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Publié le 15/04/2010

La Mort au crépuscule de William Gay

[Twilight, 2006]

ÉD. DU MASQUE – MARS 2010

Par PAT

Course poursuite hallucinée entre un adolescent et un tueur vicieux dans un décor de fin du monde, La Mort au crépuscule fait partie de ces romans qui réconcilient les genres. Relecture personnelle de La Nuit du chasseur, réflexion prenante sur la nature du mal et les moyens de s’en défaire, récit initiatique injuste et sombre, description gothique d’un monde qui meurt, le très beau texte de William Gay marque durablement. Une vraie découverte.


Paru aux éditions du Masque (qui relèvent de plus en plus le niveau de leur catalogue), La Mort au crépuscule vaut d’abord par son style. Brutale, ciselée, froide ou lyrique, la langue de William Gay percute et finit par hanter un imaginaire qui convoque aussi bien les fantômes de McCarthy que ceux de Faulkner.
Joliment traduit par Jean-Paul Gratias, le texte va droit au but tout en maniant avec talent l’art de l’ellipse. On y suit le parcourt de Kenneth Tyler, presque adulte de dix-sept ans, poursuivi par un fou furieux et bientôt contraint à s’enfuir dans les sombres forêts qui jouxtent sa région natale. Sombres forêts où la loi et la civilisation n’ont plus court. Sombres forêts qui abritent des personnages bizarres, en rupture, fous magnifiques ou losers généreux.

Le mal, c’est Sutter, sinistre type qui fait peur à tout le monde et dont l’apparente impunité le rend quasi indestructible dans ce bled paumé. Car William Gay décrit le fond du trou. Cette Amérique à moitié dégénérée qui ignore à peu près tout du monde extérieur et qui fonctionne en vase clos. Ici, le village est une communauté d’où rien ne sort. Même les pires rumeurs. Celles concernant le fossoyeur, par exemple, Fenton. On dit que ses goûts sexuels douteux pour la nécrophilie le poussent à accomplir des actes abominables avec les cadavres qu’on lui confie. On dit aussi qu’il les enterre et les dispose dans des positions particulières. Rumeurs que Kenneth et sa sœur décident de vérifier par eux-mêmes. Et quand ils mettent la main sur des photos plus que compromettantes pour Fenton, ils décident tout naturellement de le faire chanter. C’est là que le fossoyeur, soucieux de ne pas ternir sa réputation, engage Sutter pour régler le problème. Mais on l’a vu, Sutter est le mal incarné. Et quand il se déchaîne, il n’obéit plus. Il est incontrôlable. Il ne recule devant rien. Surtout quand il y a un bon paquet de fric à la clé. Kenneth n’a d’autre choix que de fuir une mort inéluctable, poursuivi par le diable en personne, vaguement coupable, certain que rien ne pourra jamais le sauver de cette présence maléfique.

Si La Mort au crépuscule marque autant son lecteur, c’est notamment grâce au caractère fatal des événements. Ici, tout est logique, tout est normal, tout s’enchaîne sans bruit. Les actes ont des conséquences. Les conséquences en entraînent d’autre. Tout est en ordre. Du coup, le décalage entre la totale absence de jugement moral de Gay et les réaction horrifiées de ses lecteurs crée un malaise durable et, au final, séduisant. Le mal existe, bien sûr, mais il n’a rien de mauvais ni d’abominable. Il est, tout simplement. Il est là, présent, partout. Et pour s’en défaire, il faut sans doute le dépasser, le tuer, le remplacer. Autant de questions fondamentales posées par Gay sous le vernis aimable d’un roman noir impeccablement raconté.
C’est ce qui fait le charme et l’intérêt des romans noirs, justement, cette capacité à parler du monde sans s’encombrer des précautions d’usage. Une plus grande liberté, donc, utilisée à bon escient par William Gay, pour un roman parfois sidérant.


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Ne passez pas à côté de La Mort au crépuscule, roman qu’on pourrait lire à peu près n’importe où. « Interstices », « J’ai Lu Fantasy », il rassemble tout le monde. Sans perdre son âme. Impressionnant.