Publié le 01/10/2002

La Voie du sabre de Thomas Day

ED. FOLIO SF, OCT. 2002

Par Mr.C

Dans le Japon du XVIIème siècle, le chef de guerre Nakamura Îto, confie son jeune fils Mikédi à un samouraï sans maître, Miyamoto Musashi. Celui-ci est un combattant fabuleux et marginal qui est censé faire l’éducation du garçon et lui permettre de prétendre plus tard à épouser de la fille de l’Empereur-Dragon.
Mais Musashi suit sa voie, la Voie du Sabre, et Mikédi ne sera pas son meilleur élève...


Musashi et Mikédi, le maître et l’élève, c’est là tout le sujet de ce roman très réussi. Qui est vraiment ce légendaire ronîn ? Depuis combien d’années sillone-t-il les "poissons-chats" à la recherche de son sabre légendaire ? Quel amour perdu lui a ôté le goût de sourire et quelle est l’histoire de ce tatouage qui lui recouvre le corps et dont les figures changent avec son humeur ?
Mikédi est au départ rempli de haine pour ce maître qui lui mène la vie dure - il va passer de la haine à la fascination, pour revenir à la haine à nouveau...

Le Japon médiéval dépeint par Thomas Day à la vérité pour lui parce qu’il emprunte énormément au passé du Pays du Soleil Levant, grâce à une documentation conséquente accumulée par l’auteur : un vocabulaire précis et un sens de la sobriété qui emprunte à l’estampe... la cérémonie du thé, la calligraphie, le sens de l’honneur, les temples à pagode, autant d’éléments qui font de ce récit une initiation réelle à la culture japonaise.
Belle idée : ces quatre contes , assez courts, dits par des personnages rencontrés par Mikédi et qui viennent interrompre le récit pour en enrichir la trame.

A la poésie, l’auteur ajoute un sens manganesque de l’action et assume son goût pour les films de samouraïs et les séries asiatiques des années 70 : Musashi est un combattant de légende quasiment insurpassable et ses exploits dépassent l’imagination ; de son sabre légendaire, il fait voler les têtes, et répand les entrailles de dix assaillants... puis sculpte dans les airs les éclaboussures de leur sang, faisant apparaître d’éphémères visages...
Avant le Kil Bill de Quentin Tarantino, Thomas Day partage avec nous sa passion pour les codes du cinéma d’arts martiaux japonais. Il sait en dire la poésie et la violence, et sa plume efficace, trempé dans l’encre noir de Shô, sait être lyrique dans le mouvement comme elle est juste dans les leçons de sagesse.


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Maîtrisé et original dans son inspiration, La Voie du sabre n’a qu’un défaut, il n’est pas assez long... la densité de l’univers représenté pouvait donner lieu à de plus amples développement ; mais c’est chez Thomas Day une habitude : il préfère faire trop court que trop long - et ce qui, chez le lecteur, est exprimé comme un reproche sonne à ses oreilles - à juste titre - comme le meilleur des compliments.


Thomas Day a donné une suite à La Voie du sabre avec L’Homme qui voulait tuer l’Empereur, également paru chez Folio SF en avril 2005