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Publié le 07/03/2010

La Sagesse des morts de Rodolfo Martinez

ÉD. MNÉMOS, COLL. DÉDALES, JANVIER 2010

Par Ubik

À mi-chemin entre le cross-over et le pastiche holmésien, La Sagesse des morts compte à son sommaire trois aventures différentes du célèbre détective londonien. Deux enquêtes où le raisonnement logique du limier britannique se frotte au surnaturel ainsi qu’une brève investigation inscrite dans un registre plus classique.


« Je l’ai souvent dit, Watson, quand l’impossible a été éliminé, ce qui reste, aussi improbable que cela soit, est pourtant la vérité. Mais qu’arrive-t-il quand vous ne pouvez pas éliminer l’impossible ? »

Comme on va le voir, La Sagesse des morts tient à la fois du jeu littéraire et du texte apocryphe ancré dans le corpus holmésien. À ce propos, l’érudit ne manquera pas de relever les allusions documentées aux autres enquêtes du détective de Baker Street. Il retrouvera quelques-uns des personnages emblématiques ayant animé les diverses époques de la série. Bref, il se réjouira sans doute du respect du canon des aventures du héros du Strand Magazine.

Toutefois, l’intérêt du livre de Rodolfo Martinez ne se cantonne pas à un banal exercice de style. L’auteur asturien, dont on a pu lire quelques nouvelles plus ou moins convaincantes ici et là (notamment dans l’anthologie Dimension Espagne chez Rivière blanche ou encore au sommaire du Fiction n°5) , déploie ici son imagination pour créer un effet de réel. Para-texte et intrusion de personnages à l’authenticité historique attestée (Arthur Conan Doyle himself, Aleister Crowley, Winfield Scott Lovecraft...) contribuent à mêler fiction et réalité dite consensuelle au point de rendre poreuses les frontières entre les deux. De surcroît, le dispositif narratif introduit une légère mise en abîme, ni trop pesante, ni complètement artificielle. Mais, on reste dans l’hommage et dans la citation respectueuse. En somme, un cran au-dessous des pastiches inspirés de René Réouven (à ce propos, ne manquez pas la réédition du fort volume Histoires secrètes de Sherlock Holmes) ou de L’Instinct de l’équarrisseur, la variation punk de Thomas Day.

Des trois textes, c’est la novella éponyme ouvrant le livre qui suscite davantage l’adhésion. On va y revenir. « Depuis la terre au-delà de la forêt » mélange l’univers de Doyle et celui de Bram Stoker. Il fait se rencontrer Sherlock Holmes et Van Helsing, forcés par les circonstances de conjuguer leurs forces pour affronter Dracula, de retour et en grande forme. Confidence pour confidence, la perspective de la confrontation entre le logicien et le nosferatu paraissait alléchante sur le papier. Hélas à l’instar de l’eau et de l’huile, les deux univers se côtoient sans vraiment entrer en émulsion. Pour le coup, on reste sur sa faim.

Plus court, « L’Aventure du faux assassin » dépare, comparé aux deux autres textes. On serait bien en mal de dénicher une once de fantastique dans ce récit ne s’écartant pas d’un pouce du pastiche. Et quand bien même Watson et Lestrade mènent l’enquête, Holmes évoluant dans les coulisses, cette dernière aventure semble au final très anecdotique.
Reste le morceau de choix donnant son titre au livre proposé par Mnémos. Prenant pour argument de départ une usurpation d’identité, « La Sagesse des morts » amène Holmes a coudoyer l’occultisme et ses sociétés secrètes très en vogue à la charnière des XIXe et XXe siècle. Manipulant des esprits trop crédules, des gourous roublards se sont empressés de cultiver à leur profit les zones d’ombre du savoir humain et les superstitions ancestrales. Rappelons qu’Arthur Conan Doyle lui-même s’est laissé prendre dans leurs filets, fait notoire réutilisé ici par Rodolfo Martinez pour étoffer l’effet de réel. Se fondant sur ce substrat connu, l’auteur espagnol introduit un ressort fantastique via les mythes lovecraftiens. Avouons d’entrée qu’il mène bien sa barque, même si on peut lui reprocher de n’avoir qu’effleuré la folie latente et la frayeur indicible déployées dans les nouvelles du reclus de Providence. Mais bon, cette sobriété n’est qu’un reproche mineur dans un récit globalement maîtrisé.


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Contenter les zélateurs de Sherlock Holmes et les amateurs de bizarrerie est un pari osé et difficile. Même si quelques-unes des enquêtes du célèbre détective évoluent dans les franges du fantastique, on ne peut pas dire que celui-ci soit un parangon de l’étrange. Bien au contraire, Holmes apparaît à bien des égards comme un fervent rationaliste, un froid analyste, observateur et sachant à l’occasion se montrer caustique envers les affabulateurs.

Au final, on ne retiendra de La Sagesse des morts que la novella éponyme, les deux autres textes apparaissant davantage comme du remplissage. Une histoire honorable, assez équilibrée, sans être inoubliable.