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Publié le 20/03/2006

« Le cycle de Merlin T.1 : La grotte de cristal » de Mary STEWART

[« The crystal cave »]

ED. CALMANN-LEVY, FEVRIER 2006

Par K2R2

"Le cycle de Merlin", Tome 1

Les plus anciens d’entre nous se souviendront peut-être de Mary STEWART, dont le fameux Cycle de Merlin, extrêmement populaire dans les pays anglo-saxons, fut traduit en 1971 aux Presses de la cité sous un titre pour le moins mal choisi : "Le prince des ténèbres"... Le succès commercial ne fut pas au rendez-vous. Qu’à cela ne tienne, Calmann-Lévy s’est décidé à ressortir des cartons cette magnifique trilogie [enrichie par la suite par un quatrième tome], en lui offrant une nouvelle traduction et surtout une nouvelle chance de s’imposer en France.


Nombreux sont les lecteurs fançais à avoir apprécié "Les dames du lac", l’interprétation par Marion ZIMMER BRADLEY de la légende arthurienne publiée dans le courant des années 80. Bien qu’écrit une bonne dizaine d’années avant, le Cycle de Merlin s’inscrit dans la même tradition de réappropriation des mythes anglo-saxons et en particulier de la mythologie arthurienne. L’approche est cependant ici sensiblement différente, s’inscrivant davantage dans une mouvance réaliste du mythe. On est donc, il faut bien avouer, assez éloigné de la fantasy tout en restant assez proche des procédés narratifs communs au genre pour accrocher à la fois les amateurs de fresques médiévales et les amateurs d’aventures magiques épiques.

Ce premier volume, intitulé "La grotte de cristal", est avant tout l’histoire de Merlin. Petit-fils du roi de Galles, Merlin est en réalité un bâtard. Protégé par une mère qui refuse envers et contre tout de révéler le nom de son géniteur, Merlin est loin de bénéficier des avantages et des égards qui siéent d’habitude à un jeune homme de son rang. Son grand-père le méprise, son oncle souhaite sa mort et le reste de la cour l’ignore. Merlin est un petit garçon plutôt malingre, mais à l’esprit vif et agile, ce qui lui vaut les railleries des autres enfants de son âge, qui s’empressent en général d’en faire le souffre-douleur et la victime de leurs jeux cruels. Alors Merlin vit une existence de solitaire, parcourant les couloirs froids et humides du château, découvrant des passages oubliés qui lui permettent souvent d’entendre des conversations qui ne devraient pourtant pas atteindre les oreilles d’un enfant. Ce garçon de tout juste six ans fait preuve d’une maturité déconcertante et déroute d’autant plus son entourage qu’il semble atteint d’un don de divination assez développé. Puisque Merlin ne semble pas se destiner au métier des armes, on décide de lui donner une instruction poussée et de lui tracer un avenir qui le conduira probablement à une fonction ecclésiastique. Le garçon apprécie son enseignement, mais préfère davantage encore se promener seul dans les vertes collines galloises, en compagnie de son poney.

C’est à l’occasion d’une de ses balades qu’il fait la rencontre d’un étrange ermite, qui vit une existence recluse dans une grotte éloignée. Galapas se révèle être un instructeur bien plus passionnant que ceux du château, et durant un apprentissage qui durera plusieurs années, il lui enseignera tous les rudiments de son art et de sa science. Mais le temps est pourtant compté pour Merlin : alors qu’il n’est encore qu’un adolescent, son grand-père meurt, laissant le trône à son oncle. La situation politique de la Grande-Bretagne est alors on ne peut plus complexe et houleuse, les alliances se font et se défont au rythme des intrigues de palais et des guerres qui ravagent régulièrement le pays. Merlin sent que le vent tourne et que les choix de son oncle risquent de le conduire dans une direction qu’il préfère éviter. Il tente alors de s’enfuir, mais lors de son évasion il est capturé par deux espions à la solde d’Ambrosius, un puissant seigneur exilé en Bretagne et qui n’est autre que le frère aîné d’Uther Pendragon. Le destin de Merlin est désormais scellé.

La grande réussite du roman de Mary STEWART, c’est avant tout son ambiance exceptionnelle. A mi-chemin entre le mythe et la réalité historique, elle tisse une histoire où la légende se mêle à la fiction. D’aucuns se souviennent d’Excalibur, l’excellent film de John BOORMAN ; oubliez tout, l’imagerie médiévale un peu trop kitch, les armures anachroniques directement inspirées du XVème siècle et surtout son ambiance très proche du fantastique. Ici les lieux sont connus et authentiques, mais sonnent de manière étrangement magique grâce au travail que l’auteur a mené sur la langue. Même chose en ce qui concerne les personnages, dont la vérité historique reste encore floue, bien qu’il soit probable qu’un personnage puissant du nom d’Arthur ait existé en Grande Bretagne au cours du Vème siècle. L’arrière-plan politique est quant à lui on ne peut plus fidèle à l’histoire de ce pays. Terre celte à l’origine, la Grande-Bretagne sort tout juste d’une longue période d’occupation romaine, ce qui explique les troubles qui agitent encore les différents royaumes, qui se disputent la domination du territoire. Sans compter qu’à la suite du départ des Romains, de nombreuses tribus germaines viennent envahir le pays, et certains chefs locaux croient bon de s’entendre avec les Saxons afin de modérer les ardeurs des Pictes [tribus d’Ecosse] et autres populations indésirables.

C’est à partir de ce canevas historique que la légende arthurienne entre en scène. Cette dernière correspond au mythe de la reconquête et de l’unification d’une Grande-Bretagne éclatée, par un souverain puissant et charismatique. Personnage ambigu, Merlin est au coeur d’un récit qui construit peu à peu sa légende... tout en faisant un sort à l’image du magicien tout puissant. Le mythe avait fait de Merlin un personnage inquiétant et puissant, symbolisant le pouvoir déclinant de l’ancienne religion druidique face à l’invasion de la chrétienté. Mary STEWART en a fait un homme, pétri de peur et d’angoisse, écrasé par son destin, et qui sacrifie sa vie pour que ses visions s’accomplissent.


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A travers le récit, on sent bien tout ce que Mary STEWART doit à la tradition arthurienne, mais elle réussit admirablement à y inscrire sa propre empreinte. Un véritable tour de force servi par une langue magnifiquement travaillée, rarement lyrique, mais très élégante et admirablement traduite.

On attend donc avec impatience le second volet de ce qui s’annonce comme une oeuvre exceptionnelle de la littérature anglo-saxonne.