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Publié le 01/01/2007

La chair et l’ombre de Robert Holdstock

[Ancient Echoes, 1996]

DENOËL / LUNES D’ENCRE, OCT.2006

Par Ubik

La vie est pleine de surprises. On attend inconsciemment la suite de Le Codex de Merlin de Robert Holdstock édité au Pré aux clercs et c’est un inédit plus ancien de l’auteur qui paraît chez Denoël / Lunes d’encre. A vrai dire, ce n’est pas que l’écrivain britannique s’est fait rare en France dernièrement. Il suffit de jeter un œil sur le catalogue de la collection Points /Fantasy ou sur celui des éditions Mnémos pour s’en rendre compte. Il suffit aussi de lire quelques lignes de ces pâles romans pour souhaiter aussitôt la rareté. Bref, ce n’est pas l’auteur qui manquait mais son univers de fantasy très personnel. Aussi lorsque la quatrième de couverture annonce que La chair et l’ombre, est considéré comme son chef-d’œuvre, baste, on se précipite voluptueusement dans les gouffres de cet imaginaire puisant aux sources de l’inconscient.


Ce n’est pas une enfance ordinaire que connaît Jack Chatwin. Dès l’âge le plus tendre, il devient le sujet d’un phénomène étrange et inexpliqué : le miroitement. Sans prévenir, il perd temporairement et régulièrement le contact avec son environnement et plonge dans une transe - sorte de rêve éveillé - qui l’emmène dans un univers préhistorique et forestier qu’il exude littéralement par tous ses pores - au grand émoi de son entourage -, et dans lequel il assiste en témoin à la fuite d’un couple - Visage vert et Visage gris - devant une menace invisible.

Quel est ce monde ? Qui sont ces fugitifs ? John Garth, un archéologue excentrique, semble connaître les réponses à ces questions. Cependant, le fouilleur est obsédé par sa propre quête : celle du cœur vivant de la cité de Glanum dont il exhume les échos pétrifiés sur toute la surface de la Terre. Cette quête finira d’ailleurs par le dévorer au sens propre sous les yeux de Jack qui devra attendre l’âge adulte et l’irruption dans la réalité d’un des deux fantômes de ses visions, pour se mettre à son tour en quête.

Voyage au centre de la tête

La chair et l’ombre n’est pas un roman facile d’accès. En effet, rien n’est plus éloigné des pantomimes formatées et stéréotypées vendues sous l’étiquette fantasy que cette œuvre intimiste hantée par des visions fantomatiques que l’auteur tente d’ordonner, sans trop en dévoiler quand même, en un univers cohérent. Ce roman est davantage un écho subtilement déformé du cycle de La forêt des Mythagos que de ces récits épiques, dépouillés de la densité et de la profondeur de leurs racines primordiales. Evidemment, Ce choix sans concession de l’auteur peut rebuter une (grande) partie du lectorat habitué à d’autres ressorts en fantasy.

« Il n’existe pas de frontière entre notre terre et votre esprit. Pensez-y comme au territoire d’un animal dont les frontières ne sont pas des barrières physiques mais des marques odorantes. C’est un autre jeu de dimensions. »

La chair et l’ombre est donc une quête : celle du terreau mythique où s’enracinent ces manifestations paranormales dont les échos résonnent à la fois dans la psyché de Jack Chatwin et dans son environnement proche, allant jusqu’à lui ravir sa fille. Néanmoins, c’est une quête qui mêle physique quantique, psychologie jungienne et métaphysique.
Cette quête va mener le Moi principal, isolé, défini et autonome - le MoPIDA - de Jack Chatwin à défricher un paysage intérieur façonné par son inconscient et celui de l’espèce humaine entière ; à dresser une cartographie éphémère de cette matrice primitive du conscient où coexistent archétypes, entités spectrales issues de vies antérieures, mythes-imagoes ou mythagos, réminiscences d’animaux préhistoriques et vestiges de croyances révolues. Aussi fuyant qu’un souvenir, aussi labyrinthique que les circonvolutions du cerveau, les profondeurs de l’inconscient sont une dimension où le temps n’a pas de prise mais où l’on peut mourir aussi définitivement que dans la réalité.

Le roman de Robert Holdstock est également une enquête qui n’est pas dépourvue d’une réelle tension dramatique. Jack Chatwin est confronté au cours de son expérience à un mystère à élucider : celui de la fuite du couple Visage Vert et Visage Gris. Une énigme à résoudre s’il souhaite écarter la menace que fait peser sur sa fille un Visage Gris passé du statut d’ombre à celui de chair. Remonter aux sources de l’écho suscité par Glanum la cité vivante, jusqu’en des temps archaïques afin d’élucider un forfait accompli à l’aube de l’Histoire. A moins que ce ne soit elle qui le retrouve avant, afin de rétablir un équilibre rompu jadis.


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Pour peu que l’on se laisse prendre par une narration qui suggère plus qu’elle ne dit, par des descriptions qui évoquent plus qu’elles ne montrent, que l’on ne succombe pas dans les passages explicatifs à un jargon pseudo-scientifique - mais non dépourvu d’humour - envahissant, on peut apprécier le charme indéniable d’une histoire qui réconcilie inconscient collectif et fantasy exigeante.