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Publié le 01/04/2007

« La musique de verre » de Louise MARLEY

[« The glass Harmonica », 2000]

ED. MNEMOS, FEV. 2007

Par Shinjiku

Bon, autant le dire tout de suite, « La musique de verre » de Louise MARLEY, c’est un roman pour filles. Eh bien oui, avec cet humanisme un peu béat, ces héroïnes du passé et du futur qui se rejoignent en une sorte de communion judéo-chrétienne, et toutes ces robes, ces migraines, ces froufrous de tissus et ces beaux jeunes médecins qui trainent dans tous les coins, vraiment plus aucun doute.

Comme j’ai bien aimé, c’est soit que je suis sensible à ce genre de ton, soit que je me suis préoccupé de ceux et celles qui allaient aimer le genre, soit que je suis une jeune fille - ce dont je doute. On va donc faire comme si j’avais rien dit.


Le début de « La musique de verre » nous propulse d’emblée dans les bas-fonds miséreux d’un XVIIIe siècle londonien, avec une jeune souillon musicienne de rue qui gagne sa vie en « jouant des verres » - c’est-à-dire en effleurant des soucoupes produisant des notes cristallines. Malgré son talent, ses maigres revenus ne suffisent pas à satisfaire les humeurs de sa logeuse, Dooya, une fille de joie dont le fils de trois ans, Mackie, est la prunelle des yeux de Eilish - la jeune musicienne en question.

Ca commence donc comme un roman de réalisme social à la DICKENS - pas vraiment ce qu’on attend d’un Icares SF - mais soudainement, au troisième chapitre, voilà que l’on nous emmène à Seattle en 2018 - « ouf » se dit le mâle viril en attente de vaisseaux spatiaux et de batailles épiques. Rien de tout ça bien sûr : à Seattle en 2018, dans un climat d’aseptisation nostalgique [les villes ont été karchérisées de toute populace miséreuse et les divers quartiers ont pour obligation d’arborer une esthétique début-de-siècle très idéaliste, avec bâtiments d’époque salubres, jolis espaces fleuris, et les acteurs artisans-boulangers qui vont avec... ça interpellera plus d’un habitant attentif de notre doulce contrée française], une jeune femme, Erin, virtuose de l’harmonica de verre [instrument réel], doit gérer sa carrière en plus de la maladie des jambes dont souffre son génie compositeur de frère, Charlie.

L’intrigue se poursuit, aussi bien en 1792 qu’en 2018, par plages d’un ou deux chapitres. Eilish se retrouve, par un heureux hasard, invitée chez Benjamin Franklin pour essayer sa dernière invention [un armonica de verre...], Erin se préoccupe pour son frère et sa nouvelle lubie : essayer un traitement auprès du docteur Gene Berrick, lequel a de belles mains en plus d’être très très gentil [et viril] pour retrouver l’usage de ses jambes. Les deux histoires s’enchevêtrent et se répondent, les personnages parfois un brin stéréotypés des deux époques se renvoyant les uns aux autres [Mackie & Charlie, le frère infirme ; Benjamin Franklin & Gene, le scientifique protecteur ; Polly & Sarah, l’empêcheuse de tourner en rond, etc.], le tout avec une certaine langueur par moments.

Heureusement, il y a cet instrument fabuleux, cet harmonica de verre [sans « h » au XVIIIe], dont on cherche en vain à inventer la sonorité durant la lecture, cet objet qui relie symboliquement - et métaphysiquement - les deux héroïnes à travers les siècles par spectres interposés. Et il y a aussi, c’est palpable, la passion de Louise MARLEY pour la musique et ses connaissances en la matière. Le vrai cœur du livre est là : l’intrigue n’est qu’une application, parfois un peu maladroite lorsque Louise essaie sans grand bonheur de s’adonner aux envolées lyriques, d’une fascination ineffable pour un instrument et pour toute la musique classique.


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Malgré un ton consensuel, une certaine naïveté bon enfant, des longueurs et quelques maladresses, l’ouvrage ne sombre pas dans la médiocrité et parvient à provoquer intérêt et émotion.

Ca ne s’approche jamais de la grande, voire même de la bonne littérature - dans le genre, un livre récent comme « Le violon noir » de Maxence FIRMINE est beaucoup plus convainquant, mais l’engouement est communicatif.