Publié le 01/12/2004

« La Vénus anatomique » de Xavier MAUMÉJEAN

ED. MNEMOS, OCTOBRE 2004

Par Ubik

Délaissant Lord Kraven, dont les aventures effrénées ont défrayé un temps la chronique des éditions Mnémos, Xavier MAUMEJEAN nous propose avec La vénus anatomique, un nouveau roman qui n’est pas ce qu’il paraît être et se trouve être, ce qu’il n’est pas finalement. Pour les acharnés des littératures de l’imaginaire, tendance francophone, faction uchronique, une première version plus courte de ce texte est parue dans l’anthologie sur l’uchronie présentée par André-François RUAUD, Passés recomposés.


MAUMÉJEAN développe ici son sujet en composant un exquis pastiche du phrasé goûteux à la mode du XVIIIème siècle. Rassurons immédiatement les adeptes du parler « jeune », rien de gênant pour la lecture, la forme collant idéalement au fond et lui ajoutant même un ton truculent bienvenu. Et puis, après tout, il faut savoir manier plusieurs registres de langage.

Nous disions donc au début, que ce roman n’est pas ce qu’il semble être. En effet, la première partie, nettement plus rythmée, mêle les ingrédients éprouvés du roman de cape et d’épée. On pense immédiatement à Alexandre Dumas et à d’autres feuilletonistes et, on se prend à imaginer les ficelles humoristiques dont va user Xavier MAUMÉJEAN pour rendre hommage à ce genre.

Revenons un peu à l’histoire. Julien Offroy de la Mettrie, chirurgien et philosophe, est contacté par un agent du secret du roi afin de participer à une mission dont il ignore la teneur au début. N’ayant pas vraiment le choix, il l’accompagne à Versailles où il est présenté à ses associés, l’ingénieur Vaucanson, célèbre concepteur d’automates et Honoré Fragonard, anatomiste de génie et cousin du peintre célèbre pour ses compositions vaporeuses. L’objet de leur mission leur est alors annoncé : il s’agit de représenter la couronne de France dans un concours où il est question de créer « le nouvel Adam ». Mais, très rapidement, ils doivent se garder des luttes et complots qui agitent les factions et les grands aristocrates dans les coulisses de la Cour. Ils doivent également se protéger des mystérieux mousquetaires noirs. Tout ceci ne prête pas à conséquence mais entraîne moult batailles et cavalcades qui amuseront le lecteur friand de ce style d’exercices.

Puis, subitement la cadence se ralentit, l’action cède la place au débat, à la réflexion et à l’érudition. Nos héros arrivent à Berlin, lieu du concours organisé par Frédéric II l’éclairé, mais également siège d’une inquiétante expérience utopique guidée par la raison, la science et le contrôle de chacun par tous : le panopticon. Ce bâtiment, qui n’est pas sans rappeler le projet de cénotaphe de Newton dessiné par l’architecte Etienne Louis Boullée, domine la ville au sens propre comme au figuré et, propose un modèle de cité et de gouvernement en fin de compte bien inquiétant. A cette cité idéale doit correspondre un homme idéal. Le concours doit y pourvoir. Cependant, derrière le projet du nouvel Adam, n’est-ce pas plutôt un nouvel asservissement qui se profile à l’horizon ?

Le roman penche donc, dans cette seconde partie, vers le conte philosophique, brassant de nombreuses théories de l’époque des « Lumières ». Pourtant, quelques clins d’œil aux trois lois de la robotique et à Frankenstein et, un ultime rebondissement en forme d’uchronie, viennent pimenter et remettre l’ensemble en perspective.


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Exercice très habile avec l’Histoire et les histoires, restitution de l’esprit d’une époque à l’origine de bienfaits comme de méfaits, jeu avec le genre dont nous sommes coutumier, le roman de Xavier MAUMÉJEAN est finalement un agréable moment de lecture.


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