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Publié le 06/01/2008

« La voix du feu » de Alan MOORE

« Voice of the Fire », 1996

ED. CALMANN-LEVY / INTERSTICES, 4 JANV. 2008

Par PAT

Scénariste de BD aussi connu que vénéré par des légions de fans épaté(e)s par sa propension à détourner les mythes les plus classiques, Alan MOORE cumule bien des talents. Témoin, ce roman [?] sombre et dense, drôle et tragique, magnifiquement servi par une traduction de haute volée [Patrick Marcel, pour le dénoncer].


Couverture luxueuse, présentation de Neil GAIMAN, la collection Interstices ne se refuse plus rien en 2008. Pourtant, le risque est gros. Si ses BD drainent du monde, les textes d’Alan MOORE sont pour le moins déroutants, et La voix du feu n’échappe pas à la règle.

Recueil de nouvelles chronologique [de la préhistoire à la fin du vingtième siècle] toutes les histoire étant liées entre elles par la ville de Northampton chère à l’auteur, le livre navigue intelligemment entre les genres. Il passe des écueils de l’expérimental - un début difficile qui voit un homme préhistorique tenter de décrire le monde avec trente mots, ouverture salée que Patrick Marcel a bien dû s’amuser à traduire - au classicisme formel, avec çà et là de brèves incursions dans un fantastique beaucoup plus bizarre et grotesque que traditionnel.

Homme-médecine trompé par la meurtrière de sa fille et qui possède le pouvoir d’incarner le village à lui tout seul ; homme-oiseau désespéré par la soudaine disparition des siens ; idiot du coin qui découvre une malédiction enterrée ; enquêteur romain qui comprend soudainement que l’Empire est perdu ; croisé paranoïaque attelé à l’édification d’une église ronde dans un monde perclus de superstitions malsaines ; sorcières aussi belles que joyeuses brûlées en place publique pour commerce avec le diable ; pendu philosophe qui jette sur le monde un regard aussi vide que sarcastique [Confessions d’un masque, sans doute la plus belle nouvelle de toutes, et qui reprend le personnage historique de Guy FAWKES, celui-là même dont le visage sert de masque au justicier de V pour Vendetta] ; juge obèse et libidineux tombant à pieds joints dans le plus atroce des pièges ; représentant en lingerie fine polygame et magouilleur décidé à s’offrir une nouvelle vie coûte que coûte ; et l’auteur, enfin, l’auteur lui-même qui achève sa boucle en revenant sur les lieux de son errance dans ce qui n’est ni une postface ni un vain exercice.
Car si La voix du feu profite pleinement de son étrangeté, c’est essentiellement grâce à sa beauté, limpide et lumineuse, même - surtout - dans l’horreur.

Les partis pris stylistiques de MOORE ne tombent jamais à plat, l’humour sous-jacent distille son propre poison et l’ensemble fonctionne soudain comme un tout, presque par magie.
Excellent livre-chose-monde-recueil, La voix de feu achève de nous convaincre de l’étonnant sens narratif d’Alan MOORE.


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La voix de feu est un livre expérimental rigoureux et parfaitement lisible, son apparent morcellement tenant plus du puzzle ludique que de la recherche formelle pénible.
Rien de difficile dans ce très bel objet, juste une bizarrerie permanente, jubilatoire et parfaitement incorrecte. Car Alan MOORE est anglais, et on ne naît pas dans la patrie des Monty python sans séquelles. CQFD.