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Publié le 14/06/2008

« La cantatrice avariée » de Pierre JOURDE

ED. L’ESPRIT DES PENINSULES, AVRIL 2008

Par PAT

Absurde, grotesque, horreur, humour, satire sociale et fantastique léger, La cantatrice avariée fait partie de ces romans qui mélangent les genres avec bonheur, tout en s’offrant le luxe d’une plume acerbe et poétique. Pour son retour chez l’Esprit des Péninsules [éditeur qui, Ô joie, n’est pas mort], Pierre JOURDE fait dans l’inédit, le roman Bruegelien.


Ceux qui connaissent l’œuvre du vieux maître flamand ne seront pas dupes plus d’une dizaine de pages. Ces personnages grossiers, violents, rougeauds, saouls et lubriques, ces ciels charbonneux, d’où tout espoir est banni, ces situations faussement normales qui dérivent vers la satire dès lors qu’elles sont peintes avec un réalisme impitoyable, autant d’indices qui font dériver l’habituel jeu des influences vers la peinture et qui trahissent Pierre JOURDE. Aucun doute, ce type n’aime pas les gens. Mais ça tombe bien, c’est aussi pour ça qu’on le lit.

Après le très poétique et très nervalien L’heure et l’ombre, voici donc le très bruegelien La cantarice avariée, dont les miasmes empoisonnés hantent le lecteur longtemps après en avoir terminé. La plume est belle, élégante, tour à tour brutale, drôle ou grave, une habitude chez JOURDE. L’histoire, elle, promet beaucoup : une secte décatie installée dans un château squatté dans les environs de Clermont-Ferrand, deux voyous - Bada et Bolo - aux méthodes douteuses [déconstruction musicale, assassinats, mutilations et consorts)] qui décident de mettre fin à cette décadence en ravivant la foi, une héroïnomane délétère qui sera à l’origine de la découverte d’une statue aux propriétés mystiques détonantes, un gourou mystérieusement disparu, une quête existentielle, bref, on le voit, que du simple.
Ajoutez à ça le crâne de Bolo régulièrement visité par un orchestre classique [dont les mouvements calquent ou délimitent la structure même du roman] et la mère de Bada, quintal de viande avariée dégoulinant d’amour pour son fils et dont l’immortalité manifeste intéresse beaucoup les scientifiques, et vous comprendrez assez vite que le nouveau roman de Pierre JOURDE tape très fort dans le grotesque.

hélas, si ce scénario a priori excitant a tout pour combler le lecteur avide de sensations fortes, l’auteur lui cloue le bec en scindant La cantatrice avariée en deux parties bien distinctes. La secte d’abord, les vie de Bada et de Bodo ensuite. Une longue existence, séparée, bizarre, absurde, qui n’a rien de très folichon ni de très passionnant. C’est d’ailleurs le principal défaut du livre : à trop vouloir marier les goûts et les ingrédients, Pierre JOURDE ne sait plus vraiment où il va et, même si son texte est impeccablement construit, il finit par ennuyer.
Rien d’épouvantable, bien sûr, les qualités du roman dépassant largement ses défauts, mais suffisamment notable pour réduire la portée vacharde et méchante du texte, sans en rendre la beauté intrinsèque beaucoup plus intéressante.
Reste que certains passages proprement stupéfiants vainquent facilement les réticences et que la plume de JOURDE fait le reste.


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Si La cantarice avariée peine à convaincre jusqu’au bout, Pierre JOURDE n’en réussit pas moins son coup en proposant un roman exigeant, pointu, férocement drôle et paradoxalement assez tendre.

À croire que l’auteur a bon fond, presque.