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Par PAT
Œuvre d’un auteur surtout connu pour ses polars SF, La Nef des fous est une réussite à défaut du chef d’œuvre attendu. Avec beaucoup de roublardise et une étonnante maîtrise de la narration, Richard-Paul Russo captive le lecteur en utilisant pourtant des ficelles éculées.
Ainsi, l’action implique plusieurs mystères assez fascinants qui trouvent (ou pas) une explication au cours du roman. De fait, il est difficile de lâcher La Nef des fous avant la dernière ligne, particularité qui caractérise les page-turners les plus efficaces.
Au départ, on hérite d’un scénario SF assez classique : un énorme vaisseau spatial très ancien, peuplé de plusieurs milliers d’individus, poursuit sa route dans l’espace.
Véritable « vaisseau-monde », l’Argonos est un navire sans mission, sans but précis, dont les différentes générations d’humains qui l’habitent ont oublié l’histoire. Crée par qui, où et dans quel but ? Premier mystère, laissé volontairement sans réponse. On pense inévitablement à Croisière sans escale de Brian Aldiss, sauf qu’avec Russo, les protagonistes savent parfaitement à quoi ils ont affaire.
La société évoluant à l’intérieur de l’Argonos est assez stratifiée, avec ses citoyens de bas niveau et ses VIP, statu quo social déséquilibré qui entraîne une mutinerie bien pratique pour décrire l’ambiance à bord du vaisseau et présenter les personnages.
Russo prend le temps de donner corps et vie à des individus attachants et profondément humains. On trouve Nikos, le capitaine, bientôt en disgrâce et en proie aux affres de la solitude. L’évêque Soldano, homme de pouvoir, inquiétant et sombre, véritable Richelieu du bord. Le « père » Véronique, femme de foi, victime du doute. Pär, le nain planteur de café, sans oublier Bartoloméo, héros principal du roman, phocomèle difforme affublé d’un exosquelette de soutien et de prothèses de bras.
Le deuxième mystère se situe sur la planète baptisée sommairement Antioche : bien décidé à explorer ce monde dont l’Argonos a capté des transmissions inexpliquées, Nikos envoie un petit contingent sur la terre ferme, histoire de savoir de quoi il retourne. Sur Antioche, Bartoloméo et le père Véronique font une macabre découverte. Des bâtiments sombres qui renferment des milliers de squelettes, tous accrochés à de sinistres crochets.
Génocide, suicide collectif ? Les choses ne s’arrêtent évidemment pas là. Après avoir quitté Antioche, l’Argonos doit faire face à un troisième mystère, sans doute encore plus fascinant : un étrange vaisseau spatial, gigantesque et résolument étranger, est repéré. Apparemment inerte, il va faire l’objet d’une minutieuse exploration, qui, on s’en doute, ne sera pas de tout repos.
Classique et prenante, cette seconde partie du roman rappelle Rendez-vous avec Rama et Alien, de par l’excitation et la terreur que ressent le lecteur au fil des découvertes et des révélations.
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Comme on pouvait le craindre depuis le début, La Nef des fous peut décevoir par un côté volontairement explicatif qui ôte une certaine part de poésie. Un bon cru pour une littérature avant tout distrayante, mais toujours intelligente. |
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