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Publié le 10/10/2005

« La vie aux trousses » de Sherman ALEXIE

[« The Toughest Indian in the World », 2000]

REED. 10/18 / DOMAINE ETRANGER, 2005

Par Arkady Knight

« Nous sommes tous, Indiens et Blancs, hantés par les saumons. »

La littérature amérindienne connaît actuellement un bel envol, devenant avec Internet l’un des moyens d’expression les plus vitaux de ce peuple. Un moyen comme un autre de continuer à faire perdurer leurs traditions, leurs croyances, leur esprit dans le maelström culturel mondial. Tâche difficile compte tenu de l’assimilation massive [et imposée par l’oligarchie blanche] des nouvelles générations d’indiens.


Ainsi, dans le sillage de James WELCH, de jeunes auteurs imposent leur voix unique dans les nouveaux courants littéraires américains, tels David TREUER et Sherman ALEXIE.

« Nous sommes tous, Indiens et Blancs, hantés par les saumons.
Quand j’étais petit, je me penchais au-dessus d’un barrage - peut-être Long Lake, Little Falls ou le grand dragon gris connu sous le nom de Grand Coulée - et je regardais les fantômes jaillir de l’eau et monter dans le ciel pour devenir des constellations.

Aux yeux de la plupart des Indiens, les étoiles ne sont que des tombes blanches éparpillées dans un cimetière noir.
Pourtant, les autostoppeurs que prenait mon père refusaient d’admettre l’existence du ciel, sans parler de la possibilité que les saumons soient des étoiles. C’étaient des gens simples qui ne croyaient qu’au pouce et à la marche à pied. Mon père les enviait. Il voulait leur faire changer d’avis sur les saumons. Il voulait leur ouvrir le cœur et lire l’avenir dans leur sang. Il les aimait. »

Sherman ALEXIE est la figure emblématique de ce renouveau indien, en plus d’être un des acteurs essentiels de la scène poétique américaine.
S’exprimant trop rarement par le biais de romans, Sherman ALEXIE a composé de multiples essais, nouvelles, poèmes où il se livre à cœur ouvert et s’interroge sur la subsistance de l’identité indienne au sein du melting-pot américain.

À la fois conteur Spokane, gardien de l’âme indienne, observateur et acteur de l’assimilation, Sherman ALEXIE est devenu un écrivain précieux et indispensable de notre époque en manque de repères.Deuxième recueil de nouvelles à paraître aux Éditions 10/18, « La vie aux trousses » dévoile en neuf nouvelles l’essentiel des préoccupations de son auteur, centrées autour du thème de l’assimilation.

Plusieurs nouvelles tracent le portait d’un couple mixte - homme blanc femme Cœur d’Alène dans « Assimilation » ; homme Spokane femme blanche dans « La classe » ; femme blanche femme Spokane dans « En pays indien ». Cette assimilation qui rend difficile la persistance des croyances ancestrales et des mythes des différentes tribus indiennes.

Dans « L’indien le plus coriace du monde », Sherman ALEXIE s’interroge sur la figure symbolique de sa tribu Spokane - les saumons. Dans « Saint-Junior », il introduit les Cold Springs Singers, ces bluesmen fantômes qui veillent sur la réserve.

La survivance et la représentation de l’amour, qu’il soit celui d’un couple ou celui d’une famille, sont aussi mises en parallèle avec cette assimilation. Ainsi la nouvelle iconoclaste « La vie aux trousses » [« South by Southwest »] narre la fuite d’un blanc et de son otage indien, après son hold-up à la Maison Internationale du Pancake ; hold-up uniquement suscité en lui par son désir de fuite, son désir de vivre, son désir d’amour. Encore plus improbable, la très belle nouvelle « Cher John Wayne » suit l’entretien d’un journaliste avec une vieille indienne qui raconte son amour de jeunesse avec John WAYNE sur le tournage de « La prisonnière du désert ».

En conclusion du recueil, « Un homme bien » est le récit plein de pudeur et de sensibilité d’un indien qui accompagne son père dans ses derniers jours. Le texte le plus émouvant du lot. Évidemment toutes ces belles promesses ne seraient rien si elles étaient mal racontées. C’est tout le contraire ici puisque Sherman ALEXIE y donne le meilleur de lui et confère à chaque texte la bonne couleur, à chaque mot le bon poids, à chaque sentiment la bonne justesse. Et surtout parce que lire une nouvelle de Sherman ALEXIE c’est un peu comme fermer les yeux et entendre prendre vie un poème.

Des soldats blancs débarquent dans des réserves indiennes et enlèvent des enfants indiens pour les emmener dans des camps de prisonniers à des fins mystérieuses. Ainsi commence un des plus beaux textes écrits sur l’assimilation. Il s’intitule « Les mangeurs de péché » et c’est le chef d’œuvre de ce recueil ; une parabole écrite à fleur de peau sur la condition indienne.


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Loin des clichés trimballés par cinquante ans de westerns et des images baba-cool mièvres remises au goût du jour par les pocahontasseries d’Hollywood, Sherman ALEXIE questionne, dans cette quête d’identité sensible et farouche, le sens du mot Indien, et à travers lui, celui de nos propres existences.

Et tout cela, à l’indienne évidemment - comprenez par là que tous ses textes, sans exception, restent ouverts. Sherman ALEXIE n’a aucune réponse, il n’a que des questions et ses textes ne sont que ses moyens de vivre avec.