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Publié le 01/10/2005

"La nuit du Jabberwock" de Fredrik BROWN

["Night Of The Jabberwock", 1950]

REEDITION TERRE DE BRUME / TERRES MYSTERIEUSES, 2005

Par Ubik

Etrange trajet que celui suivi par le roman « La nuit du Jabberwock » en France. Publié en 1951 dans une version écourtée sous le titre « Drôle de sabbat ! » dans la collection détective club des éditions Ditis, ce texte est ensuite reparu dans la collection science-fiction et fantastique chez J’ai Lu, puis Policier toujours chez J’ai Lu...

Finalement, c’est Terre de Brume qui propose à son tour une réédition, preuve de la difficulté qu’il y a à classer ce roman dans un genre précis. Sautons sur l’aubaine pour dire quelques mots sur ce livre très recommandable d’un auteur réjouissant et hautement addictif.


Que les choses soient claires. « La nuit du Jabberwock » n’est ni vraiment un texte de littérature fantastique, ni réellement un texte de science fiction. Si l’on tient à le classer à tout prix, peut-être faut-il commencer par parler de l’aspect policier qui domine l’intrigue, tout en signalant aussitôt l’atmosphère d’étrangeté, d’irréalité mystérieuse non dénuée d’ébriété [celle du héros] et d’humour dans laquelle baignent les événements narrés. Bref, un parfait condensé de l’écriture de Fredric BROWN, auteur qui a navigué régulièrement du roman policier au fantastique et à la science fiction.

En quelques mots, fixons le cadre de l’histoire. Le personnage principal, Doc Stoeger, est le rédacteur en chef du Carmel City Clarion, une feuille d’information locale. Il peine à remplir les colonnes de son journal car Carmel est l’archétype de la petite cité américaine endormie où il ne se passe jamais rien de palpitant et où règne une autocensure amicale, vu que tout le monde se connaît. Heureusement Soteger dispose d’une bonne bibliothèque personnelle et il entretient une passion dévorante pour Lewis CARROLL.

Tous les jeudis soirs, après le bouclage, Doc se console au bar de Smiley avec une bonne bouteille en rêvant qu’un événement inattendu, et de préférence sanglant, va se produire. Or cette nuit-là va combler ses souhaits les plus extravagants, puisque s’y succéderont morts violentes, péripéties frénétiques, déveine déprimante, courses poursuites avec la police et... chasse improvisée au Jabberwock, le tout dans une atmosphère onirique de plus en plus délirante. Que des vraies nouvelles pour le Carmel City Clarion... à condition de survivre pour pouvoir les imprimer !

« La nuit du Jabberwock » est un moment de lecture jubilatoire. Les amateurs de littérature policière vont se retrouver en terrain de connaissance puisque les codes utilisés au cours de cette histoire sont nettement ancrés au cœur de ce champ littéraire dans lequel BROWN a commencé à écrire. Difficile d’ailleurs de ne pas penser, avec une certaine nostalgie, aux situations décrites dans certains romans et film noirs.

Ensuite, les fans de Fredric BROWN, je sais qu’ils ne manquent pas, retrouveront toutes les qualités de cet auteur dans ce court roman. Son humour sarcastique voire caustique, une certaine économie de moyens et une efficacité certaine dans la mise en place des personnages et des lieux, le tout au service d’une intrigue serrée. Aucun mot n’est de trop ; tout est pesé, mesuré, millimétré ; un vrai régal de lecture et une appréciable leçon d’écriture. L’art de la chute, caractéristique d’un auteur qui s’est fait une spécialité de la short-story, n’est pas négligeable non plus. Il est d’ailleurs vivement recommandé de lire ce roman jusque son dénouement pour goûter la cohérence de l’ensemble. Celui-ci élucide de manière tout à fait rationnelle une série de faits dont le non sens et l’irrationnel semblent être l’unique guide et elle achève cette histoire sur une note finalement très carrollienne.


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La réédition de « La nuit du Jabberwock » est donc une bonne nouvelle.

Elle permet de [re]découvrire une autre facette d’un auteur qu’il ne faut pas réduire à ces récits humoristiques de science fiction.