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Publié le 30/03/2003

"La division Cassini" de Ken MacLEOD

["’The Cassini Division", 1998]

ED. J’AI LU / MILLENAIRES, MARS 2003

Par PAT

Ça ressemble à la Culture, ça a le goût de la Culture, c’est malin comme la Culture, mais ce n’est pas la Culture. On trouve pourtant une société post-apocalyptique qui a réalisé [en théorie et en praxis] le marxisme orthodoxe, qui maîtrise l’énergie et les vols spatiaux, qui ignore la propriété et qui a réussi à s’affranchir de l’état...

Dans ce monde heureux, aucune hiérarchie, aucune loi, mais des comités, une démocratie directe anti-pyramidale et une humanité paisible, baignée dans une nanotechnologie omniprésente.


Quid des intelligences artificielles ? nenni. Rien d’autre que des bons gros [et vieux] ordinateurs absolument étanches à toute forme de virus informatique. Premier virage quant à cette entêtante ressemblance avec la Culture.

L’ennui, c’est que cette société vit avec une menace permanente au-dessus de la tête : le bombardement inlassable de virus mentaux par les ex-humains exilés sur Jupiter. Leur histoire est d’ailleurs édifiante : partie à l’époque des scissions, cette post-humanité s’est téléchargé l’âme en fusionnant avec des ordinateurs. Robots ? humains ? Ou tout simplement autre chose ? Le fait est que ce brusque agrégat d’esprit s’est développé de manière foudroyante, et, en quelques années, a réussi à ouvrir une porte vers l’ailleurs via un trou de vers obtenu après désintégration de Ganymède, pour foutre le camp par cette fameuse porte. Juste avant, ils ont donc inondé le monde de virus, foutant le tout par terre. Suivirent alors quelques siècles pendant lesquels les survivants d’une humanité lessivée ont [tout de même] fondé leur fameuse société libertaire. Bref, tout va bien, sauf que.

...sauf qu’une sonde [qui contient l’intelligence d’un téléchargé] a débarqué de ce côté de l’univers, et qu’elle a pas mal de choses à raconter [une fois transférée dans un nouveau corps humain]. Au bout du trou de vers se trouve une planète terraformée, la Nouvelle Mars. Et sur ce nouveau monde vivent les exos, les humains exilés, asservis par les machines [mais étaient-ce bien des machines ?] à l’époque de l’exode, téléchargés, retéléchargés, libérés, laissés à eux-mêmes etc. etc. Vous suivez ?

Bref, c’est le moment de faire intervenir la Division Cassini, le bras armé de l’Union Solaire, dont les membres sont chargés d’éviter toute menace extérieure, d’autant que les Joviens [c’est-à-dire les ex-humains teléchargés au sein d’un ordinateur, mais retéléchargés dans de nouvelles enveloppes corporelles après le passage par le fusionnement spirituel qui leur avait permis de construire le trou de ver, c’est clair ?] sont de retour sur la géante gazeuse, qu’ils ont l’air de construire des tas de choses, et que leur simple présence est une énorme épée de Damoclès, personne n’ayant oublié le bombardement viral qui a pourri les communications du système solaire en général et les esprit humains en particulier.

Paf, on retombe dans la Culture et sa section contact.

Plagiat ? Pas du tout. D’abord parce que l’auteur remercie Ian M. BANKS dans son petit laïus du début, ensuite parce que les tenants et aboutissants du roman sont tout autre. Certes, les ressemblances sont nombreuses, mais le propos de McLEOD s’attarde sur la définition même de l’humanité. Si l’esprit humain est "téléchargeable" sur un ordinateur et retéléchargé sur un autre corps, que devient l’humain de départ ? Comment appeler la chose finale ? Clone ? Entité indépendante ?

L’idée est dérangeante, tout comme l’est aussi l’idée d’un "virus" mental, comparable aux virus informatiques [si l’intelligence est "téléchargeable" en suite de donnée, il faut admettre qu’elle puisse également être parasitée par un agent extérieur]. Et comme l’écriture de MacLEOD est assez merveilleuse de fluidité, l’ensemble est remarquablement cohérent. Et drôle. Et cynique. Re-paf, merci Ian M. BANKS, même si personne n’a le monopole du cynisme. 


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Le propos est parfois difficile à suivre, mais "La division Cassini" est un roman fascinant. C’est aussi un space opera réglé sur du papier musique, débordant d’intelligence, étonnant et divertissant. Pas encore le chef d’oeuvre absolu, mais on sent bien que ce Ken MacLEOD en prend le chemin, et que ces autres romans [qui se déroulent dans le même univers] méritent sans doute une traduction française.

Un livre à lire, certes, mais surtout un auteur à suivre. Et de près.