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Par Ubik
Néanmoins, quelle entrée en matière pour les néophytes que ce roman dont l’histoire ( que dire de la couverture : un vrai test d’ EROrschach ), sans détour, aborde des fantasmes dont la description ne peut que stimuler la libido passablement poussive du lecteur de SF moyen endormi par l’intégrale de "Fondation". DI FILIPPO nous fait part en 223 pages d’un condensé intense de lascivité vénéneuse, de pulsions moites, de désir animal, de sensualité perverse, d’échauffements voluptueux, de transgressions morales, morphologiques et j’en passe...
Enfin...Bon... reprenons et résumons.
Chaque nuit Kerry Hackett fait le même rêve. Perdue nue au cœur d’une jungle inconnue, elle est épiée par les yeux de braise d’un jaguar noir. Mais gare à la bête ! Traquée par celle-ci, Kerry tente de fuir mais la poursuite se termine invariablement par une étreinte sensuelle et sauvage. Ce rêve, qui a son importance, constitue le fil conducteur du récit qui s’organise en trois parties. La première et la troisième partie se situent dans un univers d’anticipation plutôt dystopique. Kerry y est employée dans un laboratoire de recherche génétique. Elle partage un appartement avec son ami, sous traitement, car frappé d’une maladie sexuellement transmissible, dans une ville en proie à la misère, la déliquescence et la guerre civile. Une autre jungle en quelque sorte. Cependant, sa vie prend un autre cours le jour où son patron par désir pervers, pour l’épater et obtenir quelques faveurs spéciales, lui donne accès à la chambre où est conservé le benthique, créature génétiquement créée au pouvoir étrangement hypnotique. Cette découverte bouleverse la vie de Kerry et entraîne le basculement du roman dans cette deuxième partie qui fait exploser les frontières de la réalité, de la sexualité et qui constitue le cœur du récit.
Autant l’affirmer haut et fort, « Langues étrangères » est un roman à la fois fascinant et repoussant, selon le point de vue que l’on adopte. Ses péripéties nous entraîne dans un enchaînement nauséeux d’actes sexuels. Fellation, sodomie, zoophilie, inceste, rapports à deux, à trois, à vingt... jusqu’à une apothéose sous forme de fontaine de sperme [!] rien ne nous est épargné dans un crescendo de descriptions crues. L’exercice pourrait s’avérer rapidement épuisant [il s’agit de lire, bien sûr, pas d’interprétation fallacieuse s’il vous plaît]. Néanmoins, on perçoit que DI FILIPPO a pris un malin plaisir à repousser les limites du convenable/concevable avec son personnage polymorphe. On éprouve une réelle jubilation à lire l’écriture élégante et délicieusement imagée de l’auteur, on se laisse alanguir par l’atmosphère moite et nonchalante de cette Bahia rétro où il situe l’essentiel de son roman et le moins que l’on puisse dire ; c’est que les Tropiques ne sont pas tristes.
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A la virtuosité stylistique, DI FILIPPO ajoute l’intelligence. La sexualité, malgré les coups de boutoir ;-) de quelques auteurs, reste frappée d’interdit en SF. En la mettant en avant dans son roman, DI FILIPPO brise quelques tabous supplémentaires. Ainsi, il inverse malicieusement le rapport de possession homme/femme, Kerry devenant la dominatrice à partir de sa rencontre avec le benthique. De même, il exacerbe à dessein et à outrance le désir et son accomplissement physique « jusqu’à cet extrême où la volupté et le dégoût coïncident et s’annulent » [Georges BATAILLE] C’est donc une belle expérience textuelle, qu’il serait regrettable d’ignorer. |
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