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Publié le 01/05/2005

« La Profondeur Des Tombes » de Thierry DI ROLLO

[LE BELIAL’, SEPTEMBRE 2003 - REED. FOLIO SF]

Par Daylon

Un futur indéterminé mais terriblement proche. Forrest Pennbaker est porion, responsable d’extraction au plus profond des galeries de la mine de Corneyground. Car le charbon est redevenu le combustible majeur, les autres énergies étant épuisées.
L’eau pure est devenue plus précieuse que l’or, plus rarissime aussi.

Un OVNI à l’ambiance peu commune tout droit sorti de l’escarcelle de monsieur DI ROLLO.

Ce monde étouffe sous la crasse et la poussière, sous une brume noire permanente. On ne dit plus "jour" mais "nuit claire". L’air est devenu plus toxique encore que le fond des mines.
Un monde ravagé habité par des misérables.
Un monde en niveaux de gris où la couleur semble se limiter au sépia.

Pennbaker vit dans ce monde, seul avec sa fille artificielle, CloseLip.
Et il n’a qu’un objectif, suggéré par la Mort elle-même. : Connaître la profondeur des tombes.
La Mort a la voix de sa mère. Alors, Pennbaker l’écoute.

S’ensuit alors une fuite en avant, vers les U-Zones, vers un amour disparu. Une quête désespérée.« La Profondeur Des Tombes » n’est pas tant la description d’un monde agonisant que l’histoire de la folie d’un homme. Le pathétisme d’une vie gâchée, au destin sans issue possible. Ici, pas de monde à sauver, pas de veuve et d’orphelin à délivrer des griffes d’un grand méchant omnipotent. Juste la vie simple et autodestructrice du héros.

Plus intimiste que ne laissait suggérer la quatrième de couverture, ce quatrième roman de DI ROLLO se montre surprenant, fascinant, voire même hallucinant. On assiste, impuissant, à la chute vertigineuse dans un gouffre mental sans fond.
Lire « La Profondeur Des Tombes » revient à respirer des bouffées de gaz toxiques.
Une réussite.
Le style est prenant, les descriptions jamais lourdes et la narration se montre magistrale. Les flash-back, savamment dosés, ne cassent en rien la rythmique, au contraire. Rares auront été les personnages dépressifs aussi bien décrits. Rien dans le récit ne paraît creux, tout est crédible, jusqu’au détail le plus improbable.

On pense à Chuck PALAHNIUK [« droit dans le mur »], à ZOLA [la crasse des mines, le désespoir latent], peut-être même à BURROUGH [les passages hallucinés, qui eux, fort heureusement, restent lisibles]. Le mélange est unique, la sauce prend.
DI ROLLO nous demande de nous identifier à un personnage qui dérange, à la morale douteuse animée par la folie. On en redemande !

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Et si l’on devait malgré tout relever des défauts [pour la forme] dans « La Profondeur Des Tombes », ce serait peut-être le superflu de certains éléments : ce que Pennbaker « imagine » [une astuce pour effectuer des raccourcis dans la narration ?], les quelques incohérences du background développé (il y aurait tant de puits carbonifères que cela ?) ou, sur la fin, le manque de présence de l’Etre Sombre.

Mais ce serait chipoter. Ce qui compte, c’est ce qui se passe dans la tête de Pennbaker. « La Profondeur Des Tombes » montre à quel point DI ROLLO est une plume qui compte, qui sait se démarquer ; certainement une référence en devenir.

C’est sombre, c’est glauque, c’est sans espoir. A découvrir d’urgence.


A LIRE AUSSI :
> La fiche bio / biblio de DI ROLLO Thierry [et d'autres critiques]

 
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