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Publié le 01/05/2005

La servante écarlate de Margaret Atwood

[The Handmaid’s Tale, 1985]

ED. ROBERT LAFFONT / BIBLIOTHEQUE PAVILLONS - REED. J’AI LU / SF, 2005

Par Thomas DAY

Defred est une des servantes vêtues de rouge de la République de Gilead. Elle vit dans un monde en guerre [une guerre de religions], dans une dictature théocratique qui n’a de république que le nom et au sein de laquelle elle n’a pas le droit d’écrire, de lire, de fumer une cigarette, d’échanger des confidences avec le reste du personnel de maison...

Constamment surveillée par les Tantes [sortes de bonnes sœurs sadiques], tout sentiment d’amour lui est interdit car l’amour est puni par la peine capitale.


PRIX ARTHUR C. CLARKE 1987


Une fois par mois, Defred est auscultée par un gynécologue avant de participer à la cérémonie. Le soir-même, après une lecture de la bible, elle se rend dans la chambre de Serena Joy, la femme du commandant. Là, elle s’agenouille sur le lit à baldaquin, pose sa tête contre l’entrejambe de la maîtresse de maison et attend la saillie. Celle-ci lui est prodiguée mécaniquement par le commandant qui vient baiser en levrette la partie inférieure de son corps, sans mot, sans le moindre baiser, sans le moindre sentiment autre que le dégoût, réduisant son corps à une simple machine-outil, niant presque l’existence de son âme.

Après la cérémonie, Defred doit garder la semence en elle au moins dix minutes, histoire de mettre toutes les chances du côté de sa matrice, car tel est son rôle véritable dans la maison du Commandant : elle est une matrice, et la chair et l’esprit qui gravite autour de son utérus ne comptent guère. Defred doit tomber enceinte et enfanter, enfanter dans un monde où la plupart des femmes [Serena Joy en tête de liste] n’y arrivent plus. C’est sa seule fonction et ce devrait être sa seule raison d’être, mais avant d’être servante, Defred avait un autre nom, un homme - Luke - et une petite-fille ; elle avait une vie, dangereuse et parfois palpitante... Avant d’être servante, Defred était une mère, avait des désirs et connaissait le plaisir de l’orgasme. Alors forcément elle vit avec ses souvenirs et l’espoir d’aimer une dernière fois avant de mourir.

La Servante écarlate, publié pour la première fois en 1985 est devenu en vingt ans à peine un classique de la littérature d’anticipation au même titre que 1984 de George Orwell. Ce roman fait partie de ces œuvres déboussolantes dans lesquelles on a du mal à plonger, puis, une fois passée la barrière des cinquante premières pages, le récit devient passionnant : Defred souffre et nous souffrons avec elle... Defred rêve et nous comprenons ses rêves, jusque dans leurs moindres détails. Defred se souvient et peu à peu la République de Gilead se dessine sous nos yeux.

« Alors que nous attendons dans notre file double, la porte s’ouvre et deux autres femmes entrent, toutes deux vêtues de la robe rouge et des ailes blanches des Servantes. L’une d’elles est très manifestement enceinte ; son ventre, sous son vêtement ample se gonfle triomphalement. Il y a un mouvement dans la boutique, un murmure, une échappée de souffles ; malgré nous nous tournons la tête, ouvertement, pour mieux y voir ; nos doigts brûlent de la toucher. Elle est pour nous une présence magique, un objet d’envie et de désir, nous la convoitons. Elle est un drapeau au sommet d’une colline, qui nous montre ce qui peut encore être accompli ; nous aussi pouvons être sauvées. »
[page 51]


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La Servante écarlate, chef d’œuvre de la littérature contemporaine, roman féministe et anti-clérical d’une rare hargne, dresse un pont étonnant entre l’œuvre de Virginia Woolf et celle de George Orwell.

Ce livre exigeant, extrêmement travaillé sur le plan du style, et qui sera donc forcément perçu comme « chiant » par la majeure partie du lectorat de SF, s’adresse avant tout à ceux qui aiment l’anticipation politique et les « dangereuses visions ».

Les amateurs exclusifs de sabres-laser, de vaisseaux supraluminiques et d’artefacts extraterrestres plus anciens que l’Humanité ont tout intérêt à passer leur chemin. Les autres risquent bel et bien de prendre un coup de poing aux tripes.