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Par Olivier
De Lentement s’empoisonnent aux Amazones de Bohème, Joëlle WINTREBERT n’hésite pas à s’écarter des chemins balisés de la SF stricto sensu avec un réel talent. La chambre de sable en est une preuve supplémentaire.
Marie a onze ans. Solitaire et imaginative, elle aime inventer des vies à ses voisins, comme autant de biographies imaginaires. Elle vit avec sa mère, fonctionnaire célibataire, qui déprime de ne pouvoir devenir écrivain.
Pour s’évader de sa vie terne, elle peut compter sur Nana. Amie de longue date de sa mère, elle en est l’exacte antithèse. Auteur et illustratrice, elle vit à sa guise, trop heureuse de n’avoir ni enfant ni mari.
Ballotée entre ces deux extrêmes, Marie va découvrir en peu de temps la réalité du monde adulte. A commencer par ses hypocrisies, ses petits arrangements et ses mensonges. C’est donc tout le monde de l’enfance, son innocence et ses illusions qui vont voler en éclats.
Que faire alors ? S’y résigner, c’est-à-dire devenir adulte ? Ou bien chercher une échappatoire ? A supposer toutefois qu’il en existe une... à moins de l’inventer ?
L’écriture est fluide mais ciselée. Elle n’est jamais trop guindée, jamais trop adulte. Et c’est là l’une des grandes forces de ce bildungsroman. Combien de fois n’avons-nous pas pesté devant un parler et des préoccupations trop adultes, alors que le personnage est censé être un pré-ado ! On ne peut également manquer d’être frappé par l’intemporalité du roman. On suppose que le roman se passe en 2008, mais il pourrait tout autant se passer dans les années 80 ou 60. Et c’est certainement là l’une des marques des grandes œuvres : arriver à dégager des préoccupations et des expériences universelles de la gangue de leur époque.
A l’heure de l’inflation textuelle, on ne peut que se réjouir de lire des romans aussi denses, concis et remarquables que La chambre de sable ou Unica d’Elise FONTENAILLE [sortie en poche à la mi-mai : vous n’avez plus aucune excuse pour le louper].