EN BREF

 
VOS LIVRES DANS LA BOITE AU LETTRES !




En commandant vos livres sur Amazon.fr vous faites des économies [-5%] et vous participez au financement du site car le Cafard cosmique reçoit une petite commission sur les ventes.

Le livre le plus acheté
en mai 2010 :
Janua Vera +
de Jean-Philippe Jaworski
aux Ed. Moutons Électriques

 

A VOIR AUSSI

Publié le 26/06/2000

La cité des permutants de Greg Egan

[Permutation city, 1994]

ED. ROBERT LAFFONT / A&D, 1997 - REED. POCHE

Par oman

Permutation city, c’est la ville de demain, la seule qui offrira la vie éternelle à ses habitants... et pour cause : ils seront des reconstitutions conscientes des milliardaires qui ont payés pour se voir projetés à l’état de copie dans ce monde nouveau où tout est possible.

D’ailleurs Permutation City survivra même à l’extinction de la planète puisque qu’elle repose sur la trame même de l’univers et non sur des ordinateurs physiques.

Mais où peut conduire la construction d’une réalité entièrement synthétique ?


« Il se laissa retomber en grommelant. Il était la copie. Malgré tout ce que lui disaient ses souvenirs hérités de l’original, il n’était « plus » humain ; « jamais plus » il n’habiterait son vrai corps. Jamais plus il n’habiterait le monde réel...à moins que son radin d’original ne racle les fonds de tiroirs pour lui payer un robot de téléprésence- auquel cas il passerait son temps à se balader dans le brouillard en tentant de déchiffrer le film flou de l’activité humaine qui défilait à la vitesse de l’éclair. »

Paul Durham se retrouve dans un appartement, avec une foule de souvenirs, de sensations, comme chaque humain en éprouve normalement. Cependant, Paul n’est pas réel, il est une simple copie de l’original dans un univers virtuel. Il vit une existence virtuelle. Il est la copie presque conforme de son inventeur biologique : il a le même cheminement de pensée, les mêmes souvenirs... Mais comment va t-il gérer le fait de n’être qu’une copie ? Il sait que plusieurs autres « essais » comme lui en sont venus à se détruire pour cette simple constatation.

Pendant ce temps, le vrai Paul découvre que certains modèles virtuels peuvent aboutir à un univers autonome. Comment le modéliser ? Qui y mettre ? Il va demander à Maria, travaillant à un nouveau modèle de l’aider à cette difficile tâche...

On a dit de Greg Egan qu’il renouait avec la littérature d’idées, cette SF qui repose sur des trouvailles techniques et sur leurs conséquences. Il le prouve ici en poussant l’exploration de la réalité virtuelle jusqu’à son paroxysme : des hommes créent un univers calculé par ordinateur qui devient la seule réalité, bien longtemps après la fin du "monde réel".

Les individus eux-mêmes sont des simulations intelligentes et douées de consciences. D’ailleurs les premières pages du livre sont remarquables dans leur description impitoyable des tourments qui agitent l’être qui se sait fabriqué sans pouvoir y croire...

Les Automates Cellulaires.
J’avais abordé ce roman sans aucune notion des automates cellulaires et j’avoue avoir pataugé un certain pour bien aborder cette œuvre assez technique sur le fond. Néanmoins, je me suis documenté depuis et après quelques recherches, les automates cellulaires sont étudiés depuis les années 40.

Il en ressort que la notion essentielle est que, grossièrement, « la simple répétition d’une règle simple peut conduire à des mécanismes complexes » [voir cet article].
Pour ce qu’il en est, Ulam, toujours dans les années 40 a suggéré de représenter les espaces cellulaires, véritables grilles où l’on pourrait appliquer des modèles à chaque itération / répétition. Chaque modèle engendre des évolutions aux systèmes différents. On a le concept d’automate cellulaire. Malheureusement, ces modèles cellulaires ne sont intéressants que s’ils sont applicables au niveau macroscopique, c’est pourquoi Von Neumann y a travaillé notamment pour la notion d’intelligence artificielle.

Créer la vie, créer la conscience. Être capable de concevoir un modèle auto reproductible, donc autonome, vivant. Wolfram va plus loin et revient à considérer des cellules de 4 types : homogènes, simples, chaotiques ou complexes.
Ce dernier type peut engendrer une configuration de type vivant et autonome. Donc ces AC réagissent comme de minuscules ordinateurs (une notion que Greg Bear a abordé de manière plus biologique dans son roman la Musique du sang), on peut tenir là notre système vivant, notre IA. Voir ce très accessible dossier dont la lecture vous permettra de tout savoir sur les AC.

Egan sait y faire dans ses dénouements car il y décrit une fin cataclysmique et une ouverture plus large de ce qu’il nous décrit au début du livre.


COMMANDER

Un scénario alambiqué mais sacrément cohérent, une intrigue parallèle concernant le "sous-monde" virtuel qui réserve de belles surprises en fin de récit...

C’est hallucinant d’inventivité et la totale "virtualité" de ce monde et de ces habitants permet des scènes d’une poésie rare.
Ce roman est le meilleur de l’auteur et l’un des meilleurs de sa décennie.