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de Jean-Philippe Jaworski
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Publié le 26/08/2010

La Machine à différences
de William Gibson et Bruce Sterling

[The Difference Engine, 1991]

RÉÉD. ROBERT LAFFONT / AILLEURS & DEMAIN, MAI 2010

Par Soleil vert

Fantaisie victorienne, La Machine à différences sacrifie aux lois du genre tout en exploitant un thème proche des préoccupations des papes du cyberpunk : la naissance d’une société informatisée et les enjeux de pouvoir qui en découlent.


1855 : Charles Babbage réussit à mettre au point et à généraliser l’usage d’une machine à calcul appelée « machine à différences » [1]. L’Angleterre uchronique imaginée par Gibson et Sterling affronte alors une double révolution, industrielle et informatique. Complexes assemblages de roues dentées et de bielles, les mécanismes de ces ancêtres des ordinateurs mus par la vapeur, traitent et analysent les données encodées sur les cartes perforées que leur fournissent les « pointeurs », c’est-à-dire les programmeurs. Sur fond de lutte sociale, le contrôle de l’information devient un enjeu vital et la lutte pour la possession d’une mallette contenant des cartes mécanographiques, le fil conducteur du roman.

Gibson et Sterling plantent le décor d’un empire britannique dont les frontières englobent l’Amérique du Nord, à l’exception de la République du Texas et d’une petite confédération nommée pompeusement États-Unis d’Amérique. À Londres, Lord Byron nommé premier ministre succède à Wellington, personnage honni sur fond de réconciliation franco-britannique. Ada Byron, sa fille, passionnée de mathématiques et instigatrice de la révolution informatique, joue les éminences grises. Keats est un cinéaste, pardon, un kinotropiste renommé. Les amateurs d’uchronie apprécieront cet art de rebattre les cartes du réel, dans lequel se glissent parfois des évènements historiques avérés comme l’épisode de la Grande Puanteur [2], souvenir d’une année de sécheresse où Londres, ne disposant pas d’égout, dut subir la puanteur de la Tamise.

Les auteurs organisent le roman en trois récits distincts de longueurs très inégales mais partageant un même contexte. Le premier met en scène une prostituée de White Chapel, fille d’un opposant politique mort sur l’échafaud et assistante d’un ancien partisan de la République du Texas traître à sa cause. Dans le deuxième, assistant à une course de voitures (de vapomobiles) lors du Derby, Edward Mallory, paléontologue de retour d’Amérique du Nord, intercepte le vol d’un coffret mystérieux appartenant à Lady Ada Byron et contenant un Modus, c’est-à-dire une martingale. Une course poursuite s’engage alors entre le savant et le Capitaine Swing qu’il tente de mettre hors d’état de nuire, dans un Londres en pleine ébullition sociale. Enfin dans la troisième partie, Oliphant, espion au service de la Reine, essaye avec l’aide de l’ex-prostituée Sybil Gérard de récupérer le fameux coffret dissimulé par Mallory.

Exercice de style steampunk, La Machine à différences combine avec bonheur intrigue échevelée et description d’une Angleterre uchronique. Dans les derniers chapitres, les auteurs ont tenté un collage de textes comparable au Tous à Zanzibar de John Brunner, une façon sans doute de montrer à travers la symbolique de l’Oeil, la montée en puissance d’une société de surveillance via le contrôle de l’information.


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Déséquilibré dans sa construction, La Machine à différences se lit néanmoins d’une traite. Mystère de la littérature, l’uchronie semble réveiller la verve épique des romanciers. Un peu maladroite la fin du roman lorgne vers 1984, une identification des schémas à laquelle le lecteur adhère cette fois avec plaisir.



NOTES