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Publié le 03/09/2006

"La main gauche de la nuit" d’Ursula LE GUIN

["The left hand of darkness", 1968]

REED. LE LIVRE DE POCHE / SF, JUIN 2006

Par K2R2

Genly Aï est l’envoyé de l’Ekumen sur la planète Gethen, un monde de glace peu accueillant dont les habitants ont la particularité d’être hermaphrodites. D’emblée sa mission s’annonce compliquée...


La frénésie de réédition qui semble s’être emparé des éditeurs de science-fiction a ceci d’agaçant que personne ne semble avoir réellement pris le temps de faire un minimum de tri... par chance, cette fois-ci, c’est du gros calibre avec « La main gauche de la nuit » considéré comme l’un des chefs-d’oeuvres de la science-fiction moderne et tout auréolé du prestige d’un prix Hugo 1969. Alors, le roman d’Ursula LE GUIN a-t-il résisté aux outrages du temps ?

Pour les lecteurs qui ne seraient pas familiers de l’oeuvre d’Ursula LE GUIN, "La main gauche de la nuit" fait partie du cyle de la Ligue de tous les mondes ; mais à vrai dire il s’agit moins d’un cycle que d’un univers commun, celui de l’Ekumen, vaste organisation galactique de coordination commerciale et culturelle dont l’objectif principal est de développer les échanges entre les mondes qui la composent.

Le succès de l’Ekumen, repose non pas sur le voyage spatial, bien que ce dernier soit maîtrisé à des vitesses relativistes, mais sur l’ansible, un appareil de communication qui permet de transmettre instantanément des messages à travers l’immensité de la galaxie. Progressivement, l’Ekumen tente de rallier d’autres planètes afin d’agrandir pacifiquement sa sphère d’influence. Pour cela, l’organisation envoie sur les mondes isolés des ambassadeurs censés convaincre leurs habitants de rejoindre volontairement la confédération de l’Ekumen.

C’est la mission qui a été confiée à Genly Aï, envoyé sur la planète Gethen, un monde de glace peu accueillant dont les habitants ont la particularité d’être hermaphrodites. D’emblée la mission de l’Envoyé s’annonce compliquée. Les spécificités physiologiques des autochtones régissent en grande partie les relations sociales et culturelles sur Gethen, déstabilisant le terrien, dont les repères sociaux ont en grande partie été conditionnés par la distinction fondamentale entre hommes et femmes.

Aux yeux des Getheniens, Genly Aï est un monstre dont on ne sait trop s’il est simplement un affabulateur ou bien un détraqué sexuel. Les habitants de Gethen ne maîtrisent pas le voyage spatial, bien que leur niveau technologique soit relativement avancé, et l’idée qu’une immense confédération galactique s’intéresse à leur monde leur paraît pour le moins suspect. D’autant plus que les intentions de l’Ekumen demeurent, pour ce monde divisé et gangrenné par de multiple conflits entre micro-états, incompréhensibles. Le message de tolérance et d’universalité que l’Ekumen tente de leur faire entendre leur reste totalement étranger.

Manipulé, trahi, pourchassé, emprisonné, Genly Aï n’a pas la tâche facile, mais à force de patience il finit par comprendre ce monde aux moeurs complexes et subtiles ; notamment grâce à Estraven, ex-premier ministre de Kharaïde banni pour traîtrise, avec lequel il tisse lentement mais surement une amitié profonde et intense.

Humanisme et tolérance, voici le message essentiel sur lequel repose le roman d’Ursula LE GUIN. Grâce à l’écoute et à la patience, Genly Aï a su vaincre l’obscurantisme et l’intolérance d’une société complexe mais repliée sur elle-même. Tout ceci pourrait paraître un peu simpliste, voire franchement naïf, mais LE GUIN n’est pas la première venue et déploie ici beaucoup de talent et d’intelligence pour faire émerger progressivement et subtilement l’essence de son propos. Tout est dans le détail et dans la finesse d’analyse psychologique.

LE GUIN décrit deux des principales sociétés qui composent Gethen, s’intéressant à la structure politique aussi bien qu’aux relations sociales des Getheniens. Ainsi, progressivement, le lecteur découvre tel un explorateur cette étrange planète. D’une rare délicatesse, le propos a valeur universelle et l’on pourrait reprocher à l’auteure de rester finalement en surface, mais l’ampleur de la tâche est tel qu’en 350 pages une véritable étude ethnologique eut été impossible. Et il n’est d’ailleurs pas certain que le lecteur y aurait gagné car au-delà de ce projet anthropologique, c’est surtout la relation d’amité entre deux êtres que tout semble opposer, qui fait toute la richesse du roman. A ce titre, la dernière partie du roman, essentiellement consacrée à la fuite d’Estraven et de l’Envoyé à travers un désert de glace, est absolument superbe de poésie, de retenue et de sensibilité.


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Quasiment dénué d’action [mais pas d’aventure], lent et souvent très descriptif, “La main gauche de la nuit" pourrait paraître rébarbatif, mais la sensibilité et la poésie qui se dégagent de cette oeuvre lui confèrent un souffle rarement atteint en SF.

Assurément Ursula LE GUIN méritait amplement son Hugo.