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Publié le 01/03/2008

« La vallée du temps profond » de Michel JEURY

ED. LES MOUTONS ÉLECTRIQUES - La Bilbliothèque Voltaïque, FEV. 2008

Par PAT

Michel Jeury nous manque, il était temps qu’il revienne. LA VALLÉE DU TEMPS PROFOND comble toutes nos attentes, et bien au-delà...


Mythe de la science-fiction française à lui tout seul, Michel JEURY fait partie des auteurs régulièrement cités un peu partout sans jamais être véritablement lu par la nouvelle génération de lecteurs. La faute aux éditeurs qui tardent à rééditer une œuvre foisonnante, mais la faute à Michel JEURY lui-même, désormais parti sous d’autres latitudes littéraires plus proches de ses racines, le roman paysan.
Excellente initiative, donc, de la part des décidément très fréquentables Moutons Électriques, d’inaugurer leur toute nouvelle collection, La Bibliothèque Voltaïque en proposant un opus monstre, La vallée du temps profond, vaste recueil de nouvelles [27, dont 2 inédites] aussi épais que dense qui a l’avantage [et le plaisir] se synthétiser la quasi totalité des univers Jeuryens...

Le recueil impressionne par sa tenue et par son ambition, on peut le classer au rayon beaux livres, tant la couverture, la maquette et le format contribuent aux qualités esthétiques de l’ensemble. Car c’est dit, La vallée du temps profond est un recueil bon et beau. Avis aux amateurs.

Renvoyons sans vergogne les lecteurs curieux à l’excellente analyse de Jérôme Lavadou sur ActuSF dont la lecture apporte un éclairage nouveau sur les textes de Michel JEURY, mais nuançons également l’enthousiasme de ceux qui, à force d’attendre “le retour” de Michel JEURY, tombent parfois dans l’idéalisation.
Si la contribution de Michel JEURY à la science fiction en général - et à la SF française en particulier - est indéniable, force est de constater que ses textes n’en sont pas moins ancrés dans leur temps, et, en conséquence, accusent tout de même un certain nombre d’années. Depuis le début des années 80, le paysage science-fictionnesque a pas mal évolué [GIBSON, BANKS, SIMMONS, HARRISON pour ne citer que les plus évidents] et les jeunes lecteurs d’aujourd’hui pourraient accuser Michel JEURY d’avoir tout simplement “mal vieilli”. C’est indéniablement vrai, mais c’est aussi totalement faux [le paradoxe est un classique, en SF], dans la mesure ou la stature de JEURY lui permet de projeter son ombre un peu partout.
Pour parler clairement, la forme peut lasser, mais le fond, lui, est impressionnant de modernité.

Témoin, le principe de la Chronolyse [exploitée dans Le temps incertain, roman mythique paru en 1973] développé çà et là dans différents textes, principe qui tient tout autant de la boucle visuelle que de l’expérimentation formelle [rattachée au nouveau roman ? À débattre] à travers le principe de répétition d’une même situation légèrement déviante à chaque fois.
Principe aussi esthétique qu’hypnotique dont l’utilisation ne relève jamais du procédé. Ailleurs, c’est le sexe qui prédomine [lui aussi très datée années 70, d’où des dialogues hommes / femmes qui sonnent curieusement aujourd’hui], le sexe, l’humain, la vie, autant de “vieilles” idées en SF qui transcendent le genre et le font évoluer vers la littérature tout court.

On ne résumera évidemment pas les nouvelles rassemblées ici, mais on précisera que les lecteurs impatients en auront pour leur argent : préface de Serge LEHMAN, analyse d’André-François RUAUD, choix des textes effectué en collaboration avec Richard COMBALLOT [qui présente d’ailleurs le recueil au tout début], courtes introductions [rassemblées en fin de volume] par JEURY lui-même expliquant genèse, aléas éditoriaux et contexte de chaque nouvelle [une véritable mine qui tend d’ailleurs à nous rendre l’auteur extrêmement sympathique], et cerise sur le gâteau, texte de Théodore STURGEON publiée à l’époque en préface de la version anglo-saxonne du Temps incertain [Chronolysis en anglais] et traduite ici même pour le plus grand plaisir des exégètes de tout poil. On constate que Les Moutons Électriques font les choses sérieusement, ce qui nous rend enthousiastes quant au principe même de La Bibliothèque Volatïque.

Au final la quasi totalité des nouvelles rassemblées ici sont, au pire, curieuses, au mieux, passionnantes. De quoi se faire plaisir tout en gardant à l’esprit que cette littérature-là ne s’adresse peut-être pas à tout le monde tout en restant profondément nécessaire pour celles et ceux qui souhaitent aller au-delà d’une simple lecture divertissante et se promener plus avant dans la grande famille science-fictive. Michel JEURY est un orfèvre du mot et s’il peine parfois à intéresser des lecteurs habitués aux cliffhangers et aux combats spatiaux, sa vision littéraire profondément déviante et joyeusement subversive est de celle qu’on n’oublie pas.


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La vallée du temps profond fait partie de ces livres qu’on ne lit pas forcément d’une traite, mais qu’on garde dans un coin, et vers lesquels on revient régulièrement, tout étonné d’y trouver à chaque fois de nouveaux niveaux de lecture. Fondamental, évidemment.


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