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Publié le 01/10/2006

La foire des ténèbres de Ray Bradbury

[Something wicked this way comes, 1962]

ED. ORIGINALE DENOËL / PDF, 1964 - REED. FOLIO SF, OCT. 2006

Par Shinjiku

Il est question dans ce roman [car c’en est un, non pas un patchwork de nouvelles] de deux préadolescents, Jim et Will, dont l’existence va basculer suite à l’installation dans leur petite ville d’une fête foraine mystérieuse.


Quand on évoque Bradbury en France, on s’en tient souvent à ses Chroniques martiennes [parce que c’est un chef-d’œuvre], à L’homme illustré [parce que c’est son meilleur recueil de nouvelles] et à Fahrenheit 451 [parce qu’il a été adapté au cinéma par François Truffaut] - et a priori, on a pas tort. Néanmoins les inconditionnels penseront peut-être à cette Foire des ténèbres, fraîchement rééditée en Folio SF.

L’argument, aujourd’hui un poil éculé, veut que l’entrée dans l’âge adulte des deux gamins de 14 ans soit symbolisée par une confrontation avec un monde de peurs enfantines dont il faut, finalement, s’affranchir - donc vaincre - pour pouvoir grandir sereinement. Rétrospectivement, on a déjà vu ça à foison, chez Stephen King par exemple, lequel a sans doute été influencé par la Foire des ténèbres - et n’oublions pas quand même l’antérieur Cristal qui songe [1952] -mais : soit !

Si le récit a pour originalité de recycler du fantastique et du conte pour enfant/adulte à la Lewis Carroll en les balançant dans un univers contemporain décrit sur un ton réaliste, il s’abandonne dans les grandes largeurs à une cascade de clichés.

Ainsi les gentils sont-ils vraiment très gentils, à commencer par le père de Will, vieux bibliothécaire superhéros qui cumule les qualités - érudition, sagesse, patience, persévérance, compréhension, courage, moralité, etc. - trop pour être crédible. De l’autre côté, les méchants forains, avec à leur tête l’Homme Illustré récupéré du recueil éponyme, sont vraiment atroces - et laids, en plus. Reste Jim, seul personnage intéressant car rêveur, fougueux, dévoré par l’envie de grandir ; il reste constamment entre deux eaux [deux "camps"], à la fois effrayé et fasciné par la foire aux obscurs pouvoirs. Fort heureusement, il sera "exorcisé" [et le terme n’est pas employé au hasard tant un manichéisme tout religieux parsème l’histoire, cf. les longs monologues paternels à propos du bien et du mal].


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Ray reste Bradbury : la lecture n’est pas désagréable, le récit sombre comme il faut, et l’oeuvre semble avoir eu de l’influence auprès des auteurs de la génération suivante [Ce que Benoît Domis, bien que pas d’accord avec moi, explique très bien ici ]. Du reste le style est riche et agréable, même si on persiste obscurément à le qualifier de "poétique" [il l’est plus que chez ASIMOV c’est certain].

La foire des ténèbres a simplement moins bien vieilli que les oeuvres-phare de son auteur, ou encore que (et je vais être très subjectif) le bien meilleur Cristal qui songe de Theodore Sturgeon, auquel il ressemble un peu.