Publié le 13/04/2001

"La vie en temps de guerre" de Lucius SHEPARD

["Life during wartime"]

ED. ROBERT LAFFONT, 1988 - REED. LIVRE DE POCHE


La guerre fait rage entre les grandes puissances. Les forces américaines sont embourbées dans une guérilla interminable au cœur de l’Amérique centrale. David Mingolla est un jeune américain engagé dans ce conflit dont les enjeux le dépassent.


Il vit sa vie en temps de guerre partagé entre des sentiments contradictoires : absurdité et folie raisonnable [non ce n’est pas paradoxal] des événements, envie de déserter et de s’opposer au chaos promis par les adversaires, souhait de s’intégrer et de comprendre l’autre et nihilisme brut et jusque-boutiste. Pourtant, arrivé à la croisée des chemins, il doit choisir. Ce choix va l’amener à entreprendre un long voyage et à reconsidérer sa vision du monde car la guerre n’est pas celle de forces apparentes.

A la lecture de ce roman, on replonge dans l’univers sud-américain de l’auteur. Celui-ci évoque et recoupe furieusement les thèmes développés dans ses nouvelles « Zone de feu émeraude » [pour la guerre et les lieux], « L’Arcevoaldo » [pour la vengeance et la vendetta séculaire] et « Aymara » [pour l’amour impossible et les relations Etats-Unis et Amérique latine].

Cependant, « La vie en temps de guerre » n’est pas une simple redite. Ce roman est pourvu d’une ténébreuse profondeur psychologique, il est doté de descriptions hallucinantes - autant d’invitations au lecteur à prendre son temps - et scrute encore plus intensément les circonvolutions de l’âme humaine. Les apparences sont souvent trompeuses avec Lucius SHEPARD. La guerre dont il question dans le titre est essentiellement intérieure puisque puisant son énergie dans les tréfonds de la psyché humaine. Elle est également secrète et cachée. En effet, apparemment classique dans ses manifestations et ses enjeux, le conflit est la résultante d’une vendetta multiséculaire opposant deux fratries panaméennes, les Madradona - « petits et trapus avec des visages ronds et impassibles et de luxuriantes tignasses noires », des sortes de « démons bruns et courtauds aux dents aplaties par le broyage des os » — et les Sotomayor - « de pâles êtres ophidiens avec des rubis à l’intérieur du crâne »—.

C’est au cœur de ce contexte, que nous suivons l’évolution de David Mingolla, jeune soldat qui n’attire pas la sympathie au départ, et que la nature a pourvu de pouvoirs psis qui vont lui être très utiles dans l’aspect surnaturel du conflit.


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Avec ce roman, Lucius SHEPARD propose un autre paradigme dans lequel la dimension du rationnel est contaminée par les superstitions primitives [les pouvoirs magiques dont les pilotes de l’hélicoptère Chuchotement mortel se croient pourvus grâce à leurs casques, ce qui les conduit à ne plus les enlever] et l’usage d’une sorcellerie de destruction massive [les pouvoirs psis que les drogues peuvent accroître].

Et finalement, c’est une fois de plus la guerre générée par les passions humaines qui est au centre de ce roman.