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Publié le 20/08/2007

« La pierre de sang » de Karl Edward WAGNER

[Kane, l’intégrale 1/3]

DENOËL / DLE, OCT. JUIN 207

Par K2R2

C’est un guerrier solitaire, un géant roux aux muscles d’acier vieux de plusieurs siècles. Son nom est Kane et l’homme n’est pas seulement une brute sanguinaire assoiffée de combat, c’est aussi un érudit versé dans les textes anciens, maîtrisant de nombreuses langues oubliées et initié aux mystères les plus obscurs de la sorcellerie.
Ce maître assassin est aussi habile dans l’art d’empoisonner discètement son ennemi, que sur le champ de bataille affublé d’une épée meurtrière dans la main droite et d’une masse titanesque dans la main gauche.
Fin stratège, ses capacités à planifier une attaque n’ont d’égal que sa vision tactique du combat dans le feu de l’action. A vrai dire, nul ne sait vraiment d’où vient Kane, ni même quel est son âge ; on ne lui connaît aucune allégeance et personne n’a jamais su percer son armure. A vrai dire, Kane est-il encore un homme ?


« Inquiétante ombre noire dans la lueur bondissante de feu, le colosse était accroupi, enveloppé dans son manteau, pensif, et buvait à petites gorgées le vin d’un pot en grés perdu dans son poing énorme. Sa chemise moulante et ses braies de cuir sombre portaient des taches fraîches de sueur et de sang ; sa manche droite était retroussée sur un pansement zébré de rouge entourant un bras épais aux muscles noueux. Une sangle rehaussée de clous d’argent barrait son torse puissant, retenant solidement un fourreau d’épée vide derrière sa solide épaule droite. L’épée elle-même se tenait devant lui, la pointe fichée dans une racine d’arbre torturée. Caressant d’un doigt distrait la courte barbe rousse qui encadrait un visage plutôt brutal, il considérait d’un air songeur les nombreuses entailles et les traînées rouge-brun qui abîmaient la lame, dont l’ombre dansait à la lueur du feu dans une parodie de violent combat. Il semblait ne pas avoir conscience des autres, occupés à étaler avec avidité le butin afin de se le partager. »

Guerrier solitaire et jaloux de son indépendance, Kane vend, lorsqu’il y trouve intérêt, sa lame et ses talents annexes au plus offrant ; chef d’une bande de pillards, roitelet d’une obscure cité-état ou bien souverain d’un puissant empire, peu importe pourvu que cela serve ses desseins tortueux.

Dans le présent roman, Kane, alors plus ou moins acoquiné avec une bande de malfrats de seconde zone, s’approprie une curieuse bague surmontée d’une énorme pierre de sang ; un singulier joyau qu’il soupçonne être une ancienne relique appartenant à une puissante civilisation disparue.
Ses thèses confirmées après quelques recherches bibliographiques [rappelons que Kane est loin d’être un imbécile et fait même figure d’érudit], Kane imagine un plan hautement machiavélique afin de s’approprier la puissance de cette relique dans le but de soumettre le monde des hommes à sa tyrannie éclairée.

Kane décide donc de se rendre dans les sinistres et hautement dangereux marais de Kranor-Rill, où se dressent les ruines de la fabuleuse cité d’Arellarti, siège du pouvoir endormi de la pierre de sang. Mais le voyage, même pour un guerrier de sa stature, reste dangereux. Afin d’obtenir une aide dans cette entreprise diabolique, il décide de vendre une partie des informations dont il dispose au souverain de la cité-état de Sélonarie, lui faisant miroiter un retour sur investissement plus que substanciel si ce dernier l’aide à retrouver les ruines d’Arellarti.
Ce dernier, loin d’être un imbécile, est également un intellectuel cultivé parfaitement au fait des anciennes légende concernant Kranor-Rill ; il comprend rapidement que fournir à Kane quelques mercenaires ne lui coûtera pas grand chose en cas d’échec, mais pourrait en revanche s’avérer fort intéressant en cas de succès de la mission.

Voici donc notre barbare musclé, accompagné d’une trentaine de mercenaires, parti à la conquête de l’infect marais de Kranor-Rill, de sa chaleur étouffante, de ses eaux croupies infestées de bêtes venimeuses et de Rillytis, sortes de crapauds humanoïdes farouchement opposés à toute intrusion sur leur territoire. Inutile de souligner que les survivants seront peu nombreux, à vrai dire, seul Kane ressortira de Kranor-Rill ; étrange n’est-ce pas, mais pas autant que cette lueur malsaine qui semble désormais irradier du joyau que Kane porte à l’annulaire.

Déjà cultes dans les pays anglo-saxons [depuis les années 70 tout de même] et plus ou moins attendues par les amateurs de Sword & Sorcery façon Robert E. HOWARD, les aventures de Kane sont en mesure de rivaliser avec les frasques épiques de Conan ou des deux lascars favoris de Fritz LEIBER ; même si à vrai dire, ce type de fantasy n’est plus vraiment en vogue actuellement.

Sauf exception la plupart des cycles de fantasy modernes fonctionnent selon des principes tolkienniens commercialement incontournables, franchement répétitifs mais oh combien facilement assimilés par des auteurs et des lecteurs peu enclins à s’affranchir d’une recette aussi efficace.

Avec Kane, vous pouvez oublier la high fantasy et ses ressorts narratifs et dramatiques éculés. Pas de mode « quest », pas d’affrontement manichéen entre les forces du mal et les gentils, pas de petit orphelin aux pouvoirs exceptionnels, pas de sauveur de l’humanité sorti de nulle-part, Kane est un personnage assez complexe, pas forcément attachant et moralement franchement douteux. Le méchant dans l’affaire, c’est plutôt lui. La quatrième de couverture évoque un personnage à mi-chemin entre Conan et Sauron, eh bien ma foi la compaison n’est pas infondée, bien qu’à y réfléchir de plus près la personnalité de Sauron ne me paraisse pas suffisamment développée pour justifier une telle filiation. Connaît-on véritablement Sauron ? Sans doute ce personnage est-il définitivement incompris et diabolisé par des hordes de fans qui n’ont jamais pris la peine d’examiner une seule seconde ses motivations.
Toujours est-il qu’à défaut d’étudier la psychologie avancée de Sauron, vous pourrez vous intéresser au cas somme toute assez semblable de notre ami Kane. Une homme profondément seul, rejeté par ses semblables et totalement incompris. Forcément, à force de ressasser de sombres pensées on finit par développer des envies de domination et de contrôle du monde.

Bon allez, tout ceci n’est pas très sérieux et Karl Edward WAGNER, s’il n’est pas un grand styliste, cultive avec une certaine réussite une distanciation salutaire par rapport à son personnage, évitant ainsi de sombrer dans un premier degré affligeant de simplisme et de bêtise.

A noter que "La pierre de sang" n’est qu’un des deux romans contenu dans le premier volume de l’ingtégrale des aventures de Kane, en cours de publication chez Lunes d’encre. Je n’ai pas lu la suite, mais nul doute qu’elle s’inscrive dans la même veine.

Un bémol : le running gag qui consiste à utiliser l’adjectif "coruscant" [afin de qualifier l’écalt particulier de "pierre de sang"] toutes les trois pages a quelque chose, à mon sens, de lassant . Surtout qu’un terme aussi peu usité est immédiatement repérable dans le texte. Mais bon, je suis peut-être passé à côté d’un truc...


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Certes, les aventures de Kane n’ont rien de l’oeuvre littéraire érudite et finement ciselée, ici c’est du lourd, du très lourd même, de la littérature de divertissement un tantinet brutale et pas toujours très fine. Mais dans le genre, c’est plutôt bien fichu et, à tout le moins, parfaitement divertissant. A dose modérée, c’est tout à fait recommandable, sauf si vous êtes allergique aux gros barbares affublés d’une tignasse rousse et d’une épée d’un demi-quintal. Dans ce cas là, Karl Edward WAGNER ne peut pas grand chose pour vous.