On m’a demandé de faire un papier pour démontrer que la SF s’adressait aux ânes et que seule la fantasy méritait de survivre à l’holocauste nucléaire qui s’annonce.
Ce qui est tout à fait cocasse, parce que je préfère, et de loin, la SF à n’importe quelle fantasy. Comme disait Gainsbourg avec sa classe habituelle (notez l’ironie, même mon humour de merde a ses limites, et Whitney Houston avait de toute façon vraiment l’air d’une pouffe) : « y’a plus que les hologrammes qui me font bander », eh ben moi c’est pareil, si on ajoute le café, écrire, un certain Éric, et la Hard SF. Mais faisons tout comme, car je suis une pute.
La SF, ce jeune avorton de la littérature, est encore couvert d’acné juvénile, voire de pilosité fœtale.
Pire que ça. La SF, soyons clairs, ça n’existe pas. Du moins pas encore. Quand on aura appris à faire du sesque avec les aliens – et je ne parle pas de Carlos ou des Boys Bands – quand on causera le plutonien, quand on aura des traités de cuisine sur la bouffe venue du Centaure, alors on causera de SF. En attendant, contentons-nous de nous tripoter devant nos réfrigérateurs qui pondent des glaçons en formes de têtes de pingouins et des fours à micro-ondes qui nous donnent le cancer du boson de Higgs. « Mais que raconte-t-elle, hier encore j’ai vu un livre siglé SF à Auchan ! », argumentez-vous. Et bien permettez-moi de vous dire que « Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus » n’est en aucun cas un traité sur la conquête spatiale, et que moi-même, moi ici comme je vous parle, j’ai un jour croisé un livre dont la couverture disait « Maigrir c’est dans la tête ISBN 978-2738122896 » ce qui est totalement faux, car souvent, quand on veut maigrir, c’est dans le cul.
Un fœtus, disais-je. Pour défendre le point de vue que l’on m’a forcé à adopter en échange d’un demi œuf dur pris en vitesse sur un comptoir de brasserie sordide, deux extraits. Les deux écrits à la même époque (aka : y’a masse de temps). L’un causant fantasy, l’autre SF.

« D’abord, il arrivera un hiver qui s’appelle Fimbulvetr. Alors, des tourbillons de neige tomberont de toutes les aires du vent. Il y aura froid rude et vents mordants, et le soleil ne luira point. Il y aura trois hivers à la file, et pas d’été entre-temps. […] Alors les frères s’entre-tueront par appât du lucre, et nul n’épargnera son père ou son fils en fait de meurtre ou d’inceste. […] Puis arrivera quelque chose d’extrêmement remarquable : le loup avalera le soleil, et les hommes découvriront que cela leur est d’un grand préjudice. » (Traduction par Régis Boyer de Snorri Sturluson)


Loin d’être la quatrième de couv’ de Chien du heaume fait du surf sur la côte d’azur, ce passage raconte le début des Ragnarök. Trouvez-moi un bouquin de fantasy mieux ficelé que celui-ci et je vous invite à MacDo grâce à mes droits d’auteur. Pas la peine d’essayer, de toutes façons, puisque écrire de la fantasy consiste à piller les eddas et Tolkien, en boucle et jusqu’à la fin des temps, amen. Par exemple, une étude très sérieuse a montré que neuf livres sur dix, en fantasy, portaient comme titre un passage de saga viking – et je suis bien placée pour le savoir – le dixième étant nommé soit Conan soit Dragonlance.
Voyons l’autre exemple, maintenant, qui parle médecine et que je cite, car la SF a traité et traite encore de biologie, de physique et d’êtres humains, trois cordes que l’on peut nouer en un nœud appelé médecine, je le dis sans crainte de me tromper.

« Je n’administrerai de poison à personne, si on m’en demande ; de même, aucune femme ne recevra de moi un pessaire abortif. Dans quelque maison que je pénètre, j’y entrerai pour l’utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et des garçons libres ou esclaves. » (Hippocrate, dans son best-seller Medecine is fucking serious business)


Ne pas donner de répulsif à taupes à ses patients, dire aux femmes ce qu’elles doivent faire de leur vie, ne pas voler l’argenterie et ne pas coucher avec le jeune éphèbe de la maison sur le lit du malade. Sans déc. Voilà résumés tous les livres de fantasy avec un jeune voleur comme héros. Si c’est pas de l’hypocrisie.

Science
Science.

À propos de femmes, tiens. Le passage sur ce qu’elles doivent faire est de la fantasy pure et dure. Quel courant littéraire nous montre mieux comment traiter ces presque-humains, que faire avec, et de quelle façon les gérer ? C’est en fantasy que j’ai appris que, si un jour je me faisais molester dans le métro, je n’aurais qu’à soit enfiler un soutien-gorge blindé et frapper l’homme au groin (c’était de la VO, je n’ai toujours pas compris), soit pleurer en silence et attendre mon sauveur, en retard ce jour-là car lui-même empêtré dans un sous-vêtement en cotte de mailles et breloques. J’avoue que sur ce point la SF est supérieure et bien plus intéressante, car elle parle de mondes où l’on a enfin inventé des armes que nos petits bras fluets peuvent porter, comme une éponge à vaisselle à laser, ou une épingle à nourrice à positrons. Et surtout, la SF n’est pas écrite par des femmes, et ça, ce serait sot de passer à côté. Enfin une étagère de bibliothèque débarrassée des gonzes et de leur criant manque de talent ! Regardez Zimmer Bradley ! Ah, quelle série facile ! Certains y ont vu une critique de la société actuelle, mais ça se saurait si les zouzes pouvaient écrire autre chose que des séries de geignements, des traités d’élevage de bébés chats et des merdes genre Claudine se fait casser le col.


