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Publié le 01/06/2009

La vitesse de l’obscurité d’Elizabeth Moon

REED. FOLIO SF, JANV. 2009

Par Tallis

Lou Arrendale n’est pas un scientifique comme un autre. Il est certes chercheur émérite dans une grande multinationale et mène une vie sociale somme toute semblable à celle de beaucoup de gens. Sauf que Lou souffre d’un handicap qui fait de son quotidien une épreuve sans cesse renouvelée : il est autiste.


Et même si au fil des ans il a appris à dompter ses angoisses liées à la vie en société, à acquérir son autonomie et même à avoir un travail qualifié, il n’en reste pas moins que le moindre contact, la moindre nouveauté, le moindre grain de sable dans son quotidien peut déclencher de terribles bouffées de panique... ce qui le pénalise sérieusement.

Du coup, lorsqu’à l’occasion d’un remaniement au sein de sa société se profile la possibilité de tester un traitement révolutionnaire permettant de « guérir » son autisme, Lou se pose la question : doit-il sauter le pas même si les buts poursuivis par sa direction sont rien moins qu’avouables - ou bien doit-il rester tel qu’il est ? Ne plus être autiste, ne serait-ce pas comme s’amputer purement et simplement d’une partie de sa personnalité ?

La vitesse de l’obscurité donne dans la science-fiction intimiste, l’ensemble des enjeux ne dépassant le cadre du quotidien le plus ordinaire de son personnage principal. Le propos SF est d’ailleurs extrêmement ténu : si le récit se déroule bien quelques années dans le futur, celui-ci est encore suffisamment proche de nous pour n’avoir pas affecté le quotidien des gens. Tout au plus trouve-t-on au fil du récit quelques évolutions scientifiques ayant des impacts sociétaux (traitement de l’autisme donc mais aussi modification du comportement des criminels par adjonction d’une puce ou existence d’un traitement anti-vieillesse).
On ne saura pas grand-chose non plus du travail scientifique de Lou et cette mystérieuse « vitesse de l’obscurité » qui donne son titre à l’ouvrage gardera tout son mystère.

L’originalité du roman réside ailleurs : Elizabeth Moon explore les pensées et le quotidien d’un autiste via un récit narré quasi-exclusivement à la première personne. Elle parvient à donner une crédibilité proprement étonnante à son personnage principal. Elle nous explique à travers les découvertes successives de Lou et ses questionnements, ce qu’est scientifiquement l’autisme et nous fait partager son quotidien et ses difficultés incessantes : peur du contact du fait de la difficulté à reconnaître les expressions faciales ou le langage imagé des non-autistes, nécessité du coup de se créer une routine quotidienne pour la tâche la plus banale (faire ses courses dans un centre commercial peut se révéler un véritable parcours du combattant), réconfort trouvé dans des activités faisant appel à la logique (Lou associe à chacune de ses humeurs un morceau de musique classique) mais aussi par là-même faculté décuplée pour manipuler les nombres et faire surgir des séquences logiques dans la plupart des activités pratiquées.

On se surprend donc de plus en plus souvent au fil du récit à épouser ce nouveau point de vue, à reconsidérer ce qu’on peut ou croit savoir de l’autisme et à arriver à la même conclusion que le héros : l’autiste est avant toute chose un être humain à part entière. Avec sa logique propre, certes, avec une apparente absence d’émotion et une asociabilité qui peuvent heurter (la principale difficulté se situant dans le fait que l’autiste construit de véritables barrières pour se protéger émotionnellement) mais surtout avec une personnalité qui n’est en aucun cas inférieure aux personnes dites « normales ». Juste autre. Et ce propos-là ne pouvait être amené avec cette justesse et cette pertinence que par un auteur ayant le vécu d’Elizabeth Moon, celle-ci étant dans la vie mère d’un enfant autiste.

Du fait de l’implication de l’auteur et de sa volonté à faire partager son message, les à-côtés du récit se révèlent a contrario beaucoup plus faibles : personnages secondaires manichéens, suspense quasi-inexistant mise à part la question centrale de savoir si Lou va ou non essayer ce traitement expérimental, scènes parfois sur-signifiantes (notamment celles ne faisant pas intervenir Lou), récit au global trop long qui aurait probablement gagné à être resserré d’une centaine page...
Mais, quelque part, on se dit qu’il devait être difficile à n’importe quel éditeur de faire retoucher à son auteur un roman aussi personnel. Et que ces défauts pèsent bien peu à côté de l’originalité de la narration et de l’émotion qui se dégage de l’ensemble.


Bel et rare exemple de science-fiction intimiste, La vitesse de l’obscurité est un roman qui transcende une expérience très personnelle pour transmettre un message universel et humaniste et toucher durablement le lecteur.