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C’est le roman qui a révélé Jeff NOON au Royaume-Uni, la première plume d’un cauchemar trash et poétique qui s’est depuis développé sur quatre romans.
Se plonger dans Vurt, c’est donc assister à la naissance d’un monde glauque et superbe. L’expérience est intense car l’univers noonien est certainement un des plus déboussolants qu’il nous ait été donné d’explorer ces dix dernières années.
Vurt a reçu le Prix Arthur C. CLARKE 1994
La critique de Vurt

Par K2R2
Vergil Ulam, jeune chercheur en biologie moléculaire, travaille pour le compte d’une start-up californienne qui développe des bio-chips, des petits ordinateurs biologiques de la taille d’une cellule capables d’évoluer à l’intérieur du corps humain. Les bio-chips sont l’avenir de la recherche médicale et Vergil Ulam est l’avenir des bio-chips. Jusqu’au jour où ses patrons réalisent que le jeune chercheur mène des recherches parallèles pour son propre compte... Vergil est alors renvoyé de son laboratoire et sommé par ses patrons de détruire les résultats de ses expériences.
Bien décidé à sauver malgré tout le fruit de son travail, Vergil s’injecte ses propres puces biologiques, espérant plus tard les récupérer à son profit. C’était sans compter sur l’intelligence incroyable de ces nouvelles cellules, qui progressivement se multiplient et modifient la physiologie de leur créateur, remodelant totalement son corps. Mais l’euphorie laisse place à l’inquiétude lorsqu’il s’avère que cette maladie se transmet rapidement à travers le pays en une gigantesque épidémie intelligente.
A l’origine de ce roman, on retrouve une nouvelle intitulée « Le chant des leucocytes », qui fut couronnée des prix Hugo et Nebula en 1983. Greg BEAR, sous l’influence notamment de David BRIN, décida de pousser la logique plus loin et transforma son hypothèse initiale en un roman largement plus ambitieux.
"La musique du sang" traite de thèmes qui semblent fasciner tout particulièrement Greg BEAR. En effet, dans son roman "L’échelle de Darwin" et sa suite "Les enfants de Darwin", BEAR aborde des thématiques proches concernant la biologie moléculaire, la génétique, les épidémies et l’évolution/mutation du corps humain.
Autre similitude, l’action se déroule essentiellement dans le milieu de la recherche scientifique, une occasion que BEAR saisit pour évoquer en filigrane les problèmes éthiques que posent les recherches en matière de génétique et de biologie moléculaire. Ce problème est parfois ouvertement abordé, comme lors d’une étonnante discussion entre un ami proche de Vergil et un grand ponte de la recherche médicale. A d’autres reprises il est seulement esquissé, notamment lors des échanges entre Vergil et son ami Edward, ce dernier étant terrifié par les conséquences des expériences sur les bio-chips.
Cette problématiques est à rattacher à une thématique plus large, qui est celle de la mutation de l’humanité, sur le plan physique, mais également intellectuel. L’évolution de l’intelligence, proposée par BEAR, n’est pas sans rappeler la notion de « noosphère » de Theilhard de CHARDIN, sans sa dimension mystique, le vecteur de l’élaboration de cette noosphère étant ces nouvelles cellules intelligentes, capables de modifier l’apparence physique et les capacités mentales. En cela, la science est la religion de BEAR.
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Le fond est riche, et la forme tout à fait maîtrisée. Le style fluide, très dynamique, permet une lecture agréable et rapide. Les personnages de BEAR sont travaillés, leur psychologie est relativement complexe, d’autant plus que l’auteur n’hésite pas à multiplier les points de vue, la narration étant éclatée. Seul point d’achoppement pour les lecteurs réfractaires à la hard science, BEAR a une forte inclination au baratin scientifique : il n’hésite pas à noircir le texte d’explications pas toujours faciles à appréhender pour les novices en biologie. Tout ceci est largement compréhensible pour les lecteurs avertis, néanmoins certains risquent d’être découragés par ce verbiage intempestif. Sautez les pages qui vous ennuient, le reste vaut largement le détour. |
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