Oubliez ce paragraphe, il n’est pas bon pour défendre mon point de vue, finalement.

Une des forces de la fantasy, c’est aussi de retrouver quelque chose d’ancien et qui nous parle, quand elle est bien écrite. Un peu comme des contes de fées, mais pour vieux. Personne ne lit de physique nucléaire aux enfants, personne, pas même Stephen Hawking, et j’ai pourtant entendu dire de source sûre qu’il kiffe grave, lui, la physique nucléaire. Par contre, tout le monde raconte des histoires de dragons, de fées et de lutins aux enfants. Même Stephen Hawking, et j’ai pourtant entendu de source sûre qu’il trouve que c’est grave de la merde. ©


Des contes où les fées portent des Docs coquées et te défoncent la gueule. Avec des putain de tronçonneuses.

Le truc aussi en fantasy, c’est que ça pue la sueur. Y’a pas de bombe surpuissante, pas de vitesse intergalactique, pas d’armes tirées du caleçon de l’écrivain un soir où il était beurré, pas de locomotive à neutrons pour le sortir de la merde, rien. Y’a rien, rien que des pierres nulles et de la gadoue. Des fois de la magie aussi, mais j’y reviendrai plus tard (ou pas). Y’a un amour de chasseur de pokémon (« il faut que je marche dans ces herbes pendant les six prochaines heures, j’aurai une chance d’attraper un Miaous !! » Avez-vous déjà vu quelque chose de plus ridicule ? Sans rire, Miaous est so années 1980) pour chaque petit bout de bois, chaque petite clef, chaque petit morceau de tissu. Vous vous moquez, mais je me suis fait frapper par mon MJ, qui d’ailleurs ressemblait très très fort au dessin de la fée au-dessus, parce que je ramassais tout. Tout. TOUT. N’empêche que le jour où on a tous pu se sauver d’une tour en flammes avec une montgolfière faite de vieilles culottes géantes, AH, qui a eu sa revanche ? Moi, parce que tous les autres joueurs se sont écrasés au sol et que j’ai pris les escaliers. Quand on a dans sa poche de quoi détruire le monde, c’est tout de suite moins intéressant. Et ça, ça n’arrive jamais en fantasy, demandez à Frodon Sacquet.
Que dire de plus ? La vérité nue devrait déjà vous crever les yeux avec un cure-dents +6. Partons du principe que l’être humain est profondément incapable de voir le monde sans un dieu ou un autre caché derrière, et une sorte de magie à l’œuvre. Les noms des sorts changent alors, et Pile Volta est simplement plus à la mode en ce moment et sous nos latitudes que Méditation Totémique. Dans ce cas, les dieux de chair, de sang et de stupre seraient remplacés par d’autres, faits d’acier et de mini conducteurs électriques. Disons.


Le Dieu de la SF, assorti à mon rôle sociétal et à mon mascara des grands soirs.


Le Dieu de la fantasy, et badast motherfucker, ever. EVER, sa mère.

Ca a quand même plus de gueule, y’a pas à tortiller. J’ajouterais qu’en plus de faire ovuler les tanks par sa seule prestance virile, le Dieu de la fantasy est capable de littérature. Okay, pas tout le temps, pas à chaque fois, holà, Bijou, je vous arrête. Mais des fois. Quelques fois. Regardez Tolkien, regardez comme il parle d’impermanence, de la disparition lente et inexorable des choses, de la vanité infinie de se battre pour ce qui finira par partir quoi que l’on fasse. Il y a du Haïku dans Tolkien, du désespoir joyeux scandinave, là où dans la SF on a les plans d’un V2 à construire avec ses crottes de nez. La SF parle d’impermanence, je vous l’accorde, mais une autre sorte d’impermanence. Une impermanence à la Hiroshima.
La fantasy se nourrit de ce qu’on a déjà, et la SF mange ce qu’on aura demain. Perso j’ai déjà eu faim, une fois, et quand on m’a répondu que j’avais qu’à manger samedi alors qu’on était genre lundi, j’ai vu la faille dans le raisonnement. On a rien à mettre dans la SF, à part des espoirs, des rêves d’un monde autre et meilleur et des objets super classe qu’on emporterait dans des vaisseaux. Ca, ça s’appelle parler de la mort. Et c’est ce qu’on fait en fantasy.


La science… les mythes… l’humain… L’histoire. Toutes.

Je pense juste que la SF et la fantasy parlent du même truc ; de quêtes, d’un ailleurs qui serait plus cool, de connaissance de soi, d’apprentissage, et que l’homme tout seul est en général un pauvre type qui n’arrive pas à grand-chose.
Comme le dit Odinn, le Dieu de la fantasy lui-même ;
« Jeune je fus jadis, je cheminai solitaire. Alors je perdis ma route ; riche je me sentis quand je rencontrai autrui. L’homme est la joie de l’homme. » À mon sens, c’est un chant à tous les livres de fantasy et de SF jamais écrits, lus et pensés. Ils se résument tous comme ça. Avec du loot en plus, et en général moins d’allusions à l’homosexualité.
On dit tous la même chose. On le répète depuis des millénaires, juste y’a toujours des dissipés au fond de la classe qui écoutent jamais.

Et en fantasy on a plus de meufs à poil.


Justine Niogret