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Publié le 03/10/2006

"La veillée de Newton" de Ken MacLEOD

["Newton’s Wake", 2004]

Bragelonne/SF, 2006

Par Ubik

Dans la galaxie du space opera, Ken MacLEOD entretient une routine maintenant bien éprouvée. Les lecteurs du cycle "Fall Revolution", dont est paru naguère de manière orpheline et totalement dépareillée dans la défunte collection Millénaires des éditions J’ai Lu, "La division Cassini" [troisième volet du cycle], savent de quoi je parle. Pour les autres, séance de rattrapage.


Résumons pour commencer le contexte. Dans le futur, l’Humanité a mis en exploitation capitaliste l’espace grâce à un réseau de trous de ver et grâce au déplacement supraluminique. Je dis l’Humanité ; en fait, il faut comprendre ses vestiges car celle-ci est passée à deux doigts de l’extinction massive après un embryon de guerre mondiale et l’éveil à la conscience d’I.A. militaires. Les survivants, ceux ayant échappé au ravissement funeste - comprendre la fusion avec les I.A. éveillées -, finissent par émerger des ruines de la civilisation et cannibalisent les technologies laissées par la post-humanité qui a déserté l’univers rapidement.

Le problème est qu’au moment du crash, ces survivants se sont divisés. D’un côté, les jusqu’au-boutistes, partisans d’une guerre totale contre la singularité et de l’autre, les fuyards, partisans d’une retraite rapide dans un recoin de la galaxie où se faire oublier pour revenir plus tard. Embarqués sous forme de copies numérisées - gain de place oblige - ces affreux défaitistes se sont esquivés dans un vaisseau géré par une nounou informatique. Lorsque le récit commence, l’heure est venue pour les fuyards de payer l’addition pour leur défection.

"La veillée de Newton" ne s’écarte pas, ou très peu, du divertissement pur et simple. Le discours auquel Ken MacLEOD nous avait habitué dans "Fall Revolution", est nettement moins politique. "La veillée de Newton" n’est pas une variation sur les marxistes dans l’espace mais bien un roman d’aventures spatiales High-Tech. On peut tenter un parallèle avec le premier volet du diptyque "Succession" de Scott WESTERFELD paru en poche récemment. Ceci ne va pas, cependant, bien loin car le roman de MacLEOD n’affiche pas la césure entre action et réflexion comme le fait celui de WESTERFELD. Du début jusqu’à la fin, on est plongé dans un affrontement entre plusieurs humanités toujours et encore séparées, avec pour arbitre un éventuel retour de la post-humanité/singularité.

De manière fugitive, le roman offre quelques échappées vers des questions plus existentielles. La sauvegarde de ma personnalité est-elle encore moi ? Un logiciel reconstituant une personnalité humaine équivaut-il à une copie ? La copie de l’ennemi de mon ennemi est-elle mon amie ? Est-il éthique d’asservir un logiciel conscient ? Mais, tout ceci n’est pas au cœur du roman et tout au plus, retient-on à la fin de celui-ci cette citation : « L’information souhaite être libre. »

Du côté du récit, Ken MacLEOD use des ficelles désormais classiques du NSO [pour employer le terme tendance] : des factions opposés dotés d’arsenaux puissants s’affrontent dans des batailles meurtrières et efficaces, les trahisons s’enchaînent et quelques déplacements supraluminiques [les paradoxes temporels sont éliminés grâce à un énigmatique dispositif de protection de la chronologie] ou grâce au fameux écheveau de Wormholes viennent pimenter le récit de la vision de quelques autres mondes. Quant à la narration, elle est nerveuse et ne ménage que peu de pauses. Petit bonus pour les amateurs, MacLEOD s’offre, au détour d’un chapitre, une amusante facétie [et ce n’est pas la seule] : un hilarant extrait d’une représentation télévisée du drame « La tragédie de Leonid Brejnev, prince de Moscovie » devant un public, conquis d’avance, de communistes coréens orthodoxes. En plein space opera, ça décoiffe et risque de surprendre les tenants de l’orthodoxie du sense of wonder...

Hélas, ce récit plein de rebondissements et saupoudré d’un peu d’humour, ne tient finalement pas toutes ses promesses et se dénoue sur une conclusion quelque peu bâclée.


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Bref, pour peu que l’on ne recherche pas autre chose que le divertissement et que l’on ne soit pas trop regardant sur le dénouement hâtif, "La veillée de Newton" sera sans doute un choix judicieux.

En ce qui me concerne, j’attends encore qu’un roman véritablement marquant de Ken MacLEOD soit édité en France.