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Publié le 04/05/2007

« La saison des singes » de Sylvie DENIS

ED. L’ATALANTE, MARS 2007

Par Ubik

Longtemps la rumeur a circulé à propos d’une éventuelle suite à l’excellent roman « Haute-Ecole » de Sylvie DENIS. Vous connaissez la rumeur... Elle va et vient et puis elle s’éteint. Bonne nouvelle, c’est en science fiction que l’auteur fait, en fin de compte, un retour remarqué et remarquable. Certes, on a bien eu droit de sa part à une ou deux fictions courtes et à une réédition, presque rien finalement, l’ensemble étant éparpillé sur divers supports. On a pu aussi lire ses contributions théoriques sur le blog "Génération science-fiction" qu’elle anime avec Roland C. WAGNER et Claude ECKEN. Aussi est-on tout émoustillé à la perspective de lire « La saison des singes », annoncé comme le premier volet d’un diptyque.


Pierre Malavel est un jeune homme plein d’avenir. Ses parents espèrent le voir bientôt embrasser la carrière d’apothicaire dans la bonne ville de Birhat. Mais leur fils a la tête ailleurs et il ne songe qu’à s’aventurer dans ce monde inconnu dont lui parviennent des bribes, colportées par les mariniers qui naviguent au fil du fleuve Karsh.
Sa confidente et amie, Aleshka, s’inquiète de le voir se languir au bord du fleuve, faute de pouvoir le ramener à la raison. De toute façon, elle-même est très insatisfaite de sa situation d’institutrice stagiaire, bridée dans ses initiatives pédagogiques par une hiérarchie pesante. Fort heureusement sa vie personnelle est stimulée par les recherches entreprises par son oncle Sven dans les archives municipales. La prudence est cependant de mise car les autorités religieuses et civiles veillent à censurer la diffusion du savoir et des idées trop progressistes.

En d’autres lieux, le détective privé Gabriel Burke embarque sur l’astronef chartiste L’Abondant afin d’y arrêter la dangereuse criminelle Kiris T. Kiris qui vient de sévir sur son monde d’origine, la planète Nertonne. Il découvre très rapidement à bord que la meurtrière est déjà en état d’arrestation. Deux agents de l’Office - l’organisme qui contrôle l’application de la Charte - l’ont faite cryogéniser. Burke qui n’aime pas les ressortissants des mondes de la Charte, apprécie encore moins de voir son enquête aboutir à un échec.

Et puis, il y a ces curieuses créatures arboricoles, ces autres singes, qui vivent dans les forêts du monde natal de Pierre et Aleshka. Quel rôle sont-ils appelés à jouer ?

« La saison des singes » nous invite à un beau voyage, riche en images fortes et en aventures. Le décorum s’inscrit de plein pied dans un imaginaire de science fiction classique. On pense immédiatement à Jack VANCE lorsque l’on entame la lecture. La société humaine obscurantiste dans laquelle vivent Pierre et Aleshka et le désir de liberté et de connaissance des personnages principaux nous y poussent fortement. Puis, c’est Iain BANKS - humour compris - qui vient à l’esprit lorsque l’action se déplace à bord de L’Abondant et que l’on effleure par ce biais la géopolitique des mondes chartistes et de leurs voisins. A l’heure où de nombreux romans se dépouillent de leur décorum science fictif le plus typé - voire même du terme de science fiction lui-même - pour oeuvrer dans la transfiction, Sylvie DENIS semble revendiquer fièrement et de manière très maîtrisée son appartenance au genre.

Ceci n’affaibli en rien le récit, qui est soutenu par une réflexion actuelle et très approfondie sur la liberté de l’individu dans la communauté et sur le rôle des technosciences dans la préservation de celle-ci.
C’est une démarche évidemment politique, terme à prendre non dans le sens étriqué et électoraliste dont on veut nous faire croire qu’il est l’aboutissement de l’évolution humaine, mais dans son acception éthique et citoyenne, la seule qui vaille la peine d’être débattue.
Ainsi au fil du récit se dégage une vision humaniste et politique de l’usage des technosciences, vision que l’auteur avait déjà esquissé dans son recueil « Jardins virtuels »->608] et que l’on retrouve ici exposée dans un univers d’une plus grande ampleur. Au passage, on retrouve également dans la déclaration des hommes libres et singuliers qui clôture ce premier volet, un écho de la thématique de sa nouvelle « Dedans, dehors ». Une preuve supplémentaire de la cohérence de l’oeuvre de Sylvie DENIS.

Intelligence du propos donc, et narration passionnante de bout en bout. Sylvie DENIS n’oublie pas d’intégrer ses idées à un récit porté par des êtres vivants et non par des stéréotypes. Pourtant elle n’a pas choisi la facilité. puisqu’elle organise la de trois lignes narratives différentes, de surcroît décalées sur une période de mille années. L’ensemble est conçu avec très peu d’ellipses, sans aucun temps mort.


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Au terme [provisoire] de ce roman, il demeure suffisamment de zones d’ombre et de questions non résolues pour donner envie de poursuivre son chemin avec ces singes, toutes variétés confondues, modifiés ou non, dans leur recherche de la liberté.