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Publié le 01/02/2007

« La fille du roi des Elfes » de Lord Dunsany

[« The King of Elfland’s Daughter », 1924]

ED. DENOEL LUNES D’ENCRE, 2006

Par Ubik

Il était une fois... La rengaine est connue de tous, c’est celle du conte. En effet inutile de tergiverser car ce roman de Lord DUNSANY est ni plus ni moins qu’un conte. Oui vous savez bien, ce genre de récit où le héros se marie à la fin et engendre une descendance prolifique et heureuse. Sauf que très rapidement à la lecture de « La fille du roi des Elfes », on se rend compte [sans vouloir faire de jeu de mots] que l’auteur abrège l’étape qui précède le dénouement édifiant. Ce roman est donc un conte sur ce qui se déroule après le mariage et la nuit de noce. Les époux seront-ils heureux ? Auront-ils la joyeuse descendance promise ? En attendant la réponse à ces questions - il vous faudra lire ce livre pour cela -, voici quelques indications pour patienter.


« Nous voulons être gouverné par un prince enchanté. »

Telle est la demande du Parlement des Aulnes à son roi lorsque commence le roman. Aussitôt le monarque qui est bon pour son peuple, dépêche son fils Alvéric vers le pays enchanté, cette contrée magique dont les riverains ignorent volontairement l’existence et à laquelle leurs demeures n’offrent qu’un mur aveugle.

Muni d’une épée forgée par la sorcière sur la colline avec des flèches de foudre qu’elle lui a demandé de ramasser, le jeune héros franchit la frontière floue du pays enchanté, combat une forêt envoûtée et séduit la fille du roi des Elfes qu’il ramène quelques années plus tard dans son royaume, car évidemment le temps s’est écoulé beaucoup plus rapidement dans le monde réel.

Les souhaits de tous semblent alors comblés : les amoureux s’aiment tendrement, le prince a accompli des prouesses et il succède à son père, mort entretemps, et le peuple du pays des Aulnes accueille avec joie la nouvelle de la naissance d’un héritier qui aura sans doute quelques talents magiques. Le lecteur croit que tout est terminé mais en fait le conte ne fait que commencer.

Ainsi résumée, l’histoire de « La fille du roi des Elfes » évoque irrésistiblement « Stardust » de Neil GAIMAN. Le parallèle n’est pas complètement erroné mais c’est faire abstraction de l’intervalle temporel qui sépare GAIMAN de son noble prédécesseur.

En effet Edward Moreton Drax PLUNKETT [1878-1957], plus connu sous son titre de Lord DUNSANY figure au rang des auteurs historiques de la Fantasy contemporaine. On a peut-être tendance à l’oublier face à l’invasion des clones de J. R. R. TOLKIEN qui domine le marché actuel de la Big Commercial Fantasy. Pourtant cet aristocrate né dans une vieille famille irlandaise qui puise ses racines presque à l’époque de la conquête normande, est considéré comme un précurseur, à l’instar de William Morris, dans le domaine du fantastique épique. Son influence s’est exercée sur des auteurs tels que LOVECRAFT, Robert E. HOWARD, Clark Asthon SMITH et bien d’autres. Il est donc l’arrière grand-père de la Fantasy et peut, de surcroît, s’enorgueillir de beaux restes. Cependant qui s’en souvient de nos jours...

« La fille du roi des elfes », qui est considéré comme son chef-d’œuvre, appartient à une veine plus merveilleuse qu’épique. C’est un roman qu’il convient de lire soit devant une bonne flambée durant une veillée d’hiver, soit allongé dans la prairie un soir d’été éclairé par les étoiles.
A vrai dire, toute autre ambiance propice à la nostalgie est la bienvenue.
On ne peut nier à sa lecture le charme qui se dégage de la prose fleurie et contemplative de Lord DUNSANY et l’on se surprend plus d’une fois à sourire des péripéties suscitées par l’irruption envahissante de la magie dans le monde des mortels. Ajoutons que la langue ampoulée employée par l’auteur est non seulement belle mais qu’elle convient idéalement à la thématique de l’histoire où le présent interagit avec le passé par le biais de la mémoire. Les personnages sont ainsi tiraillés par des sentiments contradictoires qui les poussent à la recherche d’un équilibre impossible entre le merveilleux et le naturel, entre les souvenirs et l’oubli.


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Pour toutes ces raisons la réédition de « La fille du roi des Elfes » est utile. C’est une lecture que l’on peut recommander autant pour son aspect fondateur d’un genre que pour le plaisir fugace qu’elle procure... à la condition d’aimer les contes.