
Habitué des prix littéraires et figure reconnue du milieu sciencefictionnesque, Christopher Priest n’est pas l’auteur d’un seul livre, son fameux Monde Inverti , estampillé à juste titre comme chef d’oeuvre de la SF.
Témoin, cet étrange roman réédité par Folio SF, La fontaine pétrifiante.
Tout va mal dans la vie de Peter Sinclair. Oisif désoeuvré perturbé par sa séparation récente et la tentative de suicide de son ex-compagne, il essaye de faire le point sur sa vie en rédigeant son autobiographie.
Logé par un ami dans un cottage qu’il promet d’aménager en guise de dédommagement, Sinclair passe ses journées à écrire, entre deux travaux.
Très vite, sa situation n’est pas celle qu’il semble vivre. À la suite d’une visite de sa soeur, la pièce blanche immaculée dans laquelle il écrit se révèle soudainement comme un bouge immonde, jonché de bouteilles vides, alors que les travaux n’ont jamais avancé.
C’est là le point de départ de La fontaine pétrifiante, texte halluciné sur la nature même de la réalité. Car Sinclair disjoncte bel et bien, en inventant un monde parallèle dans lequel il incarne un personnage qui gagne l’immortalité via une loterie douteuse. Son but, rejoindre l’île de Collago, aux limites de l’archipel du rêve, où il recevra un traitement. En chemin, il rencontre évidemment une femme, double de sa compagne londonienne. Mais dans ce monde-là aussi, Sinclair écrit une autobiographie, un texte qui parle de l’Angleterre et de la Tamise, un récit incompréhensible pour les habitants de l’archipel du rêve...
Qu’est-ce qui est vrai ? qu’est-ce qui est faux ? Sinclair est-il dingue ?
Autant de questions auxquelles Priest prend un malin plaisir à ne pas répondre.
Au-delà du style et du propos un brin nombriliste, "La fontaine pétrifiante" est un texte à part. Sa problématique principale reste la définition même du "vrai", et le point de vue du héros est assez dérangeant, dans la mesure où jamais il ne conteste ce qu’il vit.
La réalité n’est pas autre chose que ce qui nous parvient à travers nos sens. Si ces derniers sont biaisés, le sujet peut-il s’en rendre compte ? et surtout, peut-il y croire ?