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Publié le 02/09/2006

La Transmigration de Timothy Archer de Philip K. Dick

[The transmigration of Timothy Archer, 1982]

ED. DENOEL, 1983 - REED FOLIO SF, 2006

Par Shinjiku

Folio SF boucle ses rééditions de la Trilogie divine avec la Transmigration de Timothy Archer, l’occasion de [re]découvrir les toutes dernières oeuvres de Philip K. Dick. Après l’intriguant SIVA et la parfois navrante Invasion divine, ce troisième tome, vrai beau roman, vient clore avec grâce la brillante carrière de Dick.


Angel Archer, jeune femme du début des années 70, gentille hippie intellectuelle de Berkeley, est un des plus beaux personnages imaginés par Dick. Voilà, c’est dit. Un des plus attachants également car elle est le seul personnage point-de-vue de tout le roman et s’exprime à la première personne, ce à quoi l’auteur ne nous avait pas habitués. Ses périples familiaux et le cheminement de sa réflexion constitueront l’essentiel d’une histoire totalement en dehors de tout contexte science-fictif. Néanmoins, il est impossible de ne pas la rattacher aux principes déjà entrevus dans la trilogie divine car la religion, le mysticisme [ésotérisme ?] et la métaphysique y restent très prégnants. En effet, le personnage principal de ce livre, celui avec qui Angel entretient la relation la plus intense, c’est le Timothy Archer du titre, évêque érudit qui va permettre à Dick d’exposer, une fois de plus, toutes ses connaissances en matière d’exégèse.

Ce qui différencie La Transmigration de, par exemple, L’invasion divine, c’est que Dick y est beaucoup plus mesuré. On est progressivement passé dans cette trilogie de la frénésie hallucinée d’une crise mystique [SIVA] à une démonstration un peu gratuite de convictions discutables [L’invasion divine], puis, enfin, à ce retour au calme qui ressemble davantage - et c’est tant mieux - à une interrogation plutôt qu’à un martèlement d’idées. L’écriture à la première personne, plus soignée que dans les deux premiers tomes, ne rend l’émotion que plus forte. On a la sensation qu’aucun autre personnage que cette Angel Archer n’aurait pu mieux exprimer les sentiments réels, notamment ceux d’angoisse et de détresse, de Dick.

Pour ne rien gâcher, l’intrigue est prenante, sans pour autant que l’on saisisse à un quelconque moment ses enjeux - il n’y en a pas : personne à sauver, rien à trouver, aucune découverte mirobolante de fin de chapitre, aucun élément du thriller ou du polar, seulement des rapports humains dans les grandes largeurs. Et même, au final, un profond sentiment de fatalité, de déterminisme - car Dick reste finalement taraudé par cette question générale du sens de la vie. Cela ne veut pas dire que les deux précédents romans étaient inutiles : leurs acquis aident à saisir les enjeux de La Transmigration, mais ce dernier, pourtant de facture beaucoup plus classique, convainc davantage, peut-être justement par sa clarté. Paradoxalement, son écriture a été une véritable souffrance pour Dick, tant il s’est éloigné de son travail habituel, et tant il s’y est apparemment investi [il a été hospitalisé après avoir du se « séparer » du personnage de Angel Archer [ !] - ce qu’il explique très bien, entre autres choses à propos de La Transmigration de Timothy Archer, dans le Dernier entretien avant les étoiles].


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Voilà donc sans doute le tome le plus intéressant - du moins le plus fin et délicat - de cette Trilogie divine.

La transmigration de Timothy Archer, à défaut d’être un sommet de la littérature de science-fiction [ou même de littérature dickienne] reste avec le recul aussi troublante qu’attachante.