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Publié le 04/03/2007

« La saga de John Grimes T1 : La route des confins » de A. BERTRAM CHANDLER

[« The road to the Rim », 1967]

ED. LES MOUTONS ELECTRIQUES, FEV 2007

Par K2R2

A. BERTRAM CHANDLER, auteur britannico-australien décédé en 1984, est en France un illustre inconnu, qui dans nos chères contrées n’a jusqu’à présent bénéficié des joies de la traduction qu’à deux reprises - c’était dans le courant des années soixante-dix.
Dans les pays anglo-saxons, l’auteur bénéficie d’un certain prestige et passe pour être l’initiateur du roman maritime version spatiale. Une transposition que la quatrième de couverture ne manque pas de rappeler en faisant référence au très renommé C.S. FORRESTER, grand maître du roman maritime et père du très célèbre capitaine Hornblower, illustre ancêtre des non moins méritants capitaines Richard Bolitho [Alexander KENT] et Jack AUBREY [Patrick O’BRIAN].

Roman maritime, C.S. FORRESTER, Space Opera, inutile de vous dire qu’il n’en fallait guère plus pour appâter un robot dépressif en mal d’horizons lointains.


« John Grimes, jeune officier tout frais émoulu de l’Académie du Service de Surveillance » reçoit sa première affectation vers la lointaine base de Lindisfarne, mais pour se rendre jusqu’au lieu de son affectation, il doit effectuer le voyage à bord d’un simple transport de commerce, le Delta Orionis, vaisseau pour lequel il n’éprouve que mépris et suffisance.

Au cours du voyage, pendant lequel Grimes n’a pas grand chose d’autre à faire que draguer le commissaire de bord [c’est une fille, hein], le Delta Orionis reçoit un message de détresse de la part d’un autre vaisseau de la Commission de Transport Interstellaire, gravement endommagé par l’attaque de deux corvettes pirates. Le commandant du Delta Orionis se porte secours auprès des naufragés de l’espace et, apprenant que sa compagne a perdu la vie au cours de l’attaque, décide de poursuivre les pirates afin de leur faire payer cet acte odieux ; mais pour cela, il lui faut faire main-basse sur la cargaison qu’il transporte et plus précisément sur les armes et les munitions qu’il était chargé de livrer. Une cargaison dont Grimes, en tant que seul officier du service de Surveillance présent à bord, est responsable et qu’il refuse de céder au commandant.

Je n’ose en révéler davantage pour la bonne raison que le roman fait tout juste 150 pages et que je viens là d’en résumer une bonne moitié sinon plus. Très honnêtement, cet épisode d’ouverture et de mise en place des personnages [rappelons qu’il s’agit d’une saga] est extrêmement décevant ; décevant car l’auteur, justement, ne prend pas le temps de construire des personnages suffisamment complexes pour susciter l’intérêt du lecteur [et ne parlons pas de leur psychologie, à peu près aussi mince que le tour de taille d’un mannequin brésilien anorexique].
Le background est également très peu développé, c’est tout juste si l’on sait que la Terre a constitué une sorte de confédération galactique à laquelle échappent quelques planètes isolées dans les confins. On imagine qu’il existe quelques tensions entres ces mondes des confins et la fédération galactique, mais les éléments fournis par l’auteur sont tellement ténus qu’il n’est même pas possible d’extrapoler ou de reconstituer un quelconque puzzle géopolitique. Bref, on s’ennuie ferme et l’aventure, si elle nous propose un divertissement tout juste honnête, n’entrera pas non plus dans les annales de la littérature populaire.

Quant-au rapprochement avec l’oeuvre de FORRESTER [ou d’autres auteurs de littérature maritime], il atteint très rapidement ses limites dans le sens où ce qui fait l’intérêt de cette littérature résidende dans la description fidèle et réaliste de la vie à bord des navires de guerre de la Royal Navy, des conditions extrêmement dures, parfois inhumaines, qui nous rappellent à quel point ces vaisseaux étaient des prisons d’eau et de bois.
Rien de tout cela dans « La route des confins », l’auteur se contentant d’un simple vernis et préférant sans doute nous conter les déboires amoureux du héros. Héros, soit dit en passant, auquel on filerait bien quelques claques, histoire de lui mettre un peu de plomb dans la cervelle.

Tout ceci pourrait être acceptable, si le roman n’était pas estropié par une traduction complètement ratée et entachée de nombreuses fautes de français. Loin de moi l’idée de tirer sur l’ambulance et de m’acharner sur le traducteur, mais il faut bien avouer que Les moutons auraient eu tout intérêt à relire davantage les épreuves avant d’envoyer le manuscrit chez l’imprimeur.


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Difficile par conséquent de conseiller ce livre qui, à mon sens, souffre d’un problème de positionnement éditorial. Les Moutons Electriques, éditeur dont la singularité et l’éclectisme font toute la force n’est pas franchement attendu sur le créneau du space opera, et même en faisant abstraction des problèmes de traduction, A. BERTRAM CHANDLER ne boxe assurément pas dans la même catégorie que Iain M. BANKS, Scott WESTERFELD ou Peter F. HAMILTON.

Les amateurs de science-fiction old school jetteront sans doute un coup d’oeil attendri sur cette oeuvre patrimoniale que l’on classera volontiers du côté de « La légion de l’espace » de Jack WILLIAMSON ou bien encore des « Loups des étoiles » d’Edmond HAMILTON ; les autres passeront leur chemin et auront tout intérêt à feuilleter le reste du catalogue des Moutons Electriques, bien plus enthousiasmant.