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Publié le 01/07/2007

« Là où vont nos pères » de Shaun TAN

[1ERE. ÉD. EN AUSTRALIE, 2006]

ED. DARGAUD / LONG COURRIER, 2007

Par Shinjiku

Ce qui est chouette, quand on chronique sur le Cafard Cosmique, c’est qu’on a parfois une impunité totale.
Là, par exemple, bravant la norme littéraire habituellement exigée, je m’apprête à chroniquer une BD, boum, et personne m’en empêche.


En fait de BD, il faudrait plutôt dire "roman graphique". Shaun TAN, auteur et illustrateur australien, n’est pas non plus un étranger de la maison Imaginaire : il a obtenu le prix de Meilleur Artiste au World Fantasy Awards 2001, pour l’ensemble de son oeuvre. Il est aussi connu pour avoir bossé aux studios Pixar et Blue Sky.

Les premières pages du roman [car il faut l’appeler ainsi] paraissent pourtant bien conventionnelles : après une double page de portraits en vignettes, visages graves et fermes des quatre coins du monde, le début de l’intrigue laisse augurer d’un vieux sépia dramatique sur la séparation d’un père de famille avec sa fille et sa femme.

On anticipe immédiatement une histoire de guerre, ou de déportation, ou les deux, et comme on aime pas le réalisme social, on a peur. Néanmoins, des éléments se mettent déjà en place : d’abord, les illustrations sont superbes. Ensuite, la narration, vignettes se succédant avant des pleines pages à tomber par terre, est d’une rare finesse : des mouvements décomposés, des expressions de visages qui se succèdent, tout ça avec une fluidité... Les personnages prennent vie après deux minutes d’ébahissement.
On se surprendrait presque à supporter une histoire lacrymale, tiens.

Mais c’est encore mieux : où se rend-il, ce père imaginaire à l’air bien soucieux, au moment de s’éloigner de celles qu’il aime ? Dans un Neverland urbain tout simplement.

Sans en dire trop pour ne pas essouffler la surprise, ne retenons que l’extraordinaire imagination visuelle de l’auteur et sa capacité à mêler avec bonheur éléments réalistes et fresques oniriques.
Personnages, animaux, décors sombres ou lumineux, architectures, instantanés poétiques, tout est splendide, tout arrache le regard. Et l’histoire, muette toujours, de nous faire surgir des images, cinématographiques : « La Jetée », « Brazil », MIYAZAKI...

En plus de ce que peut en dire la quatrième de couverture - qui ne retient là-dedans qu’une parabole sur l’imigration [l’auteur aussi du reste, en postface] - on se souvient de ce songe, mille fois ressassé étant gamin : mais où va mon père quand il part de la maison ainsi ? Au pays de la non-existence, le pays de l’imagination et du tout-est-possible, le pays des morts, un peu, aussi... Ici c’est une ville, remplie de tous les fantasmes, de toutes les amitiés et de toutes les surprises sépia que nous réservent l’inconnu.


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Alors oui, une Fantasy urbaine, graphique et onirique, si travaillée [quatre ans de boulot !], si sublime, a sa place dans les colonnes du Cafard cosmique.

Même si ce n’est pas de la littérature.
Surtout si c’est un chef d’oeuvre.