700 pages. A moins d’être haltérophile, ne comptez pas le lire debout dans le bus, vous risquez une tendinite du poignet.

Revenons-en à l’histoire : Théo Vilmos traversait donc la période la plus sombre de sa vie lorsqu’une cousine de la fée clochette l’a précipité dans un portail magique pour échapper à un amas de corps en décomposition qui semblait lui réserver un gros calin du genre dont on ne se remet pas.
Là-dessus, Théo atterrit aux pays des feys, réalité parallèle dans laquelle vivent les créatures des légendes : gobelins, pixies, doonies, brownies, dobbies, ogres, kobolds, ferishers, pookas, fachans, killmoulis, tommyknockers, sprites, sylphes, spunkies, trolls, boggarts, leshies, poleviks, etc. [Tad Williams n’a pas mégoté sur la liste, il n’a oublié personne à part peut-être Winnie L’Ourson].

En réalité, Théo va découvrir que sept grandes familles dirigeantes, qui portent des noms de fleurs [Héllebore, Stramoine, Violette, Primevère...] sont au bord de l’affrontement [d’où le titre] et que sa propre personne est un enjeu majeur dans la guerre qui se prépare.

Les péripéties sont nombreuses car, parcourant en tous sens le pays des feys, notre héros s’aperçoit que la lutte des classes existe aussi chez les gobelins, et qu’il n’y a pas que chez nous que les riches votent à droite.

L’aventure de Théo est une recette parfaite dans laquelle ne manque aucun ingrédient : de l’humour, de l’esprit, de l’amour, de l’émotion, des farfadets en veux-tu-en-voilà, des nymphes mystérieuses, des charges héroïques, des moments de tendresse, et un anti-héros musicien raté qui - mais bien entendu - découvre son destin au bout du chemin.

L’ennui c’est que l’on traverse La Guerre des Fleurs comme un repas de famille : ça n’en finit pas et après on a le ventre lourd. Quel besoin Tad avait-il de charger à ce point son histoire ? Pourquoi une telle boursouflure ? Fallait-il vraiment doubler la dose de crème, et rajouter de la sauce au chocolat par-dessus les fruits confits ?
Lourd, le roman hésite sur le ton à adopter, et finalement, les adopte tous successivement. Mélodramatique pendant 100 pages, vu que Théo perd son bébé, puis sa copine, puis sa mère, le récit s’oriente ensuite vers la gaudriole : Théo découvre héberlué ce pays remplis de nains de tous formats et la fée, baptisée Trognon d’Pomme [avec l’apostrophe], balance des répliques dignes de Michel Audiard, du genre « Je devrais peut-être prendre une brindille et te la coller dans la tuyauterie... Tu marcherais plus lentement. » ou « J’ai l’impression qu’un gobelours m’a chié dans le crâne. Où on est ? »

Enfin, au bout de 500 pages, tout bascule dans la guerre ouverte avec attaque de dragons au napalm, explosions de bâtisses féériques, massacre du petit peuple en révolte façon Tien An Men, etc. Ne manque que la charge des Walkyries, au point que Tad croit nécessaire en préambule de nous avertir qu’il avait écrit tout cela avant les événements du 11 septembre 2001 [en réalité, c’est là qu’il est le plus comique.]

Etant donné l’imagination dont il est pourvu, son humour certain, et ses réels talents de conteurs, on ne peut que regretter que Tad ne soit pas assisté d’un gobelin malin qui saurait effacer un paragraphe sur deux de tout ce qu’il écrit avant publication : on aurait ainsi un récit rythmé, drôle et malin, pas franchement original, non, mais réellement plaisant.
Au lieu de cela, on subit un très très très long voyage.


COMMANDER

A qui pourrait plaire La Guerre des Fleurs ? Aux fans de Tad Williams qui, embarqués par son savoir-faire, ne lui en voudront pas de tirer à la ligne, et de ne pas savoir aller à l’essentiel ? Aux haltérophiles amateurs de BCF qui rient facilement ? Aux jeunes lecteurs les moins exigeants ?

Pour ma part, j’orienterais les amateurs de fantasy féérico-urbaine vers les plus subtils China Miéville ou Neil Gaiman, sans hésiter.