Publié le 01/11/2009

La Reine des lumières de Xavier Mauméjean

ED. FLAMMARION / UKRONIE, NOV. 2009

Par Ubik

An 2200 de l’ère alexandrine (1844 de notre calendrier). L’Empire gréco-indien fondé par le Conquérant vacille sur ses bases, menacé par les prémisses d’une guerre entre Roxane, fille de l’empereur défunt, et son oncle Philippe.
Des terres froides d’Angleterre aux montagnes d’Afghanistan, via le sanctuaire de Delphes, celle que l’on surnomme déjà la Reine des lumières aura fort à faire pour revendiquer son héritage et accomplir l’oracle rendu par la Pythie : « un souverain qui trouve la personne qualifiée connaît la prospérité. Celui qui n’y parvient pas sera anéanti. »
Roxane trouvera-t-elle cette perle rare en la personne de Thomas Drake, aka le « Diable rouge » ?
Offrira-t-elle la liberté au monde ?


Succédant à Pierre Bordage et à Johan Heliot, ses deux compères en écriture, Xavier Mauméjean imprime à son tour sa marque à la collection « Ukronie » des éditions Flammarion.
Si l’on reprend la classification établie à l’occasion de la chronique de l’anthologie Divergence 001, force est de constater que le roman de l’auteur français s’apparente davantage à un jeu avec l’Histoire. Tout au plus décèle-t-on une timide allusion à la représentation cyclique de l’Histoire dans la mythologie indienne, discernable sous la forme d’un clin d’œil dans l’épilogue du récit. Mais si l’uchronie de Xavier Mauméjean semble relever d’une conception cyclique, l’intrigue est incontestablement linéaire, une linéarité ponctuée de quelques rebondissements et de moult morceaux de bravoure. En cela, il semble bien respecter la déclaration d’intention d’Alain Grousset invitant les auteurs œuvrant dans la collection qu’il dirige à s’improviser Maîtres du Temps, à réécrire l’Histoire dans une nouvelle version, toute personnelle.

On connaît la propension de Xavier Mauméjean à investir un champ culturel pour en faire le jouet de son inspiration. On apprécie son goût pour les facéties érudites. La Reine des lumières ne dément pas ce constat. En dépit des nombreuses allusions historiques émaillant le récit, l’uchronie imaginée par l’auteur n’est qu’un simple vernis apposé sur une succession d’aventures, au demeurant très bien menées, mais qui n’auraient sans doute pas déparé dans une collection de fantasy.
Connaissant le phénomène de l’entropie et les aléas de la génétique, comment en effet prendre au sérieux, ne serait-ce qu’un instant, un empire dont la durée s’étend sur plus de 2000 années sans que celui-ci n’évolue d’un iota ? L’Empire romain et son héritier l’Empire byzantin ont duré moins longtemps, bien obligés de muer sous la contrainte, afin de perdurer jusqu’à leur terme historique, prélude à une continuation sous une forme différente et morcelée chez leurs successeurs.
Par ailleurs, comment accepter l’idée d’un empire gouverné par une seule dynastie, sans que celle-ci ne soit interrompue ?

Bref, on le voit, l’Histoire alternative fait ici office d’arrière-plan général. Une toile de fond en guise de cadre somptueux pour un récit narré par un auteur doué de réelles qualités de conteur. Car s’il est un reproche que l’on ne peut faire à Xavier Mauméjean, c’est celui de laisser son lecteur sur le bord du chemin. Nul doute que l’adolescent moyen sera sensible à cette histoire pleine de bruit et de fureur, maniant les ressorts universels de l’amour et de la liberté. Notons au passage qu’on ne lui épargne rien, à cet adolescent lambda : un zeste de mysticisme exotique, un soupçon de complot et de traîtrise, une pincée de frayeur avec la secte des Thugs, une louche d’injustice sociale (les castes), quelques allusions discrètes au Pays basque, du suspense en pagaille, de la romance et de grandes batailles épiques sur mer et sur terre. Le tout empaqueté efficacement, saupoudré, mine de rien, de références authentiques aux civilisations hellénistique et indienne, accessible même au collégien moyen.
Xavier Mauméjean n’écarte pas la violence brute du déroulement des batailles, toutefois les scènes à la sensualité débridée manquent cruellement, comme masquées par un voile pudique. Le Kama Sutra aurait-il été (hélas) escamoté de cette Histoire alternative ?


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Au final, Xavier Mauméjean trousse un récit aventureux, à la fois documenté et distrayant. Rien de bouleversant mais rien de honteux non plus. Toutefois, une impression tenace de déjà-lu vient tempérer l’enthousiasme.
Et le lecteur resté un tantinet sur sa faim de se demander : et si la collection « Ukronie » n’était en fin de compte qu’une niche éditoriale supplémentaire sur le marché attractif de la littérature jeunesse ?
Et si ? On en serait presque en train de refaire l’Histoire…