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Première publication le 01/03/2008
Publié le 04/04/2010

La pluie du siècle d’Alastair Reynolds

[Century rain, 2004]

ED. FLEUVE NOIR INEDIT, FEV. 2008

Par K2R2

Encensé par les uns, démoli par les autres, Alastair Reynolds n’est pas franchement de ces auteurs qui font l’unanimité, alors permettez moi de lever un doute rapidement quitte à tuer le suspens dans l’œuf : La pluie du siècle n’est pas le roman qui rassemblera les deux camps.
Habile mélange de space opera, d’uchronie et de polar à la Simenon, ce roman n’appartient en aucune façon au cycle des Inhibiteurs, mais rassemble pourtant tous les ingrédients des précédentes œuvres de l’auteur - y compris le poids, puisque le roman est particulièrement long, un défaut récurrent chez Reynolds.


Vingt-quatrième siècle de notre ère.
La Terre, ravagée par un cataclysme technologique, n’est plus qu’un champ de ruines inhabitable duquel émerge les artefacts d’une civilisation autrefois florissante, et désormais révolue. Verity Auger est l’une des descendantes des survivants de ce cataclysme et sa profession d’archéologue l’amène à explorer les vestiges de la Terre, au bénéfice des musées de Tanglewood, un gigantesque complexe spatial qui héberge une grande partie du reste de l’humanité.
En réalité, deux factions s’opposent au sein des humains : les Threshers, qui occupent l’orbite terrestre ainsi qu’une partie du système solaire et ont banni toute forme de nanotechnologie [à l’origine de la destruction de la civilisation terrienne] ; les Slashers, des post-humains technologiquement en pointe, qui ont tiré en grande partie un trait sur le passé et utilisent à tour de bras les nanotechnologies et la bio-ingénierie.

Les Slashers ont colonisé une grande partie de la galaxie, notamment grâce à la découverte de l’hyperweb, un réseau de trous de ver reliant de nombreux portails à travers l’univers. L’hyperweb a été construit il y a des millions d’années par une civilisation extraterrestre disparue.
Au cours de leur exploration de l’hyperweb, les Slashers ont fait la découverte d’artefacts gigantesques, des sphères faites d’une substance inconnue et capables d’abriter en leur sein des planètes entières.
Mais de leur côté, les Threshers, qui contrôlent un portail hyperweb basé sur Phobos, ont découvert à l’autre extrémité du trou de ver, l’un de ces fameux OVA [Objet Volumineux Anormal] abritant la Terre dans une version figée en plein milieu du XXème siècle ! La photographie de ce monde est presque parfaite, si ce ne sont quelques légères divergences historiques ; sur T2 [Terre 2], la seconde guerre mondiale n’a jamais eu lieu et les conséquences en sont plus subtiles qu’il n’y paraît, car les retombées technologiques issues de ce conflit sont inexistantes [le développement de l’informatique découle en grande partie des travaux menés en matière de cryptographie à cette époque, de même que toute l’industrie aéronautique et aérospatiale]. Par ailleurs le nazisme n’a pas survécu à l’année 1940, ce qui n’empêche pas la France de lentement glisser vers un régime autoritaire.

Evidemment, les connaissances archéologiques de Verity Auger intéressent particulièrement les autorités Threshers qui l’envoient en mission en plein Paris version 1959 sur T2. Sa mission ne semble pas bien compliquée : elle consiste à récupérer des documents stratégiques laissés à son intention par un autre agent. Sauf que l’agent en question a été victime d’un meurtre maquillé en accident, alors qu’il était sur le point de mettre au jour un vaste complot dont les objectifs restent pour le moins obscurs.

Scénario alambiqué et surpoids chronique, de quoi, avant même toute tentative de lecture, craindre une lecture indigeste. Il faut reconnaître que Reynolds cultive un sens certain du récit : malgré son épaisseur, La pluie du siècle est un roman étonnamment fluide qui se lit avec facilité et même quelques bonheurs. Quelques excellentes idées viennent saupoudrer un récit assez convenu mais au final mal ficelé.

On sait que le traitement des personnages n’est pas la qualité principale de l’auteur, mais il faut avouer qu’ils sont ici inconsistants, fades, voire carrément ennuyeux ; leurs comportement parait parfois complètement surréalistes. Imaginez un détective privé de seconde zone balancé en plein XXIVème siècle, et voici que ce dernier est aussi à l’aise dans cet univers bardé de nanotechnologies que s’il évoluait dans un club de jazz enfumé, cigarette au bec et verre de cognac à la main ; et inversement, une jeune archéologue du XXIVème siècle, habituée à être perpétuellement assistée par une flopée de technologies ultra-modernes, n’éprouve aucune difficulté à se débrouiller quasiment seule dans un Paris en retard de quatre siècles. Je cherche encore la logique de tout cela !

Quant aux rebondissements téléphonés de l’intrigue, ils finissent par provoquer un agacement extrême au cours des deux cents dernières pages du roman. Qu’importe puisque les personnages s’accommodent très bien de toutes ces révélations loufoques, retournements de situation et autres coups de bol hallucinants. De toute façon il n’y a aucun problème, moi aussi je peux apprendre à piloter en trois minutes un vaisseau spatial, à tirer dans le noir avec un revolver [et à toucher l’adversaire, cela va de soi] et à détecter à l’oreille un message subliminal contenu dans un enregistrement pirate de Louis Armstrong. Invraisemblable ? Oui, voilà, c’est exactement le mot que je cherchais.


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Dommage, dommage car le background était très fouillé. Le récit aurait gagné à être retravaillé et allégé.

Alastair Reynolds aurait pu accoucher d’un roman bien sympathique. Cette fois l’auteur s’est vraiment pris les pieds dans le tapis.