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Publié le 02/12/2004

"Le Bureau des atrocités" de Charles STROSS

["The Atrocity Archives"]

ED. ROBERT LAFFONT / AILLEURS & DEMAIN, OCT. 2004

Par Mr.C

Oubliez tout ce qu’on vous a dit sur les Services secrets. Oubliez le MI5, la DGSE, le FBI, la NSA... tout ça c’est de la gnognotte comparé au plus mystérieux des services secrets, la Laverie.

La Laverie occupe des sous-sols pouilleux de Londres et personne ne sait très bien ce qui s’y trame à part ceux qui y bossent. La réalité c’est que la Laverie est notre dernier rempart contre la menace la plus terrifiante qui pèse au-dessus de nos têtes : celles des Grands Anciens...


La prestigieuse collection Ailleurs & Demain de Robert Laffont a ses fans et ses détracteurs. Pour les premiers, [j’en suis] elle constitue un pan d’histoire de la SF et recèle certains des plus beaux joyaux du genre [de "Dune" à "Hyperion" pour ne citer que deux exemples sur une très longue liste]. Pour les seconds [j’en suis également], elle publie surtout les best-sellers anglo-saxons les plus évidents, sans prise de risque, et sous des couvertures qui ont érigé en art suprême l’utilisation des techniques de dessins par ordinateurs les plus cruellement ...laides.

La parution chez Ailleurs & Demain du "Bureau des Atrocités", premier roman de Charles STROSS, un jeune anglais totalement inconnu en France, tend à prouver que Monsieur KLEIN [pas l’Instituteur, le directeur de collection d’A&D] respire encore...

[Ici une pause s’impose : les Grands Anciens cités plus haut, pour ceux qui ont lu LOVECRAFT, ça parle tout de suite... D’épouvantables entités de cauchemar blottis aux portes de notre réalité, plus anciennes que le Père Noël, plus maléfiques que Saddam Hussein, et prêtes, à la moindre faille spatio-temporelle, à fondre sur nos petits cervelets. Pour ceux qui n’ont pas lu LOVECRAFT, arrêtez tout de suite de fréquenter ce site, rendez-vous chez un libraire et revenez sur le Cafard cosmique après la lecture de "Dagon".]

Eh ben, ce qu’il y a de terrible c’est que les Grands Anciens, donc, existent et qu’ils sont bel et bien blottis aux portes de notre réalité, plus anciennes que le Père Noël etc. etc. pour de vrai, et donc LOVECRAFT n’avait pas pété une durite, non, non, c’est vrai, ils sont là blottis, je vous jure. Et donc il faut pas qu’ils entrent. Et c’est pour ça qu’il y a la Laverie. Car les mecs de la Laverie, ils font tout leur possible pour qu’aucun zigoto aux intentions plus ou moins avouables ne permettent aux G.A. de se déblottir et de fondre sur nos cervelets.

Bob Howard, justement, bosse à la Laverie. Il est informaticien, du genre roi des bidouilleur capable de sorcellerie en trois Ctrl-Alt-Suppr, tandis que nous peinons encore à réussir du premier coup un copier-coller. Et Bob va se retrouver confronté à une bande de terroristes irakiens qui semblent bien décidé à ouvrir la porte tout grand aux G.A.

Charles STROSS a du génie dans sa façon de faire entrer en collision des univers a priori aussi éloignés que celui de la paranoïa aïgue de LOVECRAFT et celui des romans d’espionnage à la James Hadley CHASE. Il y ajoute même une bonne dose d’humour absurde très britannique qui donne tout son sel à la mixture. Sur un terrain déjà exploré par Tim POWERS avec le très recommandable "Puissances de l’invisible", STROSS choisit, lui, la voie du nonsense. La Laverie est donc une administration ubuesque où la gestion des notes de frais frôle la psychiatrie, et les aventures de Bob HOWARD oscille entre l’horreur et le grand guignol.

Mais STROSS sait aussi construire un suspens, agiter des démons particulièrement convaincants et donner vie à des personnages attachants. Si bien que l’on pense parfois à l’univers tantôt pince-sans-rire tantôt lugubre de "Chapeau melon et bottes de cuir". Il maîtrise par ailleurs, d’évidence quand on connait son parcours personnel, des thèmes aussi divers que l’informatique, la médecine légale et l’ésotérisme, ce qui lui permet de créer avec un sacré aplomb un monde où incantation vaudou et piratage de fichier à distance sont sensiblement proches en terme de résultat.


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Charles STROSS n’est pas une grande plume. Le style est heurté, parfois cassant et c’est un peu dommage.

Les intrigues [le roman, assez court, est suivi d’une nouvelle qui met en scène le même Bob Howard dans la même Laverie] se terminent un poil trop vite alors qu’on était accroché.

Mais STROSS n’en est pas moins un réelle découverte, une bouffée d’air frais dans la littérature geek-fantastique [celle que China MIEVILLE appelle la "Weird Fiction"], et plutôt que ses livres précédents [comme "Singularity Sky", un roman de SF prochainement publié par les Editions Mnémos], on veillera à ne pas louper les suivants, que l’on espère plus maîtrisés dans la forme, et donc davantage au service de cette imagination terriblement excitante.