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Publié le 12/10/2009

La louve et le démon, Arthor T.2 de A. A. Attanasio

[The Wolf and the Crown , 1998]

ED CALMANN-LEVY / FANTASY, OCT.2009

Par tuC

Après un étourdissant premier tome aux allures inachevées, voici la suite tant attendue des tribulations du démon Lailoken dans l’Angleterre des grandes invasions.
Changement de rythme avec La Louve et le Démon  : ici la tragédie succède au merveilleux et Attanasio, prodigue et exalté, dévoile ouvertement les inspirations mystiques aux sources de sa réinterprétation du mythe.
Mais si ce second opus renoue incontestablement avec l’homérisme du dragon et la licorne , ouvrant même çà et là quelques perspectives inattendues, il réserve également son lot de (cuisantes) déconvenues.
Attanasio parviendra t-il, malgré tout, à maintenir le souffle de sa tétralogie ?


Ecumant inlassablement les routes de Bretagne, Lailoken le ténébreux poursuit la quête que lui a confié la Reine-fée Ygrane : retrouver le Roi suprême des bretons, celui à qui s’alliera le peuple celte et par qui les hordes du Furieux seront défaites.
Ses précédentes errances l’ont mené jusqu’au fier et martial Ambrosius : maître d’écurie au passé trouble, omnibulé par l’esprit de vengeance. Ironie du sort, c’est en Théo, son jeune frère dévot, que Lailoken le clairvoyant reconnaît le champion que tous espèrent…

Lorsque débute La Louve et le Démon , l’aspirant prêtre a troqué son nom de chrétien contre celui de son ancêtre shaman, du temps des aborigènes et des totems. Théodosius Aurélianus est devenu Uther Pendragon, roi guerrier de Bretagne ; un berserk, possédé par l’esprit du dragon et prêt à terrasser les armées du Nord Eternel.

C’est du moins ce que veut croire Lailoken. Car à l’instar du Ténébreux, le jeune Théo accueille douloureusement sa part de destin ; lui qui restera dans les mémoires comme le Roi sacrifié ; le premier chrétien que le dieu cerf accueillera dans l’oubli éternel du Sid…

A la fin de ce deuxième opus, on ne peut que s’interroger sur le titre choisi par Attanasio. La louve et le lémon . Va pour le démon, avec la figure archétypale de Lailoken. Poursuivant dans une dimension toute christique l’accession à son humanité, se faisant tour à tour l’intermédiaire des dieux et puis des anges, puisant au fond de sa carcasse humaine – son « sac à viande » comme il se plaît à le nommer – d’improbables ressources physiques et mentales, Merlin demeure LA clé, celui par qui tout advient, l’orchestrateur du dessein des anges.
Ainsi Merlin révèle t-il Uther à lui-même et à son peuple. Ainsi le mène t-il à l’abattoir comme l’agneau de la prophétie, afin qu’un fils naisse à Ygrane l’omnisciente et que le Nord rebelle soit vaincu.
Ce n’est pas sans un arrière goût amer que l’on assiste à l’instrumentalisation d’Uther par ses proches, prétendument au service d’un plus grand bien.
Et de fait, la pierreuse reine Ygrane a bien du mal à convaincre dans le rôle de l’épouse amoureuse ; tant imprégnée de la magie des anges qu’elle en parait artificielle, presque étrangère à toute notion de sensibilité humaine. Son époux ? Un pion sur l’échiquier des puissances. Sa fille ? Une erreur, une nécessité diplomatique et politique.

Et l’on en vient à s’interroger sur « la louve ».Un surnom qui prête à confusion : s’il désigne à priori la sauvage Morgeu, il pourrait finalement tout aussi bien s’appliquer à une Ygrane lénifiante aux allures d’icône. Faut-il le reprocher à l’auteur ? Pas si sûr. Revisitant un mythe dont il maitrise les rouages à la perfection, ce qu’il nous a déjà prouvé dans le tome 1, Attanasio se plait à en revoir la palette et à moduler les ombres et les lumières, pour y imprimer son propre univers philosophique.

En croisant étroitement les niveaux de lecture - philosophique, mythique et sensible - Attanasio fait dissoner l’harmonie initiale : la tragédie uthérienne révèle au grand jour l’insignifiance humaine, latente depuis Le dragon et la licorne et refuse aux héros le simple désir d’être soi. Il se dégage ainsi de l’ensemble un sentiment d’intranquillité et d’inconfort tenace, qui relègue le manichéisme apparent au rang de trompe l’œil.

Cependant, lorsqu’il s’agit d’aborder l’un des versants les plus originaux du roman, à savoir le mysticisme théosophique auquel Attanasio donne ici libre cours, la question des intentions de l’auteur se pose à nouveau. Un mysticisme à la manière des poètes irlandais du XIXème siècle (Yeats et Russel pour ne pas les nommer) où, par l’effet d’un puissant syncrétisme, la doctrine chrétienne se trouve associée à la science des druides et à la philosophie hellénique.
Si le résultat est surprenant et ne manque pas de lyrisme, la transition s’avère néanmoins maladroite entre le celtisme affirmé du premier tome et la soudaine conversion de masse du tome 2. L’amour, qu’il soit humain, divin, christique…mais toujours universel, vient soudain occuper le cœur de l’intrigue d’assez envahissante manière. Mièvre ? Indigeste ? Il y a de cela. Encore une fois l’on ne peut que déplorer le manque d’humanité d’Ygrane qui, censée incarner le fil conducteur vers ces révélations, ne parvient pas à convaincre, figée dans tout son décorum...Tandis que par un effet de contraste non dépourvu d’ironie, la lugubre beauté des dieux du nord que nous révèle Lailoken parait moult fois plus belle et authentique.


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A la lecture de ce second opus (qui, au passage, aurait gagné à être publié en un seul et unique volume avec le tome 1), il est difficile de ne pas céder au scepticisme.
La Louve et le Démon laisse une impression mitigée, où l’enchantement le dispute aux sentiments de perplexité et d’irritation : on en veut, vraiment, à Attanasio de s’être laissé aller à de tels écueils scénaristiques, qui viennent fortement compromettre sa relecture de la légende arthurienne.
0n ne peut alors que rendre hommage une nouvelle fois à l’archétype superbe du démon Lailoken : Saint Antoine mâtiné d’Ahasvérus, qui de visions en voyages, plonge le lecteur à sa suite dans des abîmes de songeries chtoniennes et merveilleuses.

Dans ces conditions faut-il croire, ou non, à la tétralogie d’Arthor ?
Au final seul le tome III devrait pouvoir trancher ; la curiosité du lecteur est maintenue en éveil à la fin de La louve, qui (après tout) s’achève sur la naissance d’Arthur et donc sur la perspective de nouveaux horizons.
Avec néanmoins une crainte : la sourde inquiétude de retrouver dans la Guenièvre d’Attanasio une nouvelle caricature de sainteté